{"id":23041,"date":"2009-10-04T13:22:00","date_gmt":"2009-10-04T11:22:00","guid":{"rendered":"https:\/\/www.uspsy.fr\/?p=23041"},"modified":"2009-10-04T13:22:00","modified_gmt":"2009-10-04T11:22:00","slug":"suicides-au-travail-le-tournant","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.uspsy.fr\/?p=23041","title":{"rendered":"Suicides au travail : le tournant gestionnaire et le d\u00e9ficit philosophique, par Martine Verlhac"},"content":{"rendered":"<p>Communaut\u00e9 : La commune des philosophes<br \/>\nhttp:\/\/www.mezetulle.over-blog.com\/article-36939270.html<\/p>\n<p>En ligne le 4 octobre 2009<\/p>\n<p>S\u2019appuyant notamment sur les ouvrages de Christophe Dejours, Martine Verlhac examine le \u00ab tournant gestionnaire \u00bb qui d\u00e9nature la reconnaissance dont le travail est producteur, au point de livrer ceux qui en sont victimes \u00e0 l\u2019exclusion et \u00e0 l\u2019humiliation, \u00e0 un double d\u00e9ni d\u2019humanit\u00e9. Devant les id\u00e9ologies qui, lorsqu\u2019elles ne culpabilisent pas le travailleur en le renvoyant \u00e0 la \u00ab gestion de son stress \u00bb, d\u00e9valorisent le travail en tant que tel, il est urgent de remettre \u00e0 l\u2019ordre du jour une analyse philosophique inspir\u00e9e par les grands classiques du travail. Car si aujourd\u2019hui on n\u00e9glige tant, entre autres, Hegel, Marx ou Simone Weil, c\u2019est peut-\u00eatre parce qu\u2019ils ont su penser l&rsquo;ambivalence du travail.<\/p>\n<p>La mise en \u00e9vidence, ces derniers temps, de la souffrance au travail du fait de la multiplication de suicides indiscutablement dus \u00e0 la d\u00e9tresse g\u00e9n\u00e9r\u00e9e par les conditions de ce travail, en particulier \u00e0 France T\u00e9l\u00e9com, a \u00e9t\u00e9 l&rsquo;objet d&rsquo;une d\u00e9n\u00e9gation multiforme. Cela doit nous donner de nouvelles raisons d&rsquo;entamer une r\u00e9flexion sur le statut qui est accord\u00e9 au travail depuis quelques ann\u00e9es d\u00e9j\u00e0. Il a \u00e9t\u00e9 de bon ton en effet de remettre en cause le caract\u00e8re essentiel du travail dans la constitution de l&rsquo;individu. Et la crise gigantesque du capitalisme qui se d\u00e9ploie aujourd&rsquo;hui risque d&rsquo;encourager cette posture et les th\u00e8ses qui l&rsquo;appuient, s&rsquo;il est vrai que nombre d&rsquo;analystes et de spectateurs s&rsquo;accordent pour reconna\u00eetre qu&rsquo;elle va aboutir \u00e0 un ch\u00f4mage de masse.<br \/>\n<br \/>Nous ne nous m\u00ealerons pas ici de savoir si cette crise est seulement financi\u00e8re, si elle est plus globalement \u00e9conomique ni si, sous tel aspect ou tel autre, elle s&rsquo;estompera ou non. Nous partirons simplement d\u2019une part de la crise du travail que cette crise du capitalisme entra\u00eene et dont la plupart prennent acte comme si elle \u00e9tait un fait naturel. Et nous nous interrogerons d&rsquo;autre part sur le fait que des dizaines d&rsquo;individus &#8211; mais le nombre importe peu (1) &#8211; meurent ou envisagent de mourir parce qu&rsquo;ils sont humili\u00e9s, disqualifi\u00e9s, ni\u00e9s dans leur travail qui \u00e9tait manifestement essentiel pour eux.<\/p>\n<p>1 &#8211; Le tournant gestionnaire et le d\u00e9ni de reconnaissance<\/p>\n<p>De tout temps le travail a \u00e9t\u00e9 source de d\u00e9tresse pour l&rsquo;homme dans la mesure o\u00f9 il est source de son exploitation sous les formes historiques diverses des soci\u00e9t\u00e9s qui se sont succ\u00e9d\u00e9. En m\u00eame temps que l&rsquo;exploitation, la question de la reconnaissance est toujours plus ou moins entr\u00e9e comme composante de cette d\u00e9tresse, m\u00eame si elle n\u2019a pu \u00eatre vraiment pens\u00e9e que \u00e0 partir de