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Article du Canard Enchaîné du 31 décembre 2008 : On achève bien les hostos...

mercredi 31 décembre 2008


L’équipe Sarko exige des milliers de suppressions de postes. La saignée est telle que les directeurs, chefs de service et grands professeurs, d’ordinaire dociles, se rebellent et diagnostiquent une longue et cruelle maladie.

Pas un seul des 27 hôpitaux de la région parisienne n’a pu accueillir un homme de 56ans victime d’un malaise cardiaque, le 28 décembre. Il a tenu six heures, puis il est mort, juste avant d’avoir été finalement admis à l’hôpital Lariboisière, où une place lui avait été trouvée.

Preuve que le système des urgences en région parisienne est au bord de l’implosion ? Pas du tout, a expliqué Roselyne Bachelot, qui a tout de suite diagnostiqué un simple "problème de régulation". La ministre, qui a ordonné une enquête, n’a pas eu besoin d’en attendre les conclusions pour affirmer qu’il y avait, ce soir-là, 11 places disponibles en réanimation. Chiffre sorti de nulle part, qui, de toute façon, varie d’heure en heure, et qui ne tient pas compte des lits que se réservent pour eux-mêmes certains CHU, en cas de pépin, dans leurs propres services.

Bachelot a poursuivi son éloge des hôpitaux, qu’elle a dépeints en situation d’opulence. Leur budget augmentera de 3% l’an prochain, s’est-elle gargarisée, le 30 décembre, au micro de RTL. Ce qui est exact. Mais la ministre oublie juste de préciser qu’entre le vieillissement de la population, la hausse du prix des médicaments, le coût des nouvelles thérapies, sans parler des revalorisations de salaire promises par son propre gouvernement, il faudrait une augmentation de 4% juste pour se maintenir péniblement au même niveau. C’est une estimation de la Fédération hospitalière de France, qui ne peut qu’observer le gonflement mécanique de la facture de fonctionnement. Avec une augmentation du budget hospitalier de 3%, l’an prochain, la dégradation sera, elle aussi, mécanique.

Oui, mais Bachelot, toujours aussi généreuse, promet une enveloppe de 10 milliards d’ici à 2012 pour la construction ou la rénovation des bâtiments ! C’est le bon côté de la crise et du plan de relance. Sauf que les professionnels de santé posent une question idiote : sans personnel, sans médecin, sans équipement, que va-t-on faire de ces murs tout neufs ?

Chargée par Sarko de résorber de déficit des hôpitaux d’ici à 2012, la ministre ne reste pas inactive quand elle n’annonce pas, devant les médias, des lendemains qui guérissent. Elle manie le coupe-coupe budgétaire avec sauvagerie. La Fédération hospitalière de France a fait le calcul : pour éponger ce déficit en trois ans, selon le voeu de Sarko, il faudra supprimer 15 000 à 20 000 postes. Le remède est tout trouvé, comme l’explique, avec une rigueur scientifique, ce directeur en Ile de France : "Tout sous contrôle de Bercy. La charge de personnel représente de 68 à 75% de nos dépenses. Le coût moyen d’un agent hospitalier, c’est 35 000 €, celui d’un médecin, 105 000. Tous sont ravalés au rang de "variable d’ajustement". Il suffit de diviser le chiffre du déficit par le nombre de personnel et vous avez votre plan social rebaptisé "stratégie de redressement".

Il manquait déjà du personnel ? Il en manquera désormais à la pelle ! Le CHU de Nancy annonce 650 suppressions de postes en quatre ans, Le Havre, 387, Lyon, 350. A Nantes, un guichet de départs volontaires a été ouvert : 200 personnes sont concernées. Dans un premier temps...car, pour "bien" faire, il faudra sacrifier 650 emplois. A Paris, le patron de l’Assistance publique (AP), Benoît Leclercq, a droit à un traitement spécial. " Il est convoqué, une fois par mois, au cabinet de Bachelot pour rendre des comptes, comme un petit garçon : combien de postes non remplacés ? combien d’intérimaires en moins ? etc...", rapporte l’un de ses collaborateurs. Pour n’avoir pas joué le jeu, le patron du CHU Henri-Mondor vient d’être brutalement muté. L’AP a, en 2008, supprimé 2 600 postes, y compris d’infirmières, mais Bercy exige encore 300 millions d’économies. La chasse au gaspsillage n’y suffira pas. "On avait déjà gratté tout le gras. Maintenant, on attaque l’os !" résume un délégué CGT-Santé.

