{"id":22530,"date":"2008-12-10T10:11:00","date_gmt":"2008-12-10T09:11:00","guid":{"rendered":"https:\/\/www.uspsy.fr\/?p=22530"},"modified":"2021-06-01T21:19:54","modified_gmt":"2021-06-01T19:19:54","slug":"cedep-apres-le-discours-du-2","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.uspsy.fr\/?p=22530","title":{"rendered":"CEDEP : Apr\u00e8s le discours du 2 d\u00e9cembre 2008 : Politique de la peur"},"content":{"rendered":"Les annonces de Nicolas Sarkozy le 2 d\u00e9cembre au centre hospitalier sp\u00e9cialis\u00e9 Erasme \u00e0 Antony sont dans une remarquable continuit\u00e9 avec ses diff\u00e9rentes d\u00e9cisions prises depuis l\u2019\u00e9poque o\u00f9 il \u00e9tait ministre de l\u2019int\u00e9rieur : loi sur la pr\u00e9vention de la d\u00e9linquance, amput\u00e9e de ses articles portant sur les malades mentaux, mais finalement r\u00e9introduits dans leur essence dans la loi de r\u00e9tention de s\u00fbret\u00e9[1], le fichier Edvige, et maintenant dans une loi sur l\u2019hospitalisation psychiatrique. L\u2019amalgame organis\u00e9 depuis la loi du 30 juin 1838 entre ordre public et obligation de soins trouve aujourd\u2019hui son ach\u00e8vement en une identification du soin \u00e0 la seule mesure d\u2019ordre public au nom d\u2019une dangerosit\u00e9 potentielle, et s\u2019inscrit dans un ensemble liberticide.\n\nDepuis environ 3 ans, \u00e0 chaque victime exemplairement m\u00e9diatis\u00e9e r\u00e9pond une nouvelle loi r\u00e9pressive. Logique d\u00e9magogique qui ose avec arrogance d\u00e9clarer ne conna\u00eetre que les droits de l\u2019homme pour la victime et subordonner les droits des \u00ab autres \u00bb \u00e0 leur dangerosit\u00e9. Logique de juriste besogneux qui se doit d\u2019\u00e9talonner le droit \u00e0 une justice d\u2019\u00e9limination. Logique de violence sociale qui condamne la psychiatrie \u00e0 rep\u00e9rer, contr\u00f4ler et parquer \u00e0 vie les marginaux, d\u00e9viants, malades, d\u00e9sign\u00e9s potentiellement dangereux. Logique de l\u2019abus rendu l\u00e9gal, enfin, puisque cette dangerosit\u00e9 n\u2019est ni d\u00e9finie, ni pr\u00e9cis\u00e9ment limit\u00e9e, ouvrant la voie \u00e0 une extension ind\u00e9finie des mesures qui la visent. Obsession qui transforme tout accident en \u00e9v\u00e9nement intol\u00e9rable, la moindre erreur en d\u00e9faillance monstrueuse, l\u00e9gitimant des pr\u00e9cautions sans cesse durcies et toujours condamn\u00e9es \u00e0 se durcir car on ne supprimera jamais la possibilit\u00e9 d\u2019un risque. A terme, nous ne serions m\u00eame pas dans la mise en place d\u2019un syst\u00e8me de d\u00e9fense sociale \u2014historiquement institu\u00e9 et toujours pr\u00e9sent dans de nombreux pays europ\u00e9ens (Allemagne, Belgique, Italie, Pays Bas, \u2026)\u2014 \u00e0 c\u00f4t\u00e9 d\u2019un syst\u00e8me de soins psychiatriques \u00ab civil \u00bb, mais dans le formatage d\u2019une flic-iatrie dans les murs d\u2019un asile d\u2019ali\u00e9n\u00e9s post-moderne comme dans la ville.\n\nSur ce point, nous tenons \u00e0 alerter du danger les familles et leurs associations,  les associations de patients et ex-patients. Le projet du pr\u00e9sident de la R\u00e9publique n\u2019est pas une obligation de soins ambulatoire, mais bel et bien une d\u00e9tention ambulatoire qui au plan des soins se r\u00e9sumerait \u00e0 l\u2019injection bimensuelle ou mensuelle d\u2019un neuroleptique \u00e0 action prolong\u00e9e ou \u00e0 la prise forc\u00e9e d\u2019un thymor\u00e9gulateur, et qui au plan de la libert\u00e9 individuelle placerait le sujet sous un r\u00e9gime de la libert\u00e9 surveill\u00e9e : tutelle \u00e0 la personne, assignation \u00e0 r\u00e9sidence, bracelet \u00e9lectronique, \u2026 ; tout cela sous l\u2019\u00e9gide des services pr\u00e9fectoraux, des services de psychiatrie publique \u2026 et de la famille. Pourquoi alors pour les soignants rechercher et travailler le consentement libre et \u00e9clair\u00e9 ? Pourquoi pour les services de psychiatrie se mettre dans l\u2019obligation (pour lui et son entourage) d\u2019accueillir, d\u2019\u00e9couter, de prendre soin, de soigner, d\u2019accompagner un sujet souffrant, c\u2019est-\u00e0-dire de le consid\u00e9rer dans sa dignit\u00e9 et sa singularit\u00e9 de personne, d\u2019individu social, et de sujet de droit ? Disons aussi clairement aux usagers et \u00e0 tous les citoyens que le soutien affich\u00e9 par le chef de l\u2019Etat \u00e0 sa ministre de la sant\u00e9 pour son projet de loi HSPT (h\u00f4pital, sant\u00e9, patients et territoire), son chantage public au soutien \u00e0 ses r\u00e9formes, confirme qu\u2019il n\u2019y a pas contradiction entre politique s\u00e9curitaire et politique de r\u00e9duction des moyens pour la sant\u00e9 et le social. De plus, il semble aussi mettre fin \u00e0 la psychiatrie de secteur comme psychiatrie g\u00e9n\u00e9raliste dans la communaut\u00e9 comme les textes sur la nouvelle gouvernance le laissaient pr\u00e9voir.