{"id":22308,"date":"2008-07-15T12:48:00","date_gmt":"2008-07-15T10:48:00","guid":{"rendered":"https:\/\/www.uspsy.fr\/?p=22308"},"modified":"2008-07-15T12:48:00","modified_gmt":"2008-07-15T10:48:00","slug":"article-des-echos-du-15-juillet","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.uspsy.fr\/?p=22308","title":{"rendered":"Article des Echos du 15 juillet 2008 : Ces CHU qui ont abandonn\u00e9 la recherche"},"content":{"rendered":"<p>Un classement in\u00e9dit r\u00e9v\u00e8le des in\u00e9galit\u00e9s criantes entre les 32 centres hospitalo-universitaires fran\u00e7ais. Faute de moyens, souvent, par manque d&rsquo;ambition, aussi.<\/p>\n<p>La recherche est une des trois missions des centres hospitalo-universitaires. Ceux qui n&rsquo;en font pas sont des h\u00f4pitaux g\u00e9n\u00e9raux et ne m\u00e9ritent donc pas le statut de CHU. \u00bb Philippe Even ne cache ni sa d\u00e9ception ni son indignation. Le classement que vient de r\u00e9aliser \u00e0 la demande du gouvernement cet ancien doyen de la facult\u00e9 de m\u00e9decine Paris-5 est inqui\u00e9tant. Il confirme l&rsquo;\u00e9norme disparit\u00e9 qui touche le milieu hospitalier fran\u00e7ais, o\u00f9 le pire c\u00f4toie le meilleur. Pas de probl\u00e8me dans les grands \u00e9tablissements parisiens comme Necker, Cochin, Saint-Antoine ou la Salp\u00eatri\u00e8re, o\u00f9 plusieurs \u00e9quipes font partie du gratin mondial de la recherche m\u00e9dicale. Mention bien pour Lyon, Toulouse, Nantes ou Nice qui h\u00e9bergent de nombreux sp\u00e9cialistes de r\u00e9putation internationale. La qualit\u00e9 commence \u00e0 se d\u00e9grader \u00e0 Angers, Grenoble ou Rennes o\u00f9 l&rsquo;excellence se fait rare. Et rien ne va plus \u00e0 Reims, Limoges, Poitiers ou Amiens, o\u00f9 la recherche et l&rsquo;innovation th\u00e9rapeutique sont carr\u00e9ment l&rsquo;exception.<\/p>\n<p>Plus que la valeur intrins\u00e8que des diff\u00e9rents \u00e9tablissements, ce sont les \u00e9carts consid\u00e9rables qui existent entre les premiers et les derniers qui posent probl\u00e8me. Dans tous les pays d\u00e9velopp\u00e9s, des unit\u00e9s d&rsquo;excellence sortent toujours du lot et les m\u00e9tropoles nationales ou r\u00e9gionales attirent et forment presque toujours les meilleurs. Mais selon l&rsquo;enqu\u00eate de l&rsquo;Institut Necker, l&rsquo;Hexagone d\u00e9tient le record des in\u00e9galit\u00e9s g\u00e9ographiques. En fait, la moyenne nationale est plomb\u00e9e par des CHU \u00ab \u00e0 la d\u00e9rive \u00bb n\u00e9gligeant la recherche m\u00e9dicale plus par d\u00e9faut d&rsquo;ambition que par manque de moyens. \u00ab En France, le rapport entre les meilleurs et les moins bons est proche de un \u00e0 cent. Dans aucun autre pays on rencontre de tels \u00e9carts \u00bb, remarque Philippe Even. En Angleterre, les champions locaux sont bien \u00e9videmment implant\u00e9s dans les grandes institutions historiques proches de Londres : Oxford, Cambridge, Imperial College, King&rsquo;s College. En termes de production de savoir scientifique, ces institutions ne sont que deux \u00e0 trois fois plus performantes que les facult\u00e9s moins hupp\u00e9es de Newcastle, Glasgow ou Dundee, qui sont donc loin de d\u00e9m\u00e9riter. La m\u00eame coh\u00e9rence se retrouve en Allemagne et aux Etats-Unis, o\u00f9 les petites facult\u00e9s de m\u00e9decine ne sont pas \u00e9cras\u00e9es par les grandes.