Union Syndicale de la Psychiatrie USP.


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Faut pas pousser, par Pierre Paresys, vice-président de l'USP

mercredi 8 septembre 2010, par Usp


L’esprit de la loi de prévention de la délinquance (5 mars 2007) rédigée à 4 mains par Mme Dati et Mr Sarkozy, sa volonté évidente de constituer par association une " image type du supposé nuisible","de l’ennemi intérieur" où chacun trouvera le sien sans pour autant s’y reconnaître, trouve à nouveau sa parfaite illustration dans l’actualité. Le chapitre 3 de ce texte (Dispositions tendant à limiter les atteintes aux biens et à prévenir les troubles de voisinage) associait dans sa dernière mouture : les gens du voyage , les chiens méchants et les malades mentaux , avant que cette dernière partie ne soit retirée.

Pas de dérapage donc, pas de caricature , il s’agit bien là d’une partie des fondements d’une idéologie et d’une stratégie.
Il s’agissait d’instrumentaliser les travailleurs sociaux et les éducateurs , les enseignants,la psychiatrie et l’ensemble du sanitaire ,afin de contrôler la population sous couvert de délinquance habilement associée à la précarité, la fragilité, l’absentéisme scolaire , la santé mentale voir l’immigration.
En bref, rien de nouveau sous le ciel de France : instrumentalisation, stigmatisation,désignation de bouc-émissaires,politique de la haine et du chacun pour soi, restent les outils d’une stratégie bien rodée .
La peur pour alimenter la méfiance et la haine des uns contre les autres, quoi de mieux pour combattre les valeurs de solidarité puisque l’autre devient l’ ennemi.

Et pendant ce temps là, silence, on casse, le temps presse ,et la liquidation des services publics est un impératif : ils représentent un facteur de cohésion et de paix sociale, un filet de « sécurité sociale » réduisant les inégalités et les écarts, c’est un mode de redistribution des richesses atténuant la violence du marché , ils favorisent donc la survie des inutiles et portent atteinte à la productivité et aux profits.
Le travail est érigé comme valeur suprême mais c’est bien l’argent facile qui est favorisé, pas besoin de braquer un supermarché pour obtenir 30 millions (130 vies de RSA), il suffit de froncer les sourcils en menaçant d’un déménagement en Suisse ou en Belgique ... Évidemment, il ne s’agit bien pas ici d’exonérer de responsabilité et encore moins d’encourager les délinquants en tous genres , mais ce sont bien ces valeurs là ,qui sont offertes aux futurs adultes , alors oui, quelquefois le braqueur ou le dealer peut malheureusement devenir un héros .
Mais cette responsabilité, et la responsabilité de la crise ne sont pas revendiquée par ceux qui nous gouvernent ; le libéralisme qu’ils défendent n’aurait rien à y voir, même si, pris de court, ils n’ont pu aggraver la dette des ménages, et aliéner un peu plus la population par des crédits immobiliers s’ajoutant aux prêts pour les soins, et bientôt à l’éducation que la propagande médiatique ose vanter du fait de leur taux 0 ...

La dette, élément récurent de la propagande est bien sûre celle des pauvres, des malades, des travailleurs (ou les trois à la fois), et pour la rembourser quoi d’autre que la casse des services publics, du système de santé, des retraites dont ils n’ont ,semble-t-il, pas mérité le bénéfice.
Ce dernier point n’illustre-t-il pas à lui seul les grands principes de la politique actuelle ? La retraite ne peut concerner que les non productifs, les cassés . Les médecins du travail déjà instrumentalisés pour invalider autant que possible les travailleurs afin de favoriser artificiellement la baisse des chiffres du chômage et coûter le moins cher possible aux entreprises seront mis à contribution pour faire du tri sélectif et n’éliminer que les déchets , les autres seront bons pour le service jusqu’à atteindre ce même état , pas question de se priver de la productivité des plus valides .

Le sécuritaire alimente la Peur qui favorise la méfiance, la marginalisation, l’exclusion et la violence, le repli et l’individualisme contre la solidarité et les services publics, tant pis si cela peut aussi rendre malade . Le sécuritaire n’est pas la sécurité, au contraire il se nourrit de l’insécurité, de la méfiance, de la haine des uns contre les autres pour mieux cacher la politique antisociale à l’œuvre, la promotion de l’insécurité sociale.

D’ailleurs il faut veiller à ne pas trop soigner, comme pour la retraite, il s’agit de ne pas dépenser trop pour les improductifs, les malades chroniques, les pauvres ; pas pour que cela coûte moins cher, la dégradation du service public de santé et ses conséquences sur l’accès au soin sans oublier la baisse de la prise en charge par l’assurance maladie qui amène la population à retarder la demande de soins vont entraîner comme aux États Unis un surcoût global financé par les patients et la population au profit des entreprises de santé, des assurances , des laboratoires pharmaceutiques et de leurs actionnaires .