\n\nQue de vigilance oblig\u00e9e, que d\u2019\u00e9nergie perdue pour d\u00e9fendre les moyens existants face au bulldozer administratif et comptable. Pour les intern\u00e9s, nous savons : des moyens pour des cellules d\u2019isolement, des unit\u00e9s pour malades difficiles, des vigiles et des cam\u00e9ras de surveillance. Pour les personnes qui seront soumises au traitement psychiatrique ambulatoire contraint (et elles seront beaucoup plus nombreuses que l es \u00ab sorties d\u2019essai \u00bb pr\u00e9vues par la loi du 27 juin 1990) : Pour faire quoi et comment en dehors de la contrainte \u00e0 la compliance des patients et d\u2019une carc\u00e9ralit\u00e9 ambulatoire, y compris pour des personnes n\u2019ayant jamais fait l\u2019objet d\u2019une mesure de placement? Quels seraient les crit\u00e8res pour prendre une telle mesure ? La question de la lev\u00e9e d\u2019une telle mesure fait \u00e9galement probl\u00e8me : la gu\u00e9rison ?\n\nQue nous soyons contraints de r\u00e9p\u00e9ter une fois de plus qu\u2019il n\u2019y a pas \u00e0 assimiler crime ou d\u00e9linquance et \u00ab maladie mentale \u00bb, dangerosit\u00e9 et \u00ab maladie mentale \u00bb, nous blesse professionnellement et politiquement au regard des d\u00e9cades de luttes et de pratiques de progr\u00e8s dans le champ de la sant\u00e9 mentale. Que nous soyons contraints de r\u00e9p\u00e9ter qu\u2019il n\u2019y a pas de risque z\u00e9ro, que les politiques dites de \u00ab tol\u00e9rance z\u00e9ro \u00bb (pas davantage que les politiques de \u00ab d\u00e9fense sociale \u00bb) n\u2019\u00e9liminent la dangerosit\u00e9 sociale, nous fait craindre que nous tendions \u2014loi d\u2019attaque sociale apr\u00e8s loi d\u2019\u00e9limination, outrances polici\u00e8res ou politiques apr\u00e8s outrances polici\u00e8res ou politiques\u2014 au syst\u00e8me d\u00e9crit et d\u00e9nonc\u00e9 par Hannah Arendt : Le totalitarisme ne tend pas \u00e0 soumettre les hommes \u00e0 des r\u00e8gles despotiques, mais \u00e0 un syst\u00e8me dans lequel les hommes sont superflus (in Les origines du totalitarisme). Le type de pouvoir ex\u00e9cutif \u00e0 l\u2019\u0153uvre ne laisse rien \u00e9chapper, intervient sans cesse sur les professionnels pour les sanctionner et les corriger au moindre accident. Il conduit ceux-ci \u00e0 l\u2019exc\u00e8s de z\u00e8le pour pr\u00e9venir les risques de ce qui n\u2019est m\u00eame plus excus\u00e9 en tant que \u00ab bavures \u00bb ; au mieux, nous avons droit aux phrases compassionnelles du chef de l\u2019Etat. La banalit\u00e9 du mal s\u2019installe en m\u00eame temps que les scandales s\u2019accumulent : pour les \u00ab sans papiers \u00bb, il faut faire du chiffre ; pour \u00e9duquer les coll\u00e9giens contre la drogue, il faut faire une descente muscl\u00e9e de gendarmes ; pour que \u00ab justice soit faite \u00bb, il faut l\u2019affaire consternante du journaliste de Lib\u00e9ration ou encore la menace de centres de r\u00e9tention pour sdf r\u00e9calcitrants.\n\nIl ne s\u2019agit donc gu\u00e8re de sagesse populaire et de  vertu r\u00e9publicaine, mais bien d\u2019une id\u00e9ologie populiste et d\u2019une politique s\u00e9curitaire dangereuses, qui dans le m\u00eame temps poursuivent au pas de course la d\u00e9molition des services publics et une politique de sant\u00e9 entrepreneuriale et de paup\u00e9risation.\n\nNous nous d\u00e9clarons opposants r\u00e9solus \u00e0 cette id\u00e9ologie et \u00e0 cette politique. Nous d\u00e9clarons que nous continuerons d\u2019y r\u00e9sister concr\u00e8tement et solidairement. Nous appelons tous ceux qui agissent \u00e0 \u00e9laborer un manifeste constituant d\u2019un front du refus.