Hegel (2). Oublier cette composante en r\u00e9duisant le travail \u00e0 une forme d&rsquo;exploitation suppose qu\u2019on fasse l&rsquo;impasse sur le probl\u00e8me essentiel du travail. Il y a une ambivalence et une contradiction au sein m\u00eame du travail entre un point de vue que nous dirons ontologique et un point de vue sociologique. Du point de vue ontologique le travail me constitue, je suis ce que fais par mon travail et quel que soit ce travail il me permet de me reconna\u00eetre et d&rsquo;\u00eatre reconnu. D&rsquo;un point de vue sociologique, je suis r\u00e9duit \u00e0 ce que me rapporte mon travail dans des conditions d&rsquo;exploitation qui expriment les rapports \u00e9conomiques dans une soci\u00e9t\u00e9 historiquement donn\u00e9e. A nier le premier point de vue on fait du travail une mal\u00e9diction irr\u00e9ductible, quitte \u00e0 se r\u00e9fugier dans l&rsquo;id\u00e9alit\u00e9 d&rsquo;une activit\u00e9 libre de toute n\u00e9cessit\u00e9. A nier le second on justifie le processus \u00e9conomique et social comme relevant d&rsquo;une sorte de nature.<br \/>\n<br \/>Comment expliquer le geste de ceux qui se suicident aujourd&rsquo;hui \u00e0 cause de leur travail, sinon parce qu&rsquo;ils se sentent bafou\u00e9s mais aussi exclus ? Les t\u00e2ches qu&rsquo;on leur demande de remplir ne sont pas forc\u00e9ment harassantes, quoique les changements constants auxquels on les soumet puissent l&rsquo;\u00eatre. Ces t\u00e2ches sont manifestement propos\u00e9es de telle sorte qu&rsquo;ils sont expuls\u00e9s de tout travail, soit parce qu\u2019on veut les en expulser soit parce que ce qu&rsquo;ils font n&rsquo;a plus aucun sens pour eux, soit pour les deux raisons conjugu\u00e9es.<br \/>\n<br \/>Pourquoi cela ? Comment cela ?<\/p>\n<p>Dans le cadre restreint de ce texte nous poserons que ceci est d\u00fb \u00e0 un tournant gestionnaire dans l&rsquo;organisation du travail. En cela nous suivons la th\u00e8se que d\u00e9fend Christophe Dejours dans son dernier ouvrage (3). La nouvelle doctrine de gestion qui s&rsquo;est introduite dans la citadelle du travail dans les ann\u00e9es 1980 et surtout \u00e0 partir de d\u00e9but 1990, selon Dejours,<br \/>\nse pr\u00e9sente essentiellement comme un moyen d&rsquo;augmenter la rentabilit\u00e9 gr\u00e2ce \u00e0 la mise en place de \u00ab centre de profit \u00bb&#8230; La gestion infiltr\u00e9e dans l&rsquo;organisation du travail est en lutte contre les m\u00e9tiers  [&#8230;] c&rsquo;est bel et bien le syst\u00e8me de valeurs associ\u00e9 au travail qui a \u00e9t\u00e9 syst\u00e9matiquement attaqu\u00e9(4).<br \/>\n<br \/>Le travail comme producteur de valeurs (5) et de sens est d\u00e9truit au profit exclusif d&rsquo;objectifs financiers.<\/p>\n<p>D\u00e8s lors, la reconnaissance du travail est d\u00e9natur\u00e9e. La r\u00e9tribution symbolique du travail qui passe par le \u00ab jugement d&rsquo;utilit\u00e9 \u00e9conomique, technique ou sociale \u00bb (6)et par le \u00ab jugement de beaut\u00e9 \u00bb qui porte sur la \u00ab conformit\u00e9 du travail accompli avec les r\u00e8gles de l&rsquo;art et les r\u00e8gles du m\u00e9tier \u00ab est d\u00e9ni\u00e9e \u00bb. Or, m\u00eame si la reconnaissance ne porte pas sur la personne du travailleur, ce dernier reconvertit n\u00e9anmoins les b\u00e9n\u00e9fices de la reconnaissance du registre du faire au registre de l&rsquo;\u00eatre. On en d\u00e9duit qu&rsquo;il ne peut y avoir de neutralit\u00e9 du travail vis-\u00e0-vis de l&rsquo;identit\u00e9 et de la sant\u00e9 mentale. Et cette \u00ab colonisation du monde du travail \u00bb par les nouvelles m\u00e9thodes de gestion, aussi bien dans les entreprises publiques que dans les entreprises priv\u00e9es, entra\u00eene des modes d&rsquo;\u00e9valuation erron\u00e9s et catastrophiques (7). Ces modes d\u2019\u00e9valuation reposent sur une impossible mesure du travail, et de plus ce faisant ils instaurent une concurrence sauvage entre les individus qui m\u00e8ne \u00e0 la destruction de toute relation de loyaut\u00e9 dans le travail.