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Lettre ouverte adressée à l'ARS Normandie : « Des moyens pour soigner, pas pour enfermer »

mardi 5 juin 2018, par Usp


« Des moyens pour soigner, pas pour enfermer »

Dr Valérie Pera Guillot
PH, Chef de pôle au Nouvel Hôpital de Navarre, ex présidente de la CME
Psychanalyste

C’est avec ce slogan que les grévistes du CH du Rouvray ont occupé les locaux de l’administration en ce début juin, tandis que sept infirmier(e)s, aide-soignant(e)s poursuivent une grève de la faim débutée depuis plusieurs jours. Ils dénoncent des conditions de travail indignes en raison de sous effectifs permanents. L’accueil des patients hospitalisés s’en trouve si dégradé qu’il confine à la maltraitance. Les agents hospitaliers, soucieux de l’éthique de leur profession, refusent de cautionner cet état de fait. À travers le témoignage d’une grande pudeur de Marc-Aurélien et de Jean-Yves, dans un tweet du 1 juin, nous entendons aussi cette maltraitance dont font l’objet, en retour, ceux-là mêmes qui ont choisi d’aider les personnes souffrant de troubles psy.

D’où vient ce profond malaise ?
Quels sont les niveaux de responsabilité ?

Depuis plus de trente ans, les réformes de la psychiatrie se succèdent qui tentent de la faire rentrer dans le giron de la médecine : la réforme de l’internat de 1982 inclut la psychiatrie dans les diplôme d’études spécialisées de médecine, le diplôme d’infirmier en psychiatrie disparaît en 1992, fin du volet psychiatrie dans les schémas régionaux d’organisation sanitaire suivant la circulaire de 2003, modèle scientiste de soins standardisés généralisé imposé à la formation, et enfin l’obligation depuis 2016 pour la quasi-totalité des EPSM de rentrer dans des GHT dominés par le MCO.

Le cas du Rouvray est sans doute paradigmatique de ce qui se déroule à bas bruit dans d’autres hôpitaux psychiatriques, lorsque la Présidence de la CME emboîte le pas de la Direction pour soutenir une logique comptable imposée par l’ARS et le Ministère, sans tenir compte de ce que traversent au quotidien les patients et avec eux les soignants qui les prennent en charge. D’autres hôpitaux ont eu plus de respect pour les patients et le personnel quand ils ont choisi de ne pas s’aligner sans coup férir sur la logique purement gestionnaire de réduction des dépenses que ne dissimule plus le GHT appliqué à la psychiatrie.

Le résultat de ces réformes est là : le malaise grandissant de tous ceux qui travaillent au plus près des malades, pour les malades et avec les familles. En réponse : expertises, rapports, audits se multiplient, tentant de canaliser une réalité du terrain qui échappe toujours plus aux experts.

Or c’est bien de cette réalité dont témoignent les grévistes du Rouvray, et avec eux les équipes paramédicales, médicales et tous ceux qui oeuvrent au quotidien auprès des patients et de leur famille. A eux, le réel de la maladie mentale n’échappe pas.

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