\n\nContact : cedep.paris@wanadoo.fr\n \n<strong>Signataires (\u00e0 la date du 9 d\u00e9cembre 2008) :<\/strong>\n<br \/>Sophie Baron \u2013 Laforet, psychiatre praticien hospitalier, vice-pr\u00e9sidente de l\u2019ARTASS\n<br \/>Francine Bavay, vice pr\u00e9sidente de la r\u00e9gion Ile de France en charge des solidarit\u00e9s et du d\u00e9veloppement social &#8211; les Verts\n<br \/>Alain Buzar\u00e9, psychiatre praticien hospitalier, Angers\n<br \/>Alain Chabert, psychiatre responsable de service, Chamb\u00e9ry\n<br \/>Franck Chaumon, psychiatre praticien hospitalier, psychanalyste, Paris\n<br \/>Jean Danet, universitaire, Nantes\n<br \/>Gilles Devers, avocat, Lyon\n<br \/>Claude Olivier Doron, philosophe et anthropologue de la sant\u00e9, Universit\u00e9 Paris VII\n<br \/>Jean-Pierre Dubois, pr\u00e9sident de la Ligue des Droits de l\u2019Homme\n<br \/>H\u00e9l\u00e8ne Franco, secr\u00e9taire g\u00e9n\u00e9rale du syndicat de la magistrature, juge pour enfants \u00e0 Bobigny\n<br \/>Dominique Friard, vice-pr\u00e9sident du Serpsy, cadre de sant\u00e9\nJean Furtos, psychiatre responsable de service, Directeur scientifique de l\u2019ORSPERE \/ ONSMP\n<br \/>Claire Gekiere, psychiatre responsable de service, Union Syndicale de la Psychiatrie\n<br \/>Serge Klopp, cadre de sant\u00e9, militant du PCF, Paris\n<br \/>P\u00e9n\u00e9lope Komites, adjointe au maire du XII\u00e8me arrondissement en charge de l\u2019action sociale \u2013 les Verts\n<br \/>Anik Kouba, psychologue clinicienne, Clichy sous bois-Montfermeil, CEDEP\n<br \/>Olivier Labouret, psychiatre responsable de service, Toulouse\n<br \/>Jean Claude Laumonier, responsable sant\u00e9 de la LCR, cqdre de sant\u00e9 retrait\u00e9\n<br \/>Christian Laval, sociologue, Lyon\n<br \/>Anne-Marie Leyreloup, pr\u00e9sidente du Serpsy\nClaude Louzoun, psychiatre praticien hospitalier, pr\u00e9sident du CEDEP ; Union syndicale de la psychiatrie\n<br \/>Jean-Pierre Martin, psychiatre praticien hospitalier, vice-pr\u00e9sident du CEDEP ; Union syndicale de la Psychiatrie\n<br \/>Jacques Michel, professeur \u00e0 l\u2019Institut des sciences politiques, Lyon\n<br \/>Marie Napoli, pr\u00e9sidente de l\u2019Union Syndicale de la psychiatrie\n<br \/>Pierre Paresys, psychiatre responsable de service, Lille\n<br \/>Serge Portelli, vice-pr\u00e9sident du tribunal d\u2019Evry, syndicat de la magistrature\n<br \/>Marie Rajaplat, vice-pr\u00e9sidente du Serpsy\n<br \/>Pauline Rhenter, politologue, Groupe de recherches en sciences sociales Ville et sant\u00e9 mentale, Paris\n<br \/>Jean Vignes, secr\u00e9taire F\u00e9d\u00e9ration Sud sant\u00e9 sociaux\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Documents joints<\/h2>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-file\"><a href=\"http:\/\/www.uspsy.fr\/wp-content\/uploads\/2008\/12\/pdf_POLITIQUE_DE_LA_PEUR_Cedep_2008_Prise_de_position_de_N_Sarkozy.pdf\">POLITIQUE DE LA PEUR_Cedep 2008_Prise de position de N Sarkozy<\/a><\/div>\n\n\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Les annonces de Nicolas Sarkozy le 2 d\u00e9cembre au centre hospitalier sp\u00e9cialis\u00e9 Erasme \u00e0 Antony&hellip;<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[600],"tags":[],"class_list":["post-22530","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-contraintes-et-liberte"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.uspsy.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/22530","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.uspsy.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.uspsy.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.uspsy.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.uspsy.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=22530"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/www.uspsy.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/22530\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":22532,"href":"https:\/\/www.uspsy.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/22530\/revisions\/22532"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.uspsy.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=22530"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.uspsy.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=22530"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.uspsy.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=22530"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}