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Egora 21/02/17 : Déserts, hôpital, Sécu : les candidats détaillent leur programme santé

mardi 21 février 2017, par Usp


Par Egora le 21-02-2017

A l’initiative de la Mutualité française, et en partenariat avec les think tanks Fondapol, Fondation Jean Jaurès et Terra Nova, cinq candidats à la présidentielle ont exposé en détails leur programme pour la santé et la protection sociale s’ils sont élus, devant le public mutualiste au Palais Brogniart à Paris.

Ce mardi matin, Emmanuel Macron (En Marche), Nicolas Dupont-Aignan (Debout la France), Benoît Hamon (PS), Yannick Jadot (Europe écologie-Les Verts) et François Fillon (Les Républicains) se sont exprimés chacun vingt minutes. Retrouvez l’essentiel de leur intervention.

François Fillon
"J’ai voulu placer la santé au coeur de mon projet : cela m’a valu d’être présenté comme le faux nez des assurances santé", attaque François Fillon. "Comment qualifier ce déni, ce refus d’évoquer le rôle de complémentaires et de la Sécurité sociale ?" "Il faut arrêter la politique de l’autruche, et proposer des solutions pour sauvegarder le système de protection sociale."

Trois axes :
- mieux soigner et mieux prévenir, avec une consultation de prévention chez le généraliste remboursée tous les deux ans
- mieux rembourser l’optique, les prothèses auditives et dentaires : le remboursement à 100 % des lunettes pour les enfants sera organisé ; nous visons un reste-à-charge le plus près possible de zéro : c’est le but de l’agence qui associera l’Etat, les caisses de Sécurité sociale et les organismes complémentaires, "qui permettra d’organiser des accords entre Sécurité sociale et complémentaires"
- en finir avec le "déficit structurel" : "nous ferons 20 milliards d’économies sur 5 ans en maintenant la progression de l’Ondam, le recours à l’hôpital, l’insuffisante coordination des soins"
"En travaillant avec les complémentaires, je me suis rendu compte qu’il y avait une marge en mieux coordonnant les choses et en contrôlant mieux le coût des prestations : en optique, en prothèses dentaires et auditives, les dépenses les plus fortes pour les Français."
"La question de la diminution de la dépense publique, je la mets sur la table", lance François Fillon. "Sur l’hôpital, cela ne doit pas toucher les soignants, mais les fonctions administratives. Nous devons moderniser notre système administratif, et il faudra augmenter le temps de travail si l’on veut maintenir les salaires." "Les perspectives d’augmentation de salaire sont égales à zéro pour les 10 à 15 ans à venir", prévient-il.
"Le vieillissement de la population lance des défis considérables. Je défends l’idée d’un passage progressif à 65 ans pour le départ en retraite."
Interrogé sur la question du tiers payant généralisé, sur lequel il veut revenir, François Fillon relève que "quand on n’a plus de visibilité sur le coût des soins, on ne va pas dans le bon sens". "Et il y a la question de la charge administative. Là, on augmente la charge", souligne-t-il. Le consensus avec les professionnels "n’existe pas", relève-t-il.

Yannick Jadot
"L’écologie, c’est la défense de la vie. Quand on veut défendre la vie, on veut protéger la santé. Nous avons un dispositif exceptionnel, qui est cet héritage du Conseil national de la résistance, de droit à la santé, et à la complémentaire."
"Quand on parle de déserts médicaux, on parle de maisons de santé ; c’est une articulation entre un système étatique et cette économie sociale et solidaire."
Face à la montée des troubles musculo-squelettiques et des risques psycho-sociaux, le candidat écologiste veut "soigner le travail", en modulant "les cotisations ATMP en fonction de l’adoption d’un plan bien être au travail dans les entreprises" et en renforçant la médecine du travail.
"Il faut rétablir un équilibre : un ouvrier a 7 années d’espérance de vie de moins qu’un cadre quand il prend sa retraite", souligne-t-il. 15 000 cancers peuvent être évités par an, parce qu’ils sont liés à des difficultés de modes de vie, à des régimes alimentaires qui ne permettent pas une bonne santé… "La maladie la moins chère, c’est celle qu’on ne développe pas." Les maladies liées à l’environnement sont en train "d’exploser dans notre société", relève Yannick Jadot : 48 000 morts prématurées en France par an liées au diesel et particules fines.
"Faire des économies, ce n’est pas présuriser plus les infirmiers, mais c’est présuriser les lobbys", estime-t-il.
"Il faut modifier les mécanismes de régulation qui touchent au remboursement des soins", en y "ajoutant" les complémentaires santé.
Environnement et santé vont de pair : en Ile-de-France, les pics de pollution, "ce sont 20 mois d’espérance de vie en moins", avec le développement de maladies chroniques "qui vont être coûteuses".
"Dans notre culture politique française, il y a une forme d’infantilisation des citoyens", juge Yannick Jadot. "Que ce soit dans le suivi du parcours de soins, sur l’installation des médecins, sur les maisons de santé, sur le prix des médicaments… il faut mettre les usagers dans l’organisation."