La loi de Madame Bachelot, avec la tarification à l’activité(T2A), la convergence tarifaire, la liquidation de tous les espaces de débats et de responsabilité est une véritable machine de guerre contre l’hôpital public et n’en déplaise au ministère de la coupe du monde, il faudra un certain nombre de caïds immatures face aux jeunes apeurés que seront les médecins cliniciens contractuels pour faire appliquer aveuglément les orientations qui doivent organiser l’autodestruction de l’hôpital public. Bon nombre de directeurs ont montré qu’ils avaient une autre conception de leur mission et ont combattu ces orientations. La Vap-rimpsy (T2A pour la psychiatrie) est à la fois un outil de cette dérive comptable et un excellent moyen de formatage des pratiques , là où il fallait accueillir, il faut produire des actes, là où il fallait écouter, il faut surveiller , le patient en tant qu’individu n’y a progressivement plus sa place .

Certes un pousseur dans le RER cela choque, fait peur, d’autant plus que cela paraît incompréhensible et semble pouvoir toucher n’importe quel innocent, mais faut-il pour autant instrumentaliser cette peur, la commercialiser ?.. La plume qui par les lois et décrets qu’elle signe, pousse la population à ne pas se soigner, les hôpitaux et les médecins à faire du chiffre, à se résigner pour certains à "adapter leur éthique", à sélectionner les actes et les patients, à réduire ces patients à des clients et des sommes d’actes , le professionnel à un producteur d’actes,n’est-elle pas beaucoup plus dangereuse que les images qu’on exhibe pour nous faire peur ? La voix qui prétend classer les hôpitaux en fonction du taux de mortalité ne peut ignorer la sanction qui peut en résulter pour les patients âgés, fragiles, trop lourds etc... priés de mourir avant l’admission, après leur sortie ou leur transfert. L’évaluation tous azimuts , le culte des chiffres tue en éloignant les équipes de leur objet : l’humain. La plume qui transforme le travailleur social en délateur, le policier en chasseur de sans papiers, de gens du voyages ou de pauvres en situation d’expulsion, n’est- elle pas responsable de la dégradation de l’image de ces agents de l’État et de la mise en danger de ceux-ci au même titre que tous les représentants de l’État .

L’important n’est-il pas que cela conforte le sentiment d’insécurité et produise de l’activité.

Là où en psychiatrie, on nous encourage à ne pas faire notre travail pour générer de l’activité qui rapporte, les Roms viennent au secours de la police pour leur activité et leur budget ; quoi de mieux en effet que d’expulser un grand nombre de Roms qui vont se déplacer pour fournir de l’activité à l’équipe de police voisine et ainsi de suite, tant pis pour la violence si ça alimente les chiffres, le budget , le terrain médiatique.

Constance et cohérence, après les circulaires sur la sécurisation en psychiatrie le Ministère de la Santé propose une loi qui n’aura pas d’autre résultat que d’éloigner les patients des soins, d’en favoriser la marginalisation et l’abandon. Il s’agit par une généralisation de la contrainte, de faire des équipes de psychiatrie une menace pour la population et ,par là même ,retarder l’accès aux soins par la méfiance et la peur qu’elles susciteront. Là ou l’accueil, le temps de l’écoute était possible, l’effet d’ambiance, la crainte, la méfiance rendront toute véritable alliance thérapeutique impossible . Plusieurs dizaines d’années de travail vont être annihilées là où l’accueil et l’écoute étaient encore une exigence.

L’échec de cette politique conduira à l’extension de l’enfermement pour le plus grand profit des bétonneurs sans pour autant bien au contraire , parvenir à l’impossible risque 0 , confortant là encore le sentiment d’insécurité.

Régression et archaïsme, comme le résume le seul argument avancé par un sénateur après la diffusion du communiqué du collectif "Refusons la politique de la peur" à l’adresse des candidats en février : « quand vous aurez subi plusieurs agressions graves, vous pourrez parler ,ou pire écrire !! ».

Il ne semble pas ,dans ce contexte, y avoir de demi-mesure ; toute critique alimente la propagande sécuritaire qui occupe le terrain médiatique y compris en clivant artificiellement l’opinion par des sondages où la définition de la sécurité s’oppose ou n’est pas associée à la "sécurité sociale"(emploi, soins, pouvoir d’achat, retraites etc..) et se réduit à la répression ; mettre en avant cette cohérence autant que possible, en dénoncer et expliciter les pièges par la tenue de débats publics sur tous ces thèmes semble être la seule voie possible.

Il paraît essentiel que ces débat se déroulent dans l’année à venir et qu’ils associent toutes les oppositions franches ou non à cette politique. La tentation sécuritaire , marché porteur , a en effet pu concerner en 2002 comme en 2007 des élus de tous bords .De même ,nous l’avons vu en 2005 le débat sur les services publics a été tronqué, permettant son remplacement par un service économique d’intérêt général et le passage du statut au contrat ,dont la préfiguration actuelle nous démontre déjà qu’il ne pourra répondre aux besoins des populations les plus défavorisées.

La Fête de l’Humanité les 10,11 et 12 septembre sera une première occasion de reprendre ces discussions.

Pierre Paresys, vice-président de l’union syndicale de la psychiatrie le 8 septembre 2010


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