<\/p>\n<p>A l&rsquo;heure de la r\u00e9forme hospitali\u00e8re et du rapport Larcher, ce bilan met en \u00e9vidence un probl\u00e8me franco-fran\u00e7ais que nombre de responsables locaux ou nationaux feignent d&rsquo;ignorer. \u00ab Beaucoup de nos CHU et de nos m\u00e9decins hospitalo-universitaires trahissent leur triple mission et leur devoir. Leur nombre, leur mission, leurs moyens et surtout leur \u00e9tat d&rsquo;esprit doivent \u00eatre enti\u00e8rement revus \u00bb, juge Philippe Even. Cr\u00e9\u00e9s par la loi Debr\u00e9 en 1958, les ensembles hospitalo-universitaires sont tenus d&rsquo;assurer les soins. Ils doivent \u00e9galement d\u00e9livrer un enseignement de qualit\u00e9 aux futurs m\u00e9decins et rester \u00e0 la pointe de la recherche m\u00e9dicale. Ils vivent sous une double tutelle administrative (l&rsquo;enseignement sup\u00e9rieur et la sant\u00e9) qui complique toute tentative de r\u00e9forme. Le r\u00e9sultat mesur\u00e9 en termes de sant\u00e9 publique est sans appel. \u00ab La faillite de la recherche dans de nombreux CHU est tr\u00e8s pr\u00e9occupante, car la modernit\u00e9, la qualit\u00e9, le progr\u00e8s et la s\u00e9curit\u00e9 des soins en d\u00e9pendent \u00bb, note l&rsquo;enqu\u00eate de l&rsquo;Institut Necker.<\/p>\n<p>Ce bilan prend en compte la pertinence des recherches scientifiques effectu\u00e9es et publi\u00e9es par les chercheurs en poste dans les 32 centres hexagonaux. Cette loupe n&rsquo;est pas parfaite. Elle est cependant utilis\u00e9e partout dans le monde pour comparer la cr\u00e9ativit\u00e9 et la productivit\u00e9 des scientifiques. Aucun chercheur digne de ce nom ne conteste d&rsquo;ailleurs l&rsquo;objectivit\u00e9 de ce juge de paix bas\u00e9 sur la bibliom\u00e9trie. En France, seuls quelques esprits grincheux continuent de critiquer cet outil universel, au nom de la traditionnelle \u00ab exception culturelle \u00bb. Partout dans le monde, les chercheurs publics ou priv\u00e9s sont suppos\u00e9s produire du savoir scientifique si possible original et parfois utile \u00e0 toute la collectivit\u00e9. Dans le monde m\u00e9dical, ce lien entre fondamental et appliqu\u00e9 est vital au sens propre du terme. De la d\u00e9couverte \u00e0 l&rsquo;innovation, il n&rsquo;y a qu&rsquo;un pas, et ces progr\u00e8s sont par d\u00e9finition destin\u00e9s \u00e0 am\u00e9liorer le sort des malades. L&rsquo;extraordinaire explosion du savoir m\u00e9dical des quinze derni\u00e8res ann\u00e9es, li\u00e9e au d\u00e9veloppement de la biologie mol\u00e9culaire, rend encore plus forte cette filiation entre la recherche et les soins.<\/p>\n<p>L&rsquo;exercice bibliom\u00e9trique consiste \u00e0 comptabiliser et \u00e0 hi\u00e9rarchiser tous les travaux des scientifiques, en fonction de leur diffusion et de leur acceptation par la communaut\u00e9. Il s&rsquo;agit donc d&rsquo;un jugement par les pairs, relativement objectif, malgr\u00e9 quelques biais bien connus des sp\u00e9cialistes. En pratique, on analyse les articles accept\u00e9s par des revues s\u00e9lectionn\u00e9es pour leur s\u00e9rieux et leur notori\u00e9t\u00e9. Tout en haut de la liste, deux journaux se livrent une concurrence sans piti\u00e9 pour d\u00e9crocher les meilleurs auteurs : l&rsquo;am\u00e9ricain \u00ab Science \u00bb et l&rsquo;anglais \u00ab Nature \u00bb. Dans tous les laboratoires du monde, l&rsquo;arriv\u00e9e de ces r\u00e9f\u00e9rences reste un \u00e9v\u00e9nement.