Cinq mesures de santé publique :
- 10% des dépenses de santé allouées à la prévention
- sortir du diesel pour réduire les maladies pulmonaires et les maladies liées aux particules fines
- sortir des pesticides d’ici à 15 ou 20 ans : "C’est protéger la santé des agriculteurs, notre environnement et notre santé. On est le pays de la bonne bouffe, mais l’alimentation est devenue suspecte."
- déserts médicaux : "Il faut des maisons de santé. Je propose aussi des unités de base de premiers soins, sans forcément qu’il y ait un médecin, mais des infirmiers qui peuvent orienter vers un médecin ou un hôpital."
- A l’hôpital, "il ya une souffrance extraordinaire". "Les conditions de travail sont abominables." Il faut supprimer la T2A.
"Dans certains secteurs, on a des dépassements d’honoraires qui ne relèvent plus d’une juste rémunération, mais d’une certaine rente. Il faut négocier avec l’Assurance maladie, les usagers mais aussi les complémentaires."

Benoît Hamon
"Le plus important à mes yeux : la transition épidémiologique", commence Benoît Hamon, qui rappelle que 60% de la mortalité mondiale est due aux maladies chroniques. En France, elles concernent 15 millions de malades.
Le candidat socialiste veut "concevoir des politiques de la bonne santé, du bien-être et non de la maladie". Il faut "poursuivre la lutte contre les addictions, la consommation précoce de tabac et d’alcool". "Je défends un grand plan alimentation : défendre une alimentation équilibrée, par une signalétique adaptée, par le développement de l’accès au bio."
"Il faut une action résolue sur les perturbateurs endocriniens -qui accélèrent la puberté précoce, les maladies chroniques- ainsi que sur les pesticides."
Benoît Hamon propose un remboursement par la Sécurité sociale d’une activité physique adaptée pour les personnes souffrant d’ALD.
Concernant l’accès aux soins, Benoît Hamon promet une automatisation de l’accès à la CMU-C, et veut intégrer l’AME à la protection universelle maladie. "C’est l’une des meilleures manières de faire des diagnostics précoces".
Concernant les médicaments couteux : "Nous avons un système qui fixe les prix en fonction de la propension à payer. Il y a une arme ultime pour faire baisser les prix : la licence d’office."
Revoir le financement de l’hôpital : certains actes doivent continuer à être financés par la T2A, d’autres pas. "Il faut revoir la carrière et l’organisation du travail pour améliorer les conditions de travail des conditions de travail des personnels soignants et administratifs."
"Vous souhaitez répartir différemment les aides publiques à la complémentaires santé. Comment ? Prendre ce qui existe et le répartir sur davantage de personnes ? Ou mettre tout le monde au niveau des standards les plus élevés ? Ce qui représenterait un coût budgétaire chiffré à 3.5 milliards par an", demande Thierry Pech, DG de Terra Nova. "3,5 milliards, c’est très loin des 20 milliards promis par François Fillon pour rembourser la totalité des prothèses auditives, dentaires et des lunettes", tacle Benoît Hamon. "Il faut élargir cette aide aux fonctionnaires, retraités et étudiants, qui n’en jouissent pas. Il faut augmenter la contribution de la collectivité. Pas question de diminuer le montant de cette aide pour les salariés du privé."
Benoît Hamon a fait de la reconaissance du burn out un axe de sa politique et de sa campagne. "Comment allez-vous faire pour faire rentrer dans la loi le burn out, scientifiquement flou ?", interroge Thierry Pech.
"Le burn out, ce n’est pas une maladie, c’est un syndrome. Il faut apporter une réponse à ceux qui sont victimes de pathologies psychiques dont on sait qu’elles sont imputables au travail." ’Il faut modifier l’organisation du travail. Là où il y a une sinistralité forte, les entreprises paieront plus à la branche maladie."

