{"id":22787,"date":"2009-06-15T13:18:00","date_gmt":"2009-06-15T11:18:00","guid":{"rendered":"https:\/\/www.uspsy.fr\/?p=22787"},"modified":"2009-06-15T13:18:00","modified_gmt":"2009-06-15T11:18:00","slug":"communique-du-sph-du-15-juin-2009","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.uspsy.fr\/?p=22787","title":{"rendered":"Communiqu\u00e9 du SPH du 15 juin 2009 : Rapport Milon : Une m\u00e9decine de pointe et des GLC contre une psychiatrie obscurantiste"},"content":{"rendered":"<p>par Isabelle Montet, Jean-Claude P\u00e9nochet <\/p>\n<p>On aurait pu attendre de l\u2019Office parlementaire d\u2019\u00e9valuation des politiques de sant\u00e9 (Opeps) charg\u00e9 depuis la LFSS pour 2003 d\u2019informer le Parlement sur les cons\u00e9quences des choix de sant\u00e9 publique, qu\u2019il proc\u00e8de justement \u00e0 une \u00e9valuation des politiques de sant\u00e9. Mais quand il se penche sur la psychiatrie, c\u2019est surtout pour \u00e9valuer l\u2019\u00e9tat de ses prises en charge et conclure au d\u00e9sastre : \u00ab la psychiatrie, qui devrait \u00eatre le pivot de la politique de sant\u00e9 mentale, est incapable d\u2019assurer la prise en charge des patients en raison de la faiblesse des politiques de pr\u00e9vention et d\u2019information, du caract\u00e8re tardif de la d\u00e9tection compromettant la mise en \u0153uvre de soins efficaces, de l\u2019insuffisance des moyens hospitaliers et de leur mauvaise articulation avec les soins de ville et parce que les traitements actuels agissent plus sur les sympt\u00f4mes que sur leurs causes \u00bb.<\/p>\n<p>Quand il consent \u00e0 \u00e9voquer la responsabilit\u00e9 des politiques de sant\u00e9 dans cette apparente faillite, c\u2019est seulement pour \u00e9pingler les insuffisances dans l\u2019estimation du co\u00fbt de la maladie mentale, qui constitueraient le v\u00e9ritable p\u00e9ril pour la collectivit\u00e9, et valoriser le r\u00e9cent Plan psychiatrie et sant\u00e9 mentale, pr\u00e9sent\u00e9 comme efficace en mati\u00e8re de d\u00e9mographie m\u00e9dicale et g\u00e9n\u00e9reux en moyens financiers. Mal employ\u00e9s sans doute par ses destinataires pour un tel r\u00e9sultat, la solution doit \u00eatre ailleurs.<\/p>\n<p>A d\u00e9faut de se pencher sur l\u2019analyse des choix de sant\u00e9 publique, et bien que \u00ab on compte depuis pr\u00e8s de trente ans, au moins un rapport public tous les deux ans \u00bb, ce nouveau rapport devrait, pour faire de l\u2019in\u00e9dit quatre mois apr\u00e8s les conclusions de la mission Couty, apporter des \u00e9clairages, au minimum fondamentaux, sur la situation de la psychiatrie.<\/p>\n<p>Pour ce qui est de l\u2019in\u00e9dit, le rapport trouve les raisons de l\u2019abandon de la psychiatrie \u00e0 son triste sort : rien \u00e0 voir avec la politique de sant\u00e9, mais la faute en est \u00e0 l\u2019opinion publique qui se laisse mener par les st\u00e9r\u00e9otypes. Et voil\u00e0 Proust convoqu\u00e9 au rappel de la \u00ab critique plaisante \u00bb du \u00ab caract\u00e8re autoritaire et myst\u00e9rieux du psychiatre \u00bb, et pourquoi pas au manque de valorisation des postes d\u2019internes : car il serait bien d\u00e9sobligeant d\u2019\u00e9tablir que la politique de sant\u00e9 ait eu un quelconque r\u00f4le \u00e0 jouer dans le manque d\u2019attractivit\u00e9 de la discipline. Et pour illustrer comment on stigmatise la maladie mentale, on pr\u00e9f\u00e8re citer le discours d\u2019un maire en 1925 plut\u00f4t que celui autrement plus actuel de d\u00e9cembre 2008 qui aurait bien pu faire l\u2019affaire s\u2019il n\u2019\u00e9tait pr\u00e9sidentiel.