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Article du Quotidien du médecin du 29 avril 2008 : La santé banalisée

mardi 29 avril 2008


Jusqu’à présent secteur d’activité « à part », loin des règles du business, la santé semble menacée de perdre par pans entiers son caractère protégé, quasi sacré. Avec les dossiers des médicaments en vente libre, de l’assouplissement des règles de gestion de l’hôpital public, de la possible embauche médecins en CDI, des tabous tombent les uns après les autres. De rapports d’experts en usages établis, de campagnes publicitaires en réformes statutaires, Hippocrate vacille sur son piédestal. Pour le meilleur, aux yeux de certains.

Pour le pire, s’inquiètent d’autres.

Médicament, hôpital public ou privé, statut des PH : la « normalité » rattrape la santé sur tous les fronts (Phanie. S. toubon/« le quotidien »)LES COUPS DE BOUTOIR contre le statut quasi sacré du secteur d’activité de la santé ne datent pas d’hier. Ces dernières semaines cependant, par le biais des rapports Attali et Larcher ou par celui de l’offensive de Michel-Edouard Leclerc sur le médicament, ils se font particulièrement insistants et multiplient les cibles. Revue de détail.

Un secteur économique comme les autres ?

L’idée commence à s’imposer – tout le monde l’oubliait jusqu’à un passé récent – que le secteur de la santé est producteur de richesse. Ne serait-ce que parce que, via l’hôpital ou l’industrie pharmaceutique, c’est un énorme employeur. En janvier, le rapport Attali rappelait ainsi que près de 2 millions de personnes, soit environ 9 % de la population active française, travaillent dans le secteur sanitaire.

Sur un tout autre plan, les frontières se brouillent et la santé devient un slogan récupéré par d’autres filières. En termes de communication, Danone se donne par exemple pour « mission » d’« apporter la santé par l’alimentation au plus grand nombre ».

Les médicaments, des marchandises comme les autres ?

« Leclerc confond médicaments et marchandises, pharmaciens et chefs de rayons », accusait récemment l’Ordre des pharmaciens. L’offensive de Michel-Edouard Leclerc sur les médicaments a fait couler beaucoup d’encre.

Pour être précis, le grand patron des enseignes au « L » blanc sur fond bleu, en demandant par voie de presse à pouvoir lui aussi vendre dans ses supermarchés des médicaments non remboursés (et affirmant qu’il les proposerait 25 % moins cher qu’ailleurs), n’a pas comparé le médicament à une marchandise comme les autres mais à un produit « de luxe » – sa campagne de publicité présentait un collier précieux faits de gélules et de comprimés. Il n’empêche, le géant de la distribution s’attaque au médicament comme il s’était attaqué à la parapharmacie dans les années 1980 et, plus symbolique encore, comme il s’était attaqué au... carburant à la fin des années 1970. En raisonnant en termes de marché et de monopole, il fonde bien l’équation suivante : « gélules et pétrole = même combat ».

L’hôpital, une entreprise comme une autre ?

« Je suis convaincu de la nécessité pour améliorer la qualité du service rendu du passage de l’artisanat médical à l’industrie du soin » : le Pr Guy Vallancien, qui écrivait ces lignes l’an dernier dans son livre « La santé n’est pas un droit », a longtemps été le grand chantre de l’hôpital-entreprise. Sans aller aussi loin que certains le souhaitaient, le rapport Larcher sur les missions de l’hôpital public (« le Quotidien » du 14 avril), repris à son compte par le chef de l’Etat, enfonce plusieurs portes : il imagine des règles de gestion moins lourdes pour les hôpitaux publics (assouplissant notamment les procédures en matière de marchés publics, séparant les fonctions d’ordonnateur et de comptable, certifiant les comptes), modernise le pilotage interne des établissements.

Si ce n’est pas demain la veille que l’hôpital public devienne une entreprise lambda, les cliniques privées, elles, paraissent en tout cas désormais considérées comme telles au moins par... les fonds de pension qui investissent des millions d’euros dans un secteur où les établissements étaient rachetés dans un passé très récent pour 1 euro symbolique (voir notre dossier dans « le Quotidien » du 24 janvier). Les laboratoires de biologie, les officines, voire les maisons ou centres pluridisciplinaires de soins – qui n’existent même pas encore ! – excitent aussi les appétits des investisseurs.

Le médecin, un salarié comme les autres ?

C’est une autre piste du rapport Larcher. Aux divers statuts de contractuels de droit public qui cohabitent aujourd’hui dans les hôpitaux, elle substitue une seule modalité d’embauche, de droit privé : un CDI. En proposant ce système – qu’il souhaite optionnel –, Gérard Larcher se défend de transformer le médecins en banal salarié. Bien au contraire. Pour lui (« le Quotidien » du 14 avril), un contrat en bonne et due forme, une convention collective... sont des moyens de protéger ces praticiens. A voir... Reste que, aujourd’hui dans les hôpitaux, en dehors de tout cadre légal, des médecins se sont transformés en « intérimaires » presque comme les autres (« presque » parce qu’ils se font payer très cher) : c’est la pratique du mercenariat, encouragée ces dernières années par la pénurie de praticiens dans certaines spécialités. Il y a quelques mois, l’un d’entre ces mercenaires témoignait dans nos colonnes de la manière dont il monnayait ses services (« le Quotidien » du 21 novembre 2006) : « Le directeur d’hôpital et le médecin négocient, ils ont une relation classique de client à vendeur » – une autre illustration de l’arrivée à l’hôpital de la loi de l’offre et de la demande.

Les patients, usagers (ou consommateurs) comme les autres ?

Le recours au terme « usagers » dans le secteur de la santé ne date pas d’hier (c’est le plan Juppé qui, en 1996, leur a donné officiellement et sous ce vocable droit de cité dans le secteur). Il est toutefois symptomatique que les patients et leur famille soient désignés par le même mot que celui employé pour évoquer les clients de la SNCF. « Userait »-on du système de soins comme on prend le train ? La question, caricaturale bien sûr, se pose tout de même quand de nombreux médecins généralistes reprochent à leurs patients un consumérisme effréné, des demandes sans fin n’ayant parfois qu’un très lointain rapport avec leur état de santé. Elle est aussi soulevée par la judiciarisation à l’oeuvre dans le monde de la santé : les « usagers » n’hésitent plus à attaquer un médecin ou un hôpital en justice s’ils sont mécontents du « service rendu ».

KARINE PIGANEAU

Le savoir médical, tombé dans le Net

Avec Internet, la science médicale a perdu en partie pour le profane son caractère ésotérique. L’exercice a les biais et les limites que l’on sait, il n’empêche : une autre voie est ouverte que celle de la parole du médecin en matière de diagnostic, pronostic, traitement. Les cardiologues n’ont plus le monopole du coeur, de même que les néphrologues n’ont plus le monopole du rein... Accessible par mots-clés, par pathologie, via des forum de malades ou des points de vue de grands pontes..., la connaissance en santé est devenue beaucoup plus lumineuse qu’en sciences mathématiques ou physiques. Hippocrate a perdu de son aura, mais le développement des sites qui le concernent est aussi la preuve qu’il passionne les foules.

http://www.quotimed.com/documentroot/qdm/iss14539/Pag114171/QDM8363_003.pdf


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