Le candidat socialiste est interrogé sur les déserts médicaux. "Vous proposez un non conventionnement des médecins en zones surdotées, où les patients ne seraient pas remboursés. Finalement, vous adoptez une mesure assez coercitive… Qu’est-ce que vous faites des médecins déjà installés dans ces zones, ce sont les grands gagnants de votre système ?" Benoît Hamon : "Les MSP et centres de santé vont dans le bon sens, il faut les multiplier. Faciliter l’installation, instaurer une aide à l’emploi pour le conjoint. La coercition risque de ne pas être efficace. Obliger un jeune diplômé dans un désert ? Celaa correspond peu au projet de vie de ces étudiants, plus âgés que les autres, et ce serait difficile à mettre en oeuvre. Pourquoi ne pas restreindre la liberté d’installation en s’inspirant du système en place chez les kinés ou les pharmaciens ? Il faut parier sur l’incitation pour lutter contre les déserts médicaux."
Comment résorber le déficit de la Sécu ? "Je crois beaucoup à la stratégie des coûts évités, aux politiques de prévention. Eviter que les gens tombent malades. Je propose la constitutionnalisation des communs : le droit de respirer un air de qualité, de boire une eau de qualité. Il faut construire des mécanismes de prélévements sur les sociétés qui exploitent ces communs.Si nous ne faisons pas ces choix sur les perturbateurs endocriniens, sur les pesticides, sur l’environnement, dans les 5-10 ans qui viennent, nous aurons des scandales sanitaires."
"Comment permettre un accès aux soins à tous ?" demande un internaute. "Je parlerai de l’hôpital. Le lieu vers lequel on va quand on n’a pas de médecin, ce sont les urgences. Il faut développer des systèmes de permanences des MG en lien avec les hôpitaux, dans des lieux dédiés, pour des consultations classiques. Nous devons repenser le fonctionnement de l’hôpital. Quand un chef de service est appelé par le directeur pour lui dire que la DMS est trop longue, ça n’a pas de sens."

Nicolas Dupont-Aignan
"On ne pourra pas faire des réductions de dépenses et mieux soigner les Français. On ne peut pas rester à 1,75 ou 2 % d’Ondam. Je propose de changer ce cadre général, et de passer à 2,5 ou 3 %. Sinon, on transfèrera sur les assurances."
"Mes priorités sont très simples : je relance les dépenses de Sécurité sociale, je propose d’augmenter le numerus clausus -au moins de 10 000 par an, une exonération de charges sociales pour les médecins qui s’installent dans les déserts, de monter à 35 euros la consultation, ce qui permettra de lutter contre le secteur 2."
Remboursement à 100 % : "Ce qui se passe en Alsace-Moselle est un modèle." Nicolas Dupont-Aignan propose de "réunir des Etats généraux de la santé pour obtenir un régime unique à terme".
La médecine scolaire a été "abandonnée", déplore-t-il. "Il faut faire de la dépendance et du handicap deux grandes causes nationales. Il faut un système de maisons publiques de dépendance, ce qui permettra d’économiser de l’argent et donner de la chaleur à nos anciens."
"Je propose également que l’on restreigne l’arrivée de médecins étrangers." "J’accuse nos prédécesseurs d’avoir cassé la médecine de ville. On ne pourra pas régler la question de l’hôpital public si l’on ne résout pas les problèmes de la médecine de ville". "Je veux supprimer le tiers payant, il faut aérer la médecine de ville."
Comment financer ces dépenses ? "En mettant en place une autre politique économique, en créant de la richesse et en produisant en France." "Il faut investir des milliards d’euros dans la recherche et dans la santé, martèle-t-il. Notre état est malthusien ; la Chine, les Etats-Unis investissent des milliards dans la recherche. L’Etat doit être stratège, il doit créer une dynamique de croissance. Je propose une politique qui favorise l’innovation, avec une baisse très forte de charges, uniquement pour ceux qui produisent dans notre santé."
"Il faut éviter la gangrène de l’assurantiel privé. Je tiens à un système assurantiel unique. Ceux qui veulent réaliser 20 milliards d’économies veulent privatiser le système."
"Je veux lutter contre la fraude sociale et je souhaite la suppression de l’AME" : "il est inacceptable que l’on dépense 1 milliard pour des clandestins. A la place, je met en place des dispensaires au cas par cas."