Un déficit soigné

Sarko s’en étouffe. En deux ans, le déficit des hôpitaux est passé de 400 à 800 millions d’euros. Le Président devrait apprendre à respirer par le nez : cette somme ne représente que quelques jours d’activité sur le budget annuel des établissements. Mais Bercy l’exige : il faut stopper l’hémorragie. "Il y a dix ans, seuls 2 ou 3% des établissements étaient dans le rouge, se défend la Fédération hospitalière de France. Mais, chaque année, l’Etat nous verse un budget structurellement inférieur à nos charges." D’où un déficit qui touche désormais 60% des hostos, dont la quasi-totalité des CHU.

Encore un effort, et ce sera la banqueroute générale !

"P’tits cons de Bercy"

Les syndicalistes ne sont pas les seuls à protester. Le charcutage est si saignant que le ministère a réussi à se mettre à dos ses alliés traditionnels. "Mandarins", chefs de service, professeurs respectés, directeurs d’hôpital ou autres fonctionnaires disciplinés et bien-pensants, tous sont atterrés. "On a déjà fait beaucoup d’efforts pour maîtriser les coûts, restructurer, regrouper des services ou des établissements, bouillonne le patron d’un des 39 CHU parisiens. Mais là, on a des petits connards de Bercy qui n’y connaissent rien et qui nous demandent des économies impossibles à réaliser." Sauf à accueillir moins de malades..."En 2008, poursuit ce même patron de CHU, on a dû "fermer" des lits par manque de personnel, pas seulement pendant les vacances, mais pour toute l’année. C’était la première fois !" Et certainement pas la dernière. Dans un soudain accès de rébellion, les présidents des comités médicaux - le gratin des grands mandarins des hôpitaux parisiens - l’ont écrit, en novembre, à Bachelot : " La situation s’aggrave. Le ton a malheureusement changé. La place n’est plus aux réorganisations et aux regroupements médicalement utiles et intelligents, (...) la place est aux économies à très court terme et à tout prix." Et d’ajouter que cet "étranglement financier délibéré" menace " la qualité des soins".

Intérimaires indésirables

Une semaine plus tard, "Le Parisien" révélait ainsi l’existence d’une note adressée au Samu par la directrice de l’hôpital Ambroise-Paré (Boulogne-Billancourt) : le bloc de chirurgie devait fermer toute une nuit - pas question d’accueillir les urgences graves, donc - parce que l’infirmière spécialisée était absente. Et qu’il n’y avait personne pour la remplacer ! Depuis, le maire UMP de Boulogne-Billancourt, Pierre-Christophe Baguet, a dû aller pleurer au siège de l’AP pour obtenir une misérable rallonge de 40 000 €. De quoi faire revenir une poignée d’infirmières intérimaires, dont l’AP avait soudain décidé, en octobre dernier, de se passer. Il y aura des trous dans les plannings. Tant pis ;

"Baisser les effectifs à ce point, c’est un choix. Mais alors, que le gouvernement l’assume clairement", souligne le délégué général de la Fédération hospitalière, Gérard Vincent. Un choix qui profitera au secteur privé. Car le gouvernement a tout prévu pour accélérer le partage du marché. Une nouvelle loi, "Hôpital, patients, santé et territoires", qui sera discutée en janvier ou février, doit faciliter les regroupements d’hôpitaux ou de cliniques. Avec, en perspective, la répartition des rôles : au public les pathologies lourdes et peu rentables, au privé la chirurgie rémunératrice... Médecine à deux vitesses. Sans compter la troisième, pour ceux qui tournent en ambulance à l’extérieur, sans trouver l’entrée...

Isabelle Barré et Brigitte Rossigneux

Le Canard Enchaîné.


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