<\/p>\n<p>Les soignants, contamin\u00e9s par l\u2019abandon dont les malades font l\u2019objet, \u00e0 moins que ce ne soit l\u2019inverse, sont victimes d\u2019un effet insoup\u00e7onn\u00e9 de mai 68 : ils ont inconsid\u00e9r\u00e9ment accept\u00e9 \u00e0 cette \u00e9poque, par la s\u00e9paration de la psychiatrie de la neurologie, de se couper des neurosciences et de ce fait, des progr\u00e8s accomplis depuis en neurobiologie et imagerie. Que des psychiatres cliniciens et th\u00e9rapeutes se soucient de neuropharmacologie ou sachent prescrire un examen d\u2019imagerie au regard de la clinique ne viendrait \u00e0 l\u2019id\u00e9e de personne, et c\u2019est donc en toute logique que le s\u00e9nateur rapporteur Milon peut tranquillement affirmer qu\u2019il y a \u00ab peu d\u2019avanc\u00e9es th\u00e9rapeutiques visibles \u00bb dans une discipline qui a oubli\u00e9 d\u2019\u00eatre pionni\u00e8re depuis le 19e si\u00e8cle.<\/p>\n<p>Pour ce qui est des solutions, elles tiendront dans le retour de la psychiatrie dans le giron accueillant de la m\u00e9decine de pointe et, surprise, dans les dispositions de la loi HPST, en voie de validation mouvement\u00e9e, occasion de corriger \u00ab sensiblement \u00bb \u00ab le relatif abandon de la psychiatrie par le reste de la m\u00e9decine \u00bb. Ressurgit alors cette id\u00e9e du rapport Couty tout juste rejet\u00e9e par les professionnels : la mise en \u0153uvre des groupements locaux de coordination pour la sant\u00e9 mentale (GLC), qu\u2019il s\u2019agira d\u2019exp\u00e9rimenter dans des d\u00e9partements pilotes. S\u2019y associe la perspective captivante de l\u2019organisation d\u2019Etats G\u00e9n\u00e9raux qui permettraient aux professionnels concern\u00e9s \u00ab de s\u2019exprimer et les assurer que la r\u00e9forme de la psychiatrie ne se fera ni sans eux ni contre eux \u00bb, une formulation que certains psychiatres insuffisamment tourn\u00e9s vers la neurobiologie se risqueraient bien \u00e0 qualifier de (double) d\u00e9n\u00e9gation. Ces Etats G\u00e9n\u00e9raux seraient de plus utiles \u00ab pour tirer les le\u00e7ons de ces exp\u00e9riences et d\u00e9finir les modalit\u00e9s d\u2019\u00e9volution du secteur psychiatrique \u00bb, pri\u00e9 donc d\u2019\u00e9voluer. Les professionnels sont ainsi avertis qu\u2019ils pourront participer \u00e0 la construction de d\u00e9cisions d\u00e9j\u00e0 prises.<\/p>\n<p>Mais qu\u2019est-ce que la psychiatrie a bien pu faire d\u2019autre depuis cette funeste ann\u00e9e 68 o\u00f9 elle s\u2019est laiss\u00e9e priver de syst\u00e8me nerveux central, que persister \u00e0 se plaindre de l\u2019insuffisance de moyens pour assurer ses missions ? Elle a pourtant bien d\u00fb jouer un r\u00f4le quelconque, ne serait-ce qu\u2019en r\u00e9pondant aux demandes des 1 200 000 personnes qui, selon l\u2019enqu\u00eate d\u00e9cennale 2002-2003 figurant aux annexes du rapport, d\u00e9clarent s\u2019\u00eatre adress\u00e9es \u00e0 un professionnel psychiatre, psychologue ou psychanalyste. N\u2019a-t-elle pas organis\u00e9 elle-m\u00eame des Etats G\u00e9n\u00e9raux de la psychiatrie \u00e0 Montpellier en 2003 pour stimuler une politique de sant\u00e9 rest\u00e9e sourde jusqu\u2019\u00e0 ce que les drames deviennent les conditions usuelles de l\u00e9gif\u00e9rer, organiser, et m\u00e9diatiser autour de la psychiatrie ?