Emmanuel Macron
Emmanuel évoque trois défis à relever :
- 1er défi : "Nous avons un excellent système de soins, mais pas le meilleur système de santé. On prévient mal. On a une mortalité prématurée importante et des inégalités sociales."
- 2e défi : L’accès aux soins financier et territorial : problème du reste à charge en optique, dentaire et auditif et et problème des déserts médicaux
- 3e défi : la soutenabilité financière
Les solutions :
- Une révolution de la prévention. "Je veux qu’on change les modes de rémunérations des médecins et des professionnels de santé. Il faut diversifier la rémunération et mieux prendre en compte les enjeux de prévention." Il propose également un service sanitaire de trois mois dans les écoles, pour développer les axes de prévention.
- Inégalités d’accès aux soins. "Aucun Français ne doit renoncer aux soins pour des raisons financières. Dérembourser des soins -petits ou gros- n’a pas de sens. Personne ne sait de manière pertinente les distinguer. Je souhaite réduire le reste à charge des ménages, par une politique de responsabilisation de l’ensemble des acteurs."
"Sur le tiers payant, je propose un tiers payant généralisable et non pas généralisé. Les professionnels auront la main."
Concernant les déserts, "les mesures contraignantes ne fonctionnent pas. Je propose de doubler le nombre de maisons pluri-professionnelles, investir dans la télémédecine et le numérique".
"Il faut améliorer l’organisation de l’hôpital en le décloisonnant. Je propose de plafonner à 50% la T2A pour avoir un financement qui s’équilibre progressivement avec des rémunérations plus pertinentes."
L’Ondam sera maintenu à 2,3%. "Il faut une stratégie quinquennale. Je ne supprime pas de postes dans la fonction publique hospitalière, je veux une politique de prévention." "Dans un tiers des départements, vous n’avez plus de continuité des soins. Les gens vont à l’hôpital. C’est un endroit formidable, mais c’est très cher. La moindre heure d’urgence est plus chère que d’aller chez un généraliste."
"Il ne faut pas chercher à faire des économies de bouts de chandelles. Je veux 2 000 maisons de santé sur le territoire."
"La deuxième chose qui coûte cher, c’est un vieillissement de la population, avec des maladies chroniques. Il faut bien développer l’ambulatoire pour que les gens restent moins à l’hôpital. Il faut des maisons de répit, une maison médicalisée mais moins lourde."
Comment financer le remboursement optique, dentaire, auditif ? "Je supprime 3,1 points de cotisations salariales, qui pèsent sur le salaire, et je le transfère en 1,7 point sur la CSG. Une bascule qui permet de créer du financement chez ceux qui travaillent."
Sur le dentaire : "il faut mieux valoriser les petits actes de prévention. On a une forme de déresponsabilisation collective, on a laissé des coûts s’envoler sur des prestations où les professionnels font leur rémunération (bridges, prothèses...)." "Il faut davantage de concurrence en mutuelles et assurance. Je veux trois contrats types que tout le monde doit proposer, il est trop dur aujourd’hui de comparer les offres." Concernant les professionnels, "je veux plus de transparence en termes de coûts de la prothèse, par exemple. ça va créer une pression sur la marge qu’on pouvait se faire sur ce coût." Le reste à charge est dû à des "coûts trop importants, en raison de pas assez de concurrence et de transparence. Il faut mieux couvrir des soins utiles dès le début. il faut une mise en concurrence des mutuelles et des assurances. Cela va mettre plus de pression sur les complémentaires pour avoir des contrats plus compétitifs, ca se traduit par une baisse de la marge des mutuelles et des assurances."
Dépendance : aller plus loin dans les aides à domicile, développer les maisons de répit pour les aidants, équiper les Ehpad. "Je propose un plan d’investissement de 5 milliards pour la prévention, aider la révolution technologique."

Sondage - 72% des Français estiment que les candidats ne parlent pas assez de la santé
Les points qu’ils souhaitent voir aborder :
- le financement de la protection sociale
- l’accès aux soins pour tous
- la prise en charge des personnes dépendantes
Le déficit de la Sécurité sociale et l’avenir du système de santé inquiètent les Français. 85% des Français estiment que le déficit de la Sécurité sociale est élevé. Les trois quarts de la population sont attachés au système de santé, mais redoutent une remise en cause de l’avenir de la Sécurité sociale en raison du déficit.

Sources d’économies pour les Français :
- Mieux organiser le système de santé
- Plus de contrôle contre les fraudes
- Développer les actions de prévention
68% des Français estiment que les soins seront moins bien remboursés à l’avenir. Le reste à charge est perçu comme plutôt en augmentation : chez un spécialiste, sur les soins optiques, prothèses auditives et soins dentaires…
Quelles sont les propositions que les Français accueillent favorablement ?
- L’augmentation du nombre de médecins en zone rurale
- Encourager les professionnels de santé à s’installer dans les zones qui manquent
- Regrouper les professionnels de santé
- Limiter les dépassements d’honoraires
Les Français ont une attente forte pour répondre à ces tensions.


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