<\/p>\n<p><strong>Indicateurs de performance<\/strong><br \/>\n<br \/>Ces magazines publient tous les ans quelques milliers d&rsquo;articles s\u00e9lectionn\u00e9s dans un oc\u00e9an comprenant une bonne centaine de milliers de propositions. Ce corpus acad\u00e9mique tri\u00e9 par des comit\u00e9s de s\u00e9lection est une sorte de bible du savoir remise \u00e0 jour toutes les semaines. Derri\u00e8re ces deux stars de la \u00ab publi \u00bb, une kyrielle de revues moins connues du grand public comme le \u00ab Lancet \u00bb ou le \u00ab New England Journal of Medecine \u00bb se disputent les travaux des chercheurs. Elles sont affect\u00e9es d&rsquo;un indice qualitatif qui d\u00e9pend lui-m\u00eame de la notori\u00e9t\u00e9 et de la vigilance du comit\u00e9 de lecture qui accepte ou refuse les textes soumis. De toute \u00e9vidence, d\u00e9crocher une publication dans le \u00ab Lancet \u00bb ou dans \u00ab Nature \u00bb n&rsquo;a pas le m\u00eame impact que dans \u00ab La Vie des papillons dans le Bas Rouergue \u00bb. Quand l&rsquo;une de ces publications marque une ind\u00e9niable perc\u00e9e conceptuelle ou exp\u00e9rimentale, elle devient instantan\u00e9ment une r\u00e9f\u00e9rence mondiale et fait l&rsquo;objet d&rsquo;innombrables citations. Les auteurs deviennent aussit\u00f4t des c\u00e9l\u00e9brit\u00e9s sollicit\u00e9es par les organisateurs de congr\u00e8s et les grandes universit\u00e9s.<\/p>\n<p>Trois param\u00e8tres essentiels balisent donc la vie des chercheurs : le total des articles publi\u00e9s, les publications dans des grands journaux et le nombre de citations par les confr\u00e8res. Un chercheur est donc \u00e0 la fois un nageur de fond (il produit beaucoup et r\u00e9guli\u00e8rement) et un sprinter (il sait acc\u00e9l\u00e9rer dans les grandes occasions). Autant dire que ces champions vivent une relation exclusive et quasi obsessionnelle avec leur discipline. En France, une dizaine de m\u00e9decins en poste dans les grands CHU sont des habitu\u00e9s de ces podiums internationaux. Huit d&rsquo;entre eux sont des Parisiens et deux sont des provinciaux venant de Strasbourg et de Marseille. Un chiffre mesure l&rsquo;ampleur du probl\u00e8me hexagonal. Pr\u00e8s des deux tiers des hospitalo-universitaires hexagonaux ne publient pratiquement rien.<\/p>\n<p><strong>Manque de publications<\/strong><br \/>\n<br \/>En clair, alors que la recherche est le moteur des grands centres de la capitale, elle est pratiquement inexistante dans de nombreux \u00e9tablissements de province. \u00ab L&rsquo;argent n&rsquo;est pas essentiel. C&rsquo;est l&rsquo;\u00e9tat d&rsquo;esprit des m\u00e9decins et des administrations hospitali\u00e8res qui est en cause \u00bb, juge Philippe Even. En fait, la France souffre d&rsquo;un travers bien connu qui oxyde tous les rouages du syst\u00e8me : le m\u00e9lange des genres, c&rsquo;est-\u00e0-dire, la confusion entre l&rsquo;excellence et l&rsquo;am\u00e9nagement du territoire. Avant les r\u00e9centes fusions, l&rsquo;Hexagone comptait 38 CHU contre 26 en Allemagne et 22 au Royaume-Uni et 125 aux Etats-Unis. Les \u00e9lus sont en grande partie responsables de ce saupoudrage. Toute ville d&rsquo;importance se doit d&rsquo;avoir un CHU cr\u00e9ant de l&#8217;emploi et suppos\u00e9 participer au prestige de la cit\u00e9. Peu importe, au fond, si le contenu ne correspond pas \u00e0 ce qui est marqu\u00e9 sur l&rsquo;\u00e9tiquette. De surcro\u00eet, personne n&rsquo;est dupe. Les \u00e9lus, tout comme les \u00e9lecteurs bien inform\u00e9s, connaissent toujours la r\u00e9alit\u00e9 du