<\/p>\n<p>Elle a aussi \u00e9t\u00e9 la premi\u00e8re \u00e0 d\u00e9velopper le r\u00e9seau ville-h\u00f4pital que la loi HPST appelle de ses v\u0153ux et que r\u00e9alise justement le secteur psychiatrique. Le voil\u00e0 condamn\u00e9 \u00e0 se diluer aux principes de la m\u00eame loi d\u00e9clin\u00e9s dans le rapport Couty, quand bien m\u00eame on le qualifie de secteur \u00ab r\u00e9nov\u00e9 \u00bb ou \u00ab adapt\u00e9 \u00bb. Le s\u00e9nateur Milon, mal renseign\u00e9 sans doute sur les raisons de l\u2019opposition des professionnels \u00e0 la s\u00e9paration de la partie h\u00f4pital de la partie ambulatoire du secteur, n\u2019y voit que la crispation r\u00e9actionnaire de ceux \u00e9treints par la peur de la \u00ab remise en cause de leur pratique \u00bb. L\u2019argumentation tient pourtant sous l\u2019angle de l\u2019efficience des soins justement centr\u00e9s sur le malade : c\u2019est bien la continuit\u00e9 relationnelle pour le patient aux diff\u00e9rentes \u00e9tapes de son parcours de soins psychiatriques, intra et extra hospitalier, qui permet d\u2019en augmenter l\u2019efficacit\u00e9 bien plus naturellement qu\u2019une \u00ab contractualisation \u00bb entre divers acteurs oblig\u00e9s d\u2019un territoire de sant\u00e9.<\/p>\n<p>Le reproche devenu r\u00e9current sur l\u2019exc\u00e8s de cloisonnement et le manque d\u2019accessibilit\u00e9 de l\u2019organisation sectorielle, \u00e0 l\u2019origine \u00ab des zones blanches \u00bb sur le territoire national, sert la th\u00e8se des n\u00e9cessit\u00e9s de r\u00e9forme. Pour qui a \u0153uvr\u00e9 \u00e0 la mise en place de partenariats avec les intervenants des diff\u00e9rents domaines (sanitaire, social, m\u00e9dico-social, \u00e9lus&#8230;) li\u00e9s au secteur sait pourtant bien que les barri\u00e8res ne tiennent pas tant \u00e0 une rigidit\u00e9 de l\u2019organisation sectorielle qu\u2019\u00e0 l\u2019indiff\u00e9rence des tutelles et \u00e0 la d\u00e9fiance envers la psychiatrie et ses patients. Peut-on croire que l\u2019arbitrage r\u00e9gional d\u2019une ARS distribuant des contrats forc\u00e9s \u00e0 un niveau territorial sera plus efficace que le patient travail relationnel de proximit\u00e9 ? Mieux vaudrait le reconna\u00eetre et le faciliter.<\/p>\n<p>Puisqu\u2019il y a volont\u00e9 d\u2019exp\u00e9rimentation, pourquoi ne pas envisager celle des propositions expos\u00e9es pendant les auditions de la mission Couty qui pr\u00e9servent le secteur comme outil de continuit\u00e9 ? Des Groupements de Coop\u00e9ration Sanitaires (GCS) ouverts au m\u00e9dico-social peuvent int\u00e9grer la graduation des soins \u00e0 laquelle la loi HPST et le rapport Couty semble tenir absolument, avec 3 niveaux de soins psychiatriques : le niveau de proximit\u00e9 est celui, g\u00e9n\u00e9raliste, du secteur, un niveau intersectoriel d\u2019offres de soins sp\u00e9cialis\u00e9s peut prendre en charge les missions transversales et le niveau r\u00e9gional ou interr\u00e9gional supra-sectoriel existe souvent d\u00e9j\u00e0 pour des offres de soins tr\u00e8s sp\u00e9cialis\u00e9es (cas des UMD ou des centres dits de r\u00e9f\u00e9rence par exemple). La perspective de devoir consacrer \u00e0 cette territorialit\u00e9 adapt\u00e9e \u00e0 la psychiatrie un budget particulier d\u00e9volu \u00e0 la sant\u00e9 mentale permettrait de reconna\u00eetre des sp\u00e9cificit\u00e9s \u00e0 la psychiatrie dans la r\u00e9forme sanitaire. Mais c\u2019est ce qui est pr\u00e9cis\u00e9ment refus\u00e9 en application des principes d\u2019uniformisation de la gestion m\u00e9dicale de la loi HPST. D\u00e8s lors, on comprend la sentence lapidaire sur le manque de \u00ab caract\u00e8re op\u00e9rationnel \u00bb des contre-propositions faites aux GLC.