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Articles du Quotidien du médecin du 14 décembre 2009 : HPST et les budgets font gronder l'hôpital

lundi 14 décembre 2009


Les PH reçus aujourd’hui par Bachelot

L’HÔPITAL, en cette fin d’hiver, nous a des allures de printemps. L’institution, surtout à Paris, grogne. Et les chefs de service de l’AP-HP (Assistance publique-Hôpitaux de Paris) se réunissent demain en assemblée générale pour évoquer tous ensemble leur mécontentement. L’événement rappelle quelque chose ? C’est que l’opération est orchestrée par les mêmes exactement que ceux qui, en avril dernier, ont emmené la révolte des « mandarins » contre le volet hospitalier, alors en préparation, du texte qui allait devenir en juillet la loi HPST (Hôpital, patients, santé et territoires).

C’est ce texte toujours, ajouté aux très fortes tensions budgétaires de la fin de l’année – et, pour ne rien arranger, aux effets ricochets dans les établissements de l’épidémie de grippe A comme de la campagne de vaccination – qui fait aujourd’hui frissonner l’hôpital.

Échaudé par le médiatique mouvement du printemps, le gouvernement ne paraît pas certain que les braises en soient totalement éteintes. Ceci explique-t-il cela ? Toujours est-il que, après leur avoir opposé plusieurs polies fins de non-recevoir, la ministre de la Santé reçoit aujourd’hui, à 16 h 30, les quatre présidents des intersyndicats de PH. Pierre Faraggi pour la CPH (Confédération des praticiens de santé), François Aubart pour la CMH (Coordination médicale hospitalière), Roland Rymer pour le SNAM (Syndicat national des médecins des hôpitaux) et Rachel Bocher (voir ci-dessous) pour l’INPH (Intersyndicat national des praticiens hospitaliers), ils vont tous au ministère pour obtenir des réponses. Sur l’avenir de la loi, celui de leur statut, celui de l’hôpital public en général.

K. P.

Dr Rachel Bocher (INPH) : « On se demande si la loi va s’appliquer »

C’est pour obtenir des réponses précises sur l’avenir de la loi HPST que la présidente de l’Intersyndicat national des praticiens hospitaliers se rend au ministère. Et pour rappeler à Roselyne Bachelot qu’il lui sera difficile d’appliquer sa reforme… sans les médecins.

LE QUOTIDIEN – La ministre de la Santé reçoit aujourd’hui les quatre intersyndicats de PH. Ce rendez-vous a semblé difficile à obtenir.

Dr RACHEL BOCHER – Nous nous rendons au ministère combatifs, et notre combativité a crû avec le nombre de rendez-vous reportés. Nous sommes en pleine forme et nous espérons bien que Roselyne Bachelot l’est aussi. Car dans l’actuel brouhaha de textes et de réunions, on ne sait plus où on va ! Et il est vraiment curieux que la ministre ait tant attendu pour nous recevoir alors qu’elle a tant besoin de nous, dans les hôpitaux, pour appliquer sa loi.

Qu’attendez-vous de la ministre ?

Compte tenu des « non-réponses » qui sont faites à nos propositions d’amendement des textes en préparation ou à nos critiques de méthodologie, nous allons l’écouter. Nous avons besoin de visibilité. Sur la place du médecin à l’hôpital mais aussi sur sa position au niveau des ARS [agences régionales de santé]. Nous voulons savoir à quoi nous en tenir sur les mesures vexatoires prises à l’encontre de notre statut dans les projets de décrets sur HPST [la loi Hôpital, patients, santé et territoires], nous voulons des précisions sur le rôle des CME…

Il faudrait que la ministre mesure mieux les enjeux de l’hôpital. C’est d’ailleurs l’un des intérêts de ce rendez-vous : je voudrais savoir si Roselyne Bachelot comprend l’ampleur du malaise qui s’exprime actuellement dans les hôpitaux. La ministre, ces derniers temps, parle beaucoup de la grippe et très peu de sa loi. Du coup, on ne sait pas si c’est le meilleur ou le pire qui nous attend. On en est en tout cas à un point où l’on se demande si la loi va s’appliquer et même si elle est applicable ! Car une chose est certaine, la tricoter sur le terrain avec les praticiens va s’avérer très difficile.

Au printemps, la question du directeur, seul « patron » de l’hôpital a suscité des réactions parfois violentes. Dans les établissements, ressent-on de premiers effets de cette maxime ? Le « pouvoir médical » perd-il de l’influence ?

Cela dépend beaucoup des établissements et de la personnalité de leur directeur. Souvent, dans les gros hôpitaux, ça n’est pas le cas – ce qui n’empêche pas qu’un risque existe. Mais on ressent, tout de même, une montée en puissance des directeurs qui deviennent prédominants sur certains choix. Se pose aussi, de plus en plus, la question de la fragilité des CME. Et puis il y a la nomination des chefs de pôles, assortie d’un effet « tableau de chasse » : le retour à l’équilibre [des comptes, NDLR] est devenu l’enjeu majeur pour beaucoup de gens à l’hôpital. Or ce n’est pas cela, l’efficience. Il s’agit là d’une productivité anti-déontologique. Pour caricaturer, on dirait que l’idée est de faire faire par des personnels mercenaires. En termes de résultats pour la qualité des soins ou l’innovation, ça n’ira pas très loin !

Sur quoi fondez-vous cette analyse ?

Prenons l’exemple des cliniciens hospitaliers, pour lequel on nous propose aujourd’hui un contrat simpliste et bling-bling. « Simpliste » parce que ces médecins seront en vrac chargés de la PDS et des soins, corvéables à merci. Parce que, aussi ils signeront pour un an renouvelable deux fois, en fonction de la volonté du directeur (et uniquement du directeur). « Bling-bling » parce que, à ces « cliniciens », on proposera un forfait et une part variable (qui liera, une nouvelle fois, le praticien au directeur sans aucun regard extérieur) et qu’il se dit que cette rémunération pourra atteindre le double de celle d’un PH au 13e échelon. En faisant cela, les pouvoirs publics manifestent une vraie prise de conscience des difficultés des rémunérations à l’hôpital et du problème de l’attractivité des carrières (ce sera d’ailleurs le sujet, le 14 janvier prochain, du colloque de l’INPH) mais en mettant en œuvre un mercenariat d’État, ils se trompent de réponse.

Quels sont, aujourd’hui, les sujets qui préoccupent le plus les médecins de l’hôpital ?

Savoir, c’est aussi bête que cela, s’ils vont garder les moyens de faire leur travail. Des moyens qui sont pourtant inscrits dans les contrats d’objectif et de moyens qu’ils ont signés quand ils sont chefs de pôle. Mais chaque PH, dans son service, se demande s’il pourra encore demain travailler avec autant d’infirmière ou bien conserver une assistante sociale… Or avoir à ce point tous les yeux rivés sur le tableau de bord des effectifs, c’est tout à fait dommageable.

Le ministre du Budget, Éric Woerth, tient un discours de plus en plus sévère pour l’hôpital, estimant notamment qu’il reste des marges d’économie dans ce secteur. Cela vous inquiète-t-il ?

Je lui renvoie la balle. Faisons un débat national citoyen sur la situation de l’hôpital. Moi, je ferai mon travail en fonction des moyens qu’on me donnera. Je ne suis pas inquiète pour moi, je suis inquiète pour mes patients.

PROPOS RECUEILLIS PAR KARINE PIGANEAU


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