terrain. Tel \u00e9dile qui d\u00e9fend bec et ongles son h\u00f4pital ou son CHU pour des raisons \u00e9lectorales se fera discr\u00e8tement soigner dans un organisme parisien en cas de p\u00e9pin. Cette dilution des moyens est en grande partie responsable de la situation actuelle. \u00ab Les unit\u00e9s n&rsquo;ont pas \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9es en tenant compte de la valeur des candidats. On a fait appel \u00e0 des quotas r\u00e9gionaux en recalant les meilleurs \u00e0 Paris et en poussant les moins bons dans les r\u00e9gions. R\u00e9sultat, hors Paris, Strasbourg, Marseille et Lyon, la masse critique de cerveaux et de moyens n&rsquo;est atteinte nulle part \u00bb, pr\u00e9cise l&rsquo;enqu\u00eate.<\/p>\n<p><strong>Retards th\u00e9rapeutiques<\/strong><br \/>\n<br \/>L&rsquo;impact de cette faillite collective est gigantesque. Elle se traduit par une incontestable perte de chance pour les malades soign\u00e9s par des praticiens ignorant les derni\u00e8res techniques ou les mol\u00e9cules de nouvelle g\u00e9n\u00e9ration.<\/p>\n<p>C&rsquo;est particuli\u00e8rement vrai en canc\u00e9rologie, une discipline qui vit une r\u00e9volution biologique bouleversant tous les protocoles. R\u00e9cemment, le directeur g\u00e9n\u00e9ral de l&rsquo;Institut national du cancer (Inca), Dominique Maraninchi, pr\u00e9cisait qu&rsquo;un tiers des centres anticanc\u00e9reux fran\u00e7ais ne devraient plus exercer faute d&rsquo;un niveau suffisant. La semaine derni\u00e8re, Thomas Tursz, le directeur de l&rsquo;Institut Gustave-Roussy de Villejuif (IGR), remarquait que moins de 5 % des malades fran\u00e7ais \u00e9taient inclus dans des essais cliniques faisant appel \u00e0 des traitements innovants. Le m\u00e9decin Philippe Even partage cet avis et ces craintes : \u00ab La prise en charge des maladies graves, rares ou \u00e9mergentes, et surtout les multipathologies si fr\u00e9quentes aujourd&rsquo;hui \u00e0 cause du vieillissement de la population, ne sont optimales que l\u00e0 o\u00f9 la recherche est \u00e9troitement associ\u00e9e aux soins. \u00bb<\/p>\n<p>ALAIN PEREZ<\/p>\n<p><strong>90 h\u00f4pitaux concern\u00e9s<\/strong><br \/>\n<br \/>Avec les regroupements en cours, le nombre de CHU fran\u00e7ais passera prochainement de 38 \u00e0 32. Au total, ce statut concerne 90 h\u00f4pitaux implant\u00e9s dans 26 villes. Les centres hospitalo- universitaires regroupent 20 % des lits disponibles dans l&rsquo;Hexagone. Ils repr\u00e9sentent 40 % des budgets des 400 plus grands h\u00f4pitaux fran\u00e7ais. Plus de deux m\u00e9decins hospitalo-universitaires fran\u00e7ais sur trois ne publient jamais d&rsquo;articles scientifiques. On compte 22 CHU en Angleterre et 26 en Allemagne.<\/p>\n<p>http:\/\/www.lesechos.fr\/info\/sante\/300279830-le-classement-des-chu-en-fonction-de-leur-recherche.htm<br \/>\n<br \/>http:\/\/www.lesechos.fr\/medias\/2008\/0715\/\/300279857.pdf<br \/>\n<br \/>http:\/\/www.lesechos.fr\/medias\/2008\/0715\/\/300279856.pdf<br \/>\n<br \/>http:\/\/www.lesechos.fr\/medias\/2008\/0715\/\/300279852.pdf<br \/>\n<br \/>http:\/\/www.lesechos.fr\/medias\/2008\/0715\/\/300279853.pdf<br \/>\n<br \/>http:\/\/www.lesechos.fr\/medias\/2008\/0715\/\/300279855.pdf<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Un classement in\u00e9dit r\u00e9v\u00e8le des in\u00e9galit\u00e9s criantes entre les 32 centres hospitalo-universitaires fran\u00e7ais. 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