<\/p>\n<p>L\u2019\u00e9tude de la DREES de novembre 2007 sur les secteurs (Les secteurs de psychiatrie g\u00e9n\u00e9rale en 2003, Magali Coldefy, Julien Lepage, novembre 2007) ne fait pas partie des r\u00e9f\u00e9rences jug\u00e9es utiles au rapport pour \u00e9valuer l\u2019\u00e9tat de la psychiatrie, la pr\u00e9f\u00e9rence allant \u00e0 la d\u00e9monstration du co\u00fbt exorbitant de la maladie mentale qui occupe un plein chapitre des annexes (\u00ab Le poids des maladies mentales, les co\u00fbts de la prise en charge psychiatrique et les modalit\u00e9s de financement \u00bb). Cette \u00e9tude officielle oubli\u00e9e mesurait en psychiatrie une forte hausse des taux de recours depuis 1989 avec \u00ab 1 228 000 patients suivis en 2003 (1 503 en moyenne par secteur), soit 74 % de plus qu\u2019en 1989&#8230; Les CMP voient leur file active augmenter de 22 % entre 2000 et 2003 \u00bb. L\u2019\u00e9tude ose m\u00eame avancer que si les soins \u00e0 domicile enregistrent une forte diminution en 2003, \u00ab celle-ci peut s\u2019expliquer soit par une \u00ab intersectorialisation \u00bb de ce type de prise en charge, ou plus vraisemblablement, \u00e0 un recul de cette activit\u00e9 faisant suite \u00e0 des difficult\u00e9s de moyens en personnel rencontr\u00e9es dans de nombreux secteurs. \u00bb<\/p>\n<p>Qu\u2019est-ce que la neurobiologie, la g\u00e9n\u00e9tique et l\u2019imagerie c\u00e9r\u00e9brale, pourtant en progr\u00e8s, le recours initial aux m\u00e9decins g\u00e9n\u00e9ralistes et le \u00ab r\u00f4le moteur \u00bb de l\u2019industrie pharmaceutique n\u2019auraient pas r\u00e9ussi \u00e0 r\u00e9gler pour que les patients persistent \u00e0 s\u2019adresser, en grande majorit\u00e9 de leur plein gr\u00e9 et de fa\u00e7on croissante, \u00e0 des soignants qui \u00e0 en croire le rapport tardent \u00e0 faire les diagnostics, agissent trop tard pour \u00eatre efficaces et ont des \u00ab difficult\u00e9s \u00e0 stabiliser leur jugement m\u00e9dical \u00bb ? Un pr\u00e9c\u00e9dent rapport de l\u2019Opeps de 2006 sur le bon usage des m\u00e9dicaments psychotropes soutenait \u00e0 propos de l\u2019augmentation de leur consommation en France, que \u00ab la probl\u00e9matique majeure du point de vue m\u00e9dical est devenue celle de la qualit\u00e9 de la prise en charge de la souffrance psychique \u00bb. Selon l\u2019analyse qui en \u00e9tait faite, il faudrait que pour \u00eatre de qualit\u00e9, cette prise en charge \u00e9vite deux extr\u00eames : la \u00ab m\u00e9dicalisation de la crise sociale \u00bb et l\u2019\u00ab l\u2019absence de traitement en cas de troubles psychiatriques av\u00e9r\u00e9s \u00bb, le tout en int\u00e9grant le fait que l\u2019\u00e9volution sociologique \u00ab a modifi\u00e9 la perception des souffrances psychiques comme les repr\u00e9sentations sociales associ\u00e9es \u00e0 leurs manifestations \u00bb. Peut-on ramener cet exercice complexe et sp\u00e9cialis\u00e9 aux seuls points de vue de la neuroimagerie et neurobiologie ? Privil\u00e9giant pourtant ces domaines, le rapport laisse aux sciences sociales et aux sciences humaines la portion congrue, tandis que la fondation FondaMental est mise en avant, valid\u00e9e comme LE bon r\u00e9seau national de recherche en sant\u00e9 mentale, puisqu\u2019il d\u00e9fend une approche \u00ab fond\u00e9e d\u2019une part sur le substrat neurobiologique (neurosciences, neuroimagerie, neurog\u00e9n\u00e9tique), et d\u2019autre part sur la m\u00e9decine fond\u00e9e sur la preuve \u00bb. Croit-on vraiment que la pr\u00e9valence du substrat en question sera de nature \u00e0 r\u00e9gler ce que le rapport lui-m\u00eame attribue \u00e0 \u00ab l\u2019abandon \u00bb de la psychiatrie : l\u2019impuissance \u00e0 atteindre les objectifs fix\u00e9s par la loi de sant\u00e9 publique du 9 ao\u00fbt 2004 et notamment celui de la diminution du taux de suicide ?<\/p>\n<p>La directrice de FondaMental, appel\u00e9e par le rapport aux missions importantes de dynamiser la recherche en psychiatrie, mais aussi d\u2019en fixer les orientations et de \u00ab former les jeunes psychiatres \u00bb dans des centres experts, affirme que rien ne s\u2019oppose \u00e0 l\u2019application de la T2A \u00e0 la psychiatrie peut-\u00eatre parce que \u00ab les maladies mentales doivent \u00eatre trait\u00e9es comme les autres maladies \u00bb. Mais m\u00eame les aspects froidement comptables la contredisent puisqu\u2019un minimum de sp\u00e9cificit\u00e9s devrait rendre compte du retard mis au lancement de la VAP et de la n\u00e9cessit\u00e9 de d\u00e9finir des MIGAC propres \u00e0 la psychiatrie.<\/p>\n<p>Quant aux d\u00e9finitions actuelles des troubles psychiatriques, il semble pr\u00e9tentieux, \u00e0 lire le rapport, de vouloir leur attribuer un int\u00e9r\u00eat scientifique quelconque puisque les psychiatres qui se contentent de privil\u00e9gier certaines des \u00ab classifications concurrentes \u00bb \u00ab en fonction du caract\u00e8re plus ou moins op\u00e9rant qu\u2019ils attribuent \u00e0 l\u2019une ou \u00e0 l\u2019autre \u00bb alimenteraient ainsi le doute sur la r\u00e9alit\u00e9 de la croissance des maladies. Argument contradictoire, puisque l\u2019enjeu de sant\u00e9 publique agit\u00e9 par le rapport repose justement sur cette augmentation de pr\u00e9valence des maladies psychiatriques et sur la croissance des co\u00fbts. Et en attendant une \u00ab ambitieuse \u00bb politique de recherche qui permettra en les d\u00e9finissant mieux de d\u00e9terminer \u00ab les maladies devant \u00eatre prises en charge par la psychiatrie \u00bb et de \u00ab clarifier les comp\u00e9tences \u00bb, qu\u2019\u00e0 cela ne tienne, il suffit de \u00ab d\u00e9velopper la prise en charge des pathologies psychiatriques par cat\u00e9gorie d\u2019\u00e2ge \u00bb (12e proposition du rapport). Avec une conception pour le moins incertaine de ce qu\u2019il en est de la sp\u00e9cialisation de la discipline, la profession d\u2019infirmier psychiatrique peut alors justifier \u00e0 la fois l\u2019obtention d\u2019un master, la d\u00e9l\u00e9gation de comp\u00e9tence et l\u2019illustration des interventions ambulatoires aupr\u00e8s des patients r\u00e9sum\u00e9es \u00e0 \u00ab s\u2019assurer qu\u2019ils suivent les traitements prescrits \u00bb. Une id\u00e9e lumineuse \u00e0 laquelle d\u2019ailleurs personne n\u2019avait pens\u00e9 ant\u00e9rieurement !<\/p>\n<p>Sous des airs charitables, le rapport Milon d\u00e9peint une discipline non reconnue par l\u2019opinion publique parce qu\u2019elle a fait v\u0153u de pass\u00e9isme depuis mai 68. Rien sur ce qu\u2019elle r\u00e9alise, rien sur l\u2019analyse de la croissance des demandes qui lui sont adress\u00e9es et qui pourrait dire quelque chose de la soci\u00e9t\u00e9 et m\u00eame de sa vraie capacit\u00e9 \u00e0 y r\u00e9pondre. L\u2019appel pressant, justifi\u00e9 par les co\u00fbts croissants de la prise en charge psychiatrique, se r\u00e9sume en quelques phrases : \u00ab La psychiatrie en France est \u00e0 un tournant de son histoire. Elle peut sortir d\u00e9finitivement de l\u2019obscurit\u00e9 o\u00f9 elle a \u00e9t\u00e9 plac\u00e9e pour devenir une des disciplines de pointe de la m\u00e9decine et nous permettre de faire face au d\u00e9fi majeur de sant\u00e9 publique que repr\u00e9sente la sant\u00e9 mentale \u00bb. Pour