Union Syndicale de la Psychiatrie USP.


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Article du Figaro.fr du 11 mai 2011 : Psychiatrie : polémique sur l'obligation de soin

mercredi 11 mai 2011


Les sénateurs examinaient ces jours-ci le projet de loi sur l’obligation de soins en cas de troubles psychiatriques. Un projet vivement décrié par la profession.

Le projet de loi sur l’hospitalisation d’office continue de faire parler de lui. Déjà adopté par les députés en mars, il était examiné au Sénat mardi et mercredi, sous l’œil critique des syndicats de psychiatres, dont une partie a manifesté mardi devant le Palais du Luxembourg pour marquer son désaccord. Le texte, voulu par Nicolas Sarkozy après le meurtre d’un étudiant grenoblois par un malade échappé de l’hôpital, est controversé tant chez les professionnels que chez les politiques.

Au cœur de ce texte, la possibilité nouvelle d’imposer des soins psychiatriques à un malade sans l’enfermer à l’hôpital. Les personnes concernées ne sont pas en mesure de comprendre qu’elles ont besoin d’être soignés, sans pour autant avoir besoin d’être hospitalisées, soit parce qu’ils sont bien entourés par leurs proches soit parce qu’ils ne représentent pas de danger pour eux-mêmes ou pour autrui sous traitement. Ils peuvent par exemple souffrir de certains troubles de l’humeur, de dépression ou de schizophrénie.

« Une mesure contre-productive »
Le Dr Pierre Paresys était en grève mardi, à l’appel de l’intersyndicale des psychiatres publics. Vice-président de l’Union syndicale de la psychiatrie, il fait partie des spécialistes qui ont signé « l’Appel des 39 contre la Nuit Sécuritaire », un collectif en première ligne de la contestation qui réclame le retrait du texte. Il dénonce une loi dont le but est de généraliser le traitement sans consentement, ouvrant la voie aux abus. « Le risque pour les médecins est de succomber à la facilité. Il est plus facile d’imposer un traitement que d’établir une relation de confiance avec les patients pour les convaincre qu’ils ont besoin d’être soignés », dénonce-t-il. « Mais au final, cela va s’avérer contre-productif : si les patients redoutent d’être soumis à des soins obligatoires, ils vont devenir méfiants et finiront par éviter les psychiatres. Résultat : ils iront de plus en plus mal ».

A l’inverse, et même s’il déplore que la loi « manque d’ambition » et introduise des « lourdeurs » dans les procédures, le Pr Thierry Bougerol estime que permettre d’imposer un traitement à une personne sans l’enfermer est positif. « Cela va dans le sens de l’évolution de la psychiatrie moderne. On essaie le plus possible de ne pas hospitaliser les gens à temps complet, car cela leur permet de garder un lien avec leur famille, leurs proches, et de ne pas être stigmatisés », explique le chef de service du CHU de Grenoble.

« Un texte trop sécuritaire »
Une autre mesure critiquée par une partie de la profession est la création d’une période d’observation du patient pendant 72 heures, à l’hôpital, pour permettre aux médecins de décider s’il doit être soumis à des soins malgré son refus. Pour Pierre Paresys, cela revient à créer une « garde à vue sanitaire, une zone de non-droit ». Des termes jugés excessifs par le Pr Bougerol. « C’est une mesure intéressante car elle correspond aux besoins d’évaluation des médecins dans les situations d’urgence », estime-t-il.

Les deux psychiatres se rejoignent en revanche pour dénoncer la mesure qui donne le droit au préfet de s’opposer à la sortie d’un patient hospitalisé s’il estime que celui-ci représente un danger pour autrui, même si les médecins ont un avis contraire. « Là, le texte me semble excessivement sécuritaire, remarque le Pr Bougerol. C’est l’avis médical qui doit prévaloir. Pas un jugement fondé sur le risque supposé d’atteinte à l’ordre public ». Pour le Dr Paresys, confier pareil pouvoir à un préfet « est clairement de la folie ». « Dans ce dossier, le gouvernement joue la politique de la peur », déplore le psychiatre. « Il cherche des boucs émissaires et confond comme d’habitude maladie mentale et criminalité, alors que les malades sont bien plus souvent victimes que criminels ».


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