{"id":22004,"date":"2007-12-10T13:44:00","date_gmt":"2007-12-10T12:44:00","guid":{"rendered":"https:\/\/www.uspsy.fr\/?p=22004"},"modified":"2021-06-01T21:10:13","modified_gmt":"2021-06-01T19:10:13","slug":"psychiatrie-pratique-sociale-ou","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.uspsy.fr\/?p=22004","title":{"rendered":"Psychiatrie : pratique sociale&#8230; ou politique ?"},"content":{"rendered":"PSYCHIATRIE : PRATIQUE SOCIALE, \u2026OU POLITIQUE ?\n\n\u00ab Le psy et le social \u00bb, Colloque du C.E.F.A., 7 et 8 d\u00e9cembre 2007, PARIS\n\nDr Alain CHABERT Psychiatre, praticien hospitalier, th\u00e9rapeute familial, membre d\u2019E.F.T.A. \n\n\nLe rendez-vous pour Alice est pris par son \u00e9ducatrice, ou plut\u00f4t, non, c\u2019est bien elle, Alice, qui a demand\u00e9 le rendez-vous \u00e0 la secr\u00e9taire, car, n\u2019est ce pas, elle est autonome, Alice ; mais son \u00e9ducatrice \u00e9tait avec elle, pour t\u00e9l\u00e9phoner, et elle est aussi avec elle, lors de la consultation.\nAlice a 52 ans ; elle travaille dans un Etablissement et Service d\u2019Aide par le Travail (E.S.A.T.), et loge dans un appartement \u2013 relais, d\u00e9pendant du foyer associ\u00e9 \u00e0 l\u2019E.S.A.T., avec trois autres travailleuses handicap\u00e9es ; elle va dans sa famille un week-end sur deux, c\u2019est r\u00e9glementaire, et aussi en cas d\u2019arr\u00eat de travail, puisqu\u2019on ne peut pas rester au foyer lorsqu\u2019on ne travaille pas.\n\nElle a quelques raisons d\u2019\u00eatre inqui\u00e8te, Alice :\nAu printemps, elle a eu un accident du travail, enfin, pas un \u00ab vrai \u00bb A.T., car la l\u00e9gislation est sp\u00e9cifique, mais cela lui a tout de m\u00eame cass\u00e9 le bras, et elle a du rester quelques temps avec sa m\u00e8re.\n\nSa m\u00e8re, elle a 87 ans ; bien que tr\u00e8s alerte, elle ne manque pas d\u2019avoir quelques probl\u00e8mes de sant\u00e9, et de commencer \u00e0 entrevoir le moment o\u00f9 elle ne sera plus de ce monde.\n\nCet \u00e9t\u00e9, Alice a eu une liaison amoureuse et, si ce n\u2019\u00e9tait pas la premi\u00e8re fois, cela a bien \u00ab brass\u00e9 \u00bb, comme elle dit en savoyard, son entourage, sans qu\u2019elle puisse dire qui le plus, sa m\u00e8re ou son \u00e9ducatrice. \n\nEt puis, elle sent bien qu\u2019elle n\u2019a plus la m\u00eame ardeur dans son travail ; cela fait plus de trente ans qu\u2019elle est en milieu prot\u00e9g\u00e9, de fa\u00e7on quasi contemporaine de la Loi de 1975 (sur les personnes handicap\u00e9es) ; elle ne sait pas exactement comment fonctionne le droit \u00e0 la retraite, mais c\u2019est un horizon assez proche, et incertain : ou ira-t-elle, alors, pour loger ?\n\nElle semble appr\u00e9cier l\u2019\u00e9change de paroles ; je lui propose de rencontrer quelques temps la psychologue qui travaille dans ce Centre M\u00e9dico-Psychologique ; elle est int\u00e9ress\u00e9e. L\u2019\u00e9ducatrice est invit\u00e9e \u00e0 venir alors discuter avec nous ; conversation phatique et discussion sur le contexte ; puis, \u00e9nonc\u00e9 de la proposition faite \u00e0 Alice. Un blanc, une mimique contrari\u00e9e. \u00ab Mais elle souffre vraiment, docteur ! \u00bb. Puis, \u00abVous n\u2019allez pas lui donner des m\u00e9dicaments ? \u00bb\n\nL\u2019\u00e9ducatrice est de bonne foi ; elle est tr\u00e8s attentive au champ relationnel ; elle est sans doute tr\u00e8s attach\u00e9e \u00e0 Alice, et pr\u00eate aussi \u00e0 s\u2019interroger sur son travail, sur la mani\u00e8re dont elle l\u2019exerce\u2026Mais elle est, \u00e0 son insu en grande partie, victime de la m\u00e9dicalisation du mal \u2013 \u00eatre et de la biologisation de la vie psychique.   \n\n\u00ab Monsieur le Docteur \u2013 c\u2019est un courrier qui m\u2019est adress\u00e9 par le chef du service Protection d\u2019une association de gestion, dans le cadre de la Loi de 1968 sur les Incapables Majeurs \u2013 nous revenons vers vous concernant la situation de monsieur\u2026 &#8211; il s\u2019agit de Bruno, 37 ans, suivi depuis plusieurs ann\u00e9es sur notre secteur, habituellement en service libre \u2013 Nous avons eu hier plusieurs conversations t\u00e9l\u00e9phoniques avec celui-ci \u2013 il souhaitait un peu d\u2019argent pour un repas \u00e0 son domicile et divers faux-frais \u2013 Nous avons pu constater que ses propos semblaient totalement incoh\u00e9rents, et tout au moins hors r\u00e9alit\u00e9. En effet, il parle qu\u2019il va finir par se faire faire un enfant, et qu\u2019il a retrouv\u00e9 les plantes qu\u2019il cultivait quand il \u00e9tait jeune et qu\u2019il faisait du sport \u2013 \u00e0 la r\u00e9ponse \u00e0 la question : mais qu\u2019est ce que vous allez faire chez vous ? Ce type de dialogue est parfaitement d\u00e9crit chez G. Bateson et chez R. Laing et D. Esterson \u2013 Il passe d\u2019un sujet \u00e0 l\u2019autre sans que son discours n\u2019ait un quelconque rapport avec la r\u00e9alit\u00e9. Or, il appara\u00eet qu\u2019il a \u00e9t\u00e9 autoris\u00e9 \u00e0 rentrer \u00e0 la journ\u00e9e \u00e0 son domicile, alors qu\u2019il est actuellement en Hospitalisation \u00e0 la Demande d\u2019un Tiers, et qu\u2019il a d\u00e9j\u00e0 fait une fugue le\u2026- c\u2019\u00e9tait trois semaines auparavant \u2013 Cette situation de sortie d\u2019essai nous semble pr\u00e9matur\u00e9e au vu de ses propos t\u00e9l\u00e9phoniques, sans avoir pu mettre en place un aide possible dans son quotidien. \u2013 C&rsquo;est-\u00e0-dire que Bruno est cens\u00e9 ne pas devoir \u00eatre autoris\u00e9 \u00e0 aller jusqu\u2019\u00e0 son appartement, alors qu\u2019il y va aussi pour tenter d\u2019y mettre un peu d\u2019ordre, puisque, justement, il l\u2019a laiss\u00e9 dans un tr\u00e8s grands d\u00e9sordre, le jour de son hospitalisation, d\u00e9sordre alors compris comme signe d\u2019incapacit\u00e9 structurelle, et non conjoncturelle. Et le mode juridique de son hospitalisation, l\u2019H.D.T., est appel\u00e9 pour justifier et permettre cet extr\u00eame contr\u00f4le social.\n\n\u00ab  Madame la juge des tutelles. Je me permet de vous adresser copie du courrier de \u2026 &#8211; celui ci-dessus \u2013 ainsi que la r\u00e9flexion qu\u2019il m\u2019inspire. L\u2019auteur du courrier semble s\u2019\u00e9tonner doublement que des personnes souffrant de troubles mentaux pr\u00e9sentent des sympt\u00f4mes, et ne soient pas enferm\u00e9es en permanence, b\u00e9n\u00e9ficiant de sorties, permissions lorsqu\u2019elles sont en service libre, et sorties d\u2019essai en H.D.T., en l\u2019occurrence de deux journ\u00e9es dans le cours d\u2019une hospitalisation d\u00e9j\u00e0 longue et ayant comport\u00e9 des temps d\u2019enfermement. La possibilit\u00e9 d\u2019aller et venir et de b\u00e9n\u00e9ficier de sorties fait \u00e9videmment partie des droits des patients, mais aussi des n\u00e9cessit\u00e9s th\u00e9rapeutiques, dans le cadre de la relation soignante. La privation de libert\u00e9 doit \u00eatre utilis\u00e9e avec une grande retenue. J\u2019ajouterai qu\u2019\u00e9trangement ce service de Protection Juridique proteste r\u00e9guli\u00e8rement contre les sorties ou libert\u00e9s des malades, mais que nous ne recevons jamais de protestations lorsque nous maintenons un patient au C.H.S., voire dans une chambre ferm\u00e9e. Veuillez agr\u00e9er, etc., etc.. \u00bb (&#8230;)\n\n<em>(vous retrouverez le texte complet en document joint)<\/em>\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Documents joints<\/h2>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-file\"><a href=\"http:\/\/www.uspsy.fr\/wp-content\/uploads\/2007\/12\/pdf_Chabert_psychiatrie_pratique_sociale_ou_politique_7-8_decembre_2007.pdf\">Chabert_psychiatrie pratique sociale ou politique_7-8 d\u00e9cembre 2007<\/a><\/div>\n\n\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>PSYCHIATRIE : PRATIQUE SOCIALE, \u2026OU POLITIQUE ? \u00ab Le psy et le social \u00bb, Colloque&hellip;<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[599],"tags":[],"class_list":["post-22004","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-service-public"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.uspsy.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/22004","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.uspsy.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.uspsy.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.uspsy.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.uspsy.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=22004"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/www.uspsy.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/22004\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":22006,"href":"https:\/\/www.uspsy.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/22004\/revisions\/22006"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.uspsy.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=22004"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.uspsy.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=22004"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.uspsy.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=22004"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}