cela, il faudrait qu\u2019elle renonce \u00e0 ses errances et qu\u2019elle accepte de rejoindre le mod\u00e8le strictement m\u00e9dical en se jetant dans la recherche r\u00e9solument neurobiologique. Elle doit saisir la chance de se r\u00e9organiser que lui offrent la loi HPST et les propositions du rapport Couty dont il faut d\u2019embl\u00e9e exp\u00e9rimenter les GLC. Si les solutions sont d\u00e9j\u00e0 trouv\u00e9es, on peut \u00eatre pour le moins circonspect sur le sens \u00e0 donner \u00e0 l\u2019annonce de nouveaux Etats G\u00e9n\u00e9raux de la psychiatrie, chapeaut\u00e9s cette fois par le minist\u00e8re, et il est bien tentant de n\u2019y voir que le but annonc\u00e9 pour les professionnels : \u00ab les assurer que la r\u00e9forme de la psychiatrie ne se fera ni sans eux ni contre eux \u00bb.<\/p>\n<p>Mais si le v\u00e9ritable enjeu est bien celui de sant\u00e9 publique, amplifi\u00e9 par l\u2019accroissement des troubles psychiatriques, mais aussi celui de centrer les soins sur le patient et de son entourage, est-il bien s\u00e9rieux d\u2019envisager de confier \u00e0 un assemblage de dispositifs de niveau in\u00e9gal, entre centres experts, recommandations HAS, \u00e9ducation th\u00e9rapeutique pour le patient, GLC, \u2026etc., la mission d\u2019acc\u00e9der enfin \u00e0 des objectifs dont il est dit qu\u2019ils n\u2019ont pas \u00e9t\u00e9 atteints, en particulier dans le domaine de la pr\u00e9vention de suicide ? Est-il \u00ab op\u00e9rationnel \u00bb de les imposer en d\u00e9truisant un outil d\u2019organisation des soins psychiatriques rep\u00e9r\u00e9 et bien en place, reconnu et salu\u00e9 m\u00eame au-del\u00e0 de nos fronti\u00e8res, capable d\u2019\u00e9volution intersectorielle, de mobilit\u00e9 et de partenariats lorsqu\u2019il a les moyens de fonctionner ?<\/p>\n<p>Nous pensons r\u00e9solument que non. Et l\u2019affirmation du rapporteur Milon, \u00ab Dans un contexte de relations tendues entre les pouvoirs publics et la profession, il semble impossible d\u2019imposer une telle r\u00e9forme \u00bb, pourrait bien ressembler \u00e0 un d\u00e9fi.<\/p>\n<p>Isabelle Montet, Secr\u00e9taire g\u00e9n\u00e9rale du SPH Jean-Claude P\u00e9nochet, Pr\u00e9sident du SPH<\/p>\n<p>Isabelle Montet, Jean-Claude P\u00e9nochet <\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>par Isabelle Montet, Jean-Claude P\u00e9nochet On aurait pu attendre de l\u2019Office parlementaire d\u2019\u00e9valuation des politiques&hellip;<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[598],"tags":[],"class_list":["post-22787","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-textes-divers"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.uspsy.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/22787","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.uspsy.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.uspsy.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.uspsy.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.uspsy.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=22787"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.uspsy.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/22787\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.uspsy.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=22787"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.uspsy.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=22787"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.uspsy.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=22787"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}