<\/p>\n<p>De nombreux films &#8211; il faudrait en faire la recension &#8211; ont montr\u00e9 cela, dont le dernier en date est Rien de personnel de Mathias Gokalp. Mais si l&rsquo;on voulait avoir une preuve que ce tournant gestionnaire s&rsquo;est impitoyablement instaur\u00e9 dans la conception du travail, il n\u2019est qu\u2019\u00e0 consulter sur Mediapart l&rsquo;effrayant document de l&rsquo;Orange Management School  o\u00f9 l&rsquo;on d\u00e9couvrira que sous couvert de formation et de \u00ab projets professionnels\u00bb, on veut convertir de force les salari\u00e9s au tournant gestionnaire et dans le m\u00eame temps, parce que l&rsquo;on pr\u00e9voit le d\u00e9go\u00fbt qui s&rsquo;en suivra, les pousser dehors. Un article du Monde du 26 septembre relate assez clairement le mouvement infernal produit \u00e0 France T\u00e9lecom par le TTM, Time-To-Move (8), traduit par les salari\u00e9s comme \u00abTire-Toi-Maintenant \u00bb, mais aussi l&rsquo;abandon des valeurs de service public au profit de l&rsquo;injonction de \u00ab faire du chiffre \u00bb. Des techniciens aux managers, beaucoup ne parviennent plus \u00e0 concilier leur travail et leurs convictions alors que la direction d\u00e9ploie un maximum de techniciens sur les fonctions commerciales et les managers sur les objectifs du plan Next(9) qui, au pr\u00e9texte de la red\u00e9finition par chacun de son projet professionnel, pousse un maximum de salari\u00e9s &#8211; dont beaucoup sont des fonctionnaires &#8211; \u00e0 partir ailleurs.<br \/>\n<br \/>Ainsi, ce que l&rsquo;on voit \u00e0 l&rsquo;\u0153uvre est une v\u00e9ritable d\u00e9sagr\u00e9gation du travail dont la violence symbolique n&rsquo;a d&rsquo;\u00e9gale que celle des suicides au travail, qui sont la r\u00e9ponse d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9e \u00e0 ce dispositif.<\/p>\n<p>2 &#8211; L\u2019accompagnement du tournant gestionnaire : les id\u00e9ologies de \u00ab l\u2019adaptation \u00bb,  de la \u00ab fin du travail \u00bb et du \u00ab management du stress \u00bb<\/p>\n<p>Cette d\u00e9sagr\u00e9gation se poursuit partout depuis des ann\u00e9es du fait de la mondialisation qui organise de gr\u00e9 ou de force la mise en concurrence sauvage des entreprises et des salari\u00e9s en disqualifiant le travail dans le m\u00eame temps. France T\u00e9l\u00e9com est une entreprise exemplaire de la mondialisation, comme le seront La Poste et d&rsquo;autres services publics si on les livre \u00e0 la mise en concurrence exig\u00e9e par exemple par la Commission europ\u00e9enne. Qu\u2019il s\u2019agisse d\u2019une entreprise dans laquelle la direction commet plus d&rsquo;erreurs qu&rsquo;ailleurs en soumettant les salari\u00e9s au \u00ab management par le stress \u00bb, alors m\u00eame que cette m\u00e9thode \u00e0 l&rsquo;origine am\u00e9ricaine est remise en cause l\u00e0 o\u00f9 elle a \u00e9t\u00e9 initi\u00e9e, ne doit pas nous rassurer. Nous croyons en effet que ceux qui font remarquer qu\u2019il y a quelque absurdit\u00e9 \u00e0 pousser les hommes \u00e0 bout dans des entreprises de service o\u00f9 le facteur humain est essentiel se cachent la r\u00e9alit\u00e9 des injonctions que se fixent ces entreprises. Car nous sommes bien loin d&rsquo;en avoir fini avec la souffrance engendr\u00e9e par le tournant gestionnaire dont nous croyons qu&rsquo;il produit obligatoirement ces d\u00e9rives. Le film de Gokalp en t\u00e9moigne, comme en t\u00e9moignait l&rsquo;excellent film tragi-comique de Paolo Virzi Tutta la vita davanti (2008). Le contrepoint humaniste pr\u00e9sent\u00e9 dans ces films par des h\u00e9ros plus ou moins sympathiques n\u2019emp\u00eache pas que l\u2019esprit du temps pousse les dirigeants d\u2019entreprises \u00e0 poursuivre leur objectif, et ce d\u2019autant plus que les directives europ\u00e9ennes les y \u00ab contraignent \u00bb. Et comme ce n\u2019est pas d\u2019eux que l\u2019on peut attendre un quelconque esprit de r\u00e9sistance, il ne faut pas compter sur leur conversion (10). Ou bien, comme le voudrait l&rsquo;id\u00e9ologie en cours, on traitera cette souffrance d&rsquo; \u00ab inadaptation \u00e0 un processus in\u00e9vitable \u00bb, ou bien on analysera le tournant gestionnaire et ses cons\u00e9quences sur le travail pour ce qu&rsquo;il est et on lui opposera une r\u00e9sistance digne de ce nom.<\/p>\n<p>Le tournant gestionnaire a bien souvent recours \u00e0 l&rsquo;argument de la n\u00e9cessaire \u00e9volution technologique, insinuant que les salari\u00e9s ne s&rsquo;y adaptent pas suffisamment(11). Cet argument, repris tr\u00e8s souvent par les salari\u00e9s eux-m\u00eames (qu\u2019ils y adh\u00e8rent sans critique dans une strat\u00e9gie individuelle, ou qu\u2019ils se laissent gruger par ce nouvel argument d\u2019autorit\u00e9) ne tient pas. Il n\u2019est qu\u2019\u00e0 voir le nombre de techniciens ou de cadres extr\u00eamement form\u00e9s, voire pr\u00eats \u00e0 toute flexibilit\u00e9 que l\u2019on pousse de nouvelle t\u00e2che en nouvelle t\u00e2che, jusqu\u2019au \u00ab placard \u00bb. Et il se peut que cette tactique, qui vaut pour les techniciens ou les cadres form\u00e9s, vaille aussi pour des salari\u00e9s plus \u00e9troitement sp\u00e9cialis\u00e9s. Combien de fois ne les voit-on pas se plaindre de ceque leur formation, \u00e0 l\u2019issue d\u2019un \u00ab d\u00e9graissage \u00bb, n\u2019a \u00ab d\u00e9bouch\u00e9 \u00bb sur rien ?<\/p>\n<p>Mais il nous faut remarquer tout en m\u00eame temps que l&rsquo;invocation de l&rsquo;\u00e9volution technique est celle-l\u00e0 m\u00eame qui a pr\u00e9sid\u00e9 depuis des ann\u00e9es \u00e0 l&rsquo;id\u00e9ologie de \u00ab la fin du travail \u00bb. Nous tenons que l&rsquo;id\u00e9ologie de la fin du travail qui triomphe dans les ann\u00e9es 90, m\u00eame si elle s&rsquo;\u00e9labore bien auparavant, est consciemment ou non la prise en compte de ce tournant gestionnaire.<br \/>\n<br \/>Et ici nous suivrons \u00e0 nouveau les analyses de C. Dejours (12) :<\/p>\n<p>Le travail n&rsquo;est pas en voie de disparition du fait du progr\u00e8s technologique (comme le soutient J. Rifkin(13))<br \/>\n<br \/>Il n&rsquo;a pas cess\u00e9 d&rsquo;\u00eatre une source de sens et d&rsquo;accomplissement de soi (comme le pr\u00e9tendent Andr\u00e9 Gorz ou Dominique M\u00e9da).<br \/>\n<br \/>Sa \u00ab disparition \u00bb est li\u00e9e \u00e0 la gestion financi\u00e8re de la division mondialis\u00e9e du travail. \u00ab le travail ne diminue pas, il augmente au contraire, mais il change de site g\u00e9ographique par le biais de la division internationale du travail et des risques \u00bb (14).<br \/>\n<br \/>Le travail vivant dans l&rsquo;industrie ou les services n&rsquo;est absolument pas r\u00e9ductible \u00e0 des proc\u00e9dures m\u00e9caniques qui en engendrent le non-sens et il d\u00e9fie la pr\u00e9dictibilit\u00e9 des proc\u00e9dures auxquelles on voudrait le soumettre. Le travail est la principale source de reconnaissance et d&rsquo;identit\u00e9 pour l&rsquo;individu.<br \/>\n<br \/>Disant cela, nous ne nions pas que le travail soit ali\u00e9n\u00e9 au sens marxiste du terme. M\u00e9diateur de l&rsquo;\u00e9mancipation, il demeure largement g\u00e9n\u00e9rateur de souffrances, au sens classique du terme. Mais de nouvelles souffrances s&rsquo;y ajoutent, li\u00e9es au nouveau tournant de la gestion du travail, souffrances qui sont aussi une composante de son ali\u00e9nation.<br \/>\n<br \/>L&rsquo;id\u00e9ologie polymorphe de la fin du travail et le tournant gestionnaire de son organisation m\u00e8nent \u00e0 sa disqualification telle qu\u2019elle entre forc\u00e9ment dans l&rsquo;\u00e9tiologie du rapport entre suicide et travail.<br \/>\n<br \/>Et ici il faut bien dire, face au pr\u00e9sent d\u00e9sastre, que les transformations du statut du travail n&rsquo;ont pu \u00eatre perp\u00e9tr\u00e9es sans l&rsquo;implication, voire sans la mobilisation, d&rsquo;un grand nombre d&rsquo;acteurs et sans le consentement d&rsquo;un grand nombre de salari\u00e9s.<\/p>\n<p>3 &#8211; Des recours politiques et syndicaux inad\u00e9quats<\/p>\n<p>C&rsquo;est pourquoi l&rsquo;invocation du recours syndical et du recours politique doit \u00eatre interrog\u00e9e, m\u00eame s&rsquo;il est permis d&rsquo;esp\u00e9rer qu\u2019il pourrait en \u00eatre autrement et que ces recours pourraient \u00eatre de v\u00e9ritables recours &#8211; ce qu&rsquo;ils ont largement cess\u00e9 d&rsquo;\u00eatre pour diff\u00e9rentes raisons. Car les syndicats, soit en valorisant les \u00ab ripostes collectives \u00bb au d\u00e9triment de la d\u00e9fense contre la souffrance subjective analys\u00e9e comme faiblesse individuelle indigne d&rsquo;int\u00e9r\u00eat, soit du fait du tournant socialiste en faveur du lib\u00e9ralisme qu&rsquo;ils ont plus ou moins accompagn\u00e9, ont manqu\u00e9 leur r\u00e9ponse au tournant gestionnaire et ont, comme le dit Dejours, laiss\u00e9 le champ libre aux tenants des concepts de ressources humaines et de la culture d&rsquo;entreprise.<br \/>\n<br \/>En m\u00eame temps, les organisations politiques de gauche ou d&rsquo;extr\u00eame gauche n&rsquo;ont voulu prendre en compte que les revendications li\u00e9es \u00e0 la souffrance physique et, victimes d\u2019un dualisme spontan\u00e9, elles ont renvoy\u00e9 \u00e0 la seule souffrance du corps. En valorisant les th\u00e8mes du partage du travail, elles ont aussi laiss\u00e9 croire \u00e0 sa raret\u00e9. Ces attitudes ont en tout cas valeur de d\u00e9ni et elles ont engendr\u00e9 la solitude de ceux qui \u00e9taient confront\u00e9s \u00e0 la souffrance psychique due \u00e0 leur travail ; elles ont aussi facilit\u00e9 l&rsquo;\u00e9mergence de la peur, de la soumission et du recours \u00e0 la sauvegarde individuelle qui m\u00e8ne souvent \u00e0 des conduites d\u00e9loyales plus ou moins supportables.<br \/>\n<br \/>A propos de l\u2019assignation individuelle de ces souffrances, il faut d&rsquo;ailleurs revenir au recours au concept de stress au travail utilis\u00e9 dans le rapport Nasse et L\u00e9geron, remis en 2008 \u00e0 X. Bertrand, alors Ministre du travail. Ce concept, issu de la psychologie comportementaliste am\u00e9ricaine, invite le seul individu \u00e0 \u00ab g\u00e9rer \u00bb (15) sa souffrance mais surtout, il ressortit \u00e0 une explication tronqu\u00e9e et r\u00e9duite exclusivement au terrain psychologique (16). Face \u00e0 elle nous rencontrons d&rsquo;autres explications tronqu\u00e9es qui sont exclusivement sociog\u00e9n\u00e9tiques. Dans l&rsquo;un et l&rsquo;autre cas on oppose la causalit\u00e9 sociale \u00e0 la causalit\u00e9 priv\u00e9e et l&rsquo;on n\u00e9glige alors le r\u00f4le majeur du travail dans la constitution de l&rsquo;individu, r\u00f4le que rappelle un clinicien comme C. Dejours. <\/p>\n<p>4 &#8211; Les id\u00e9ologies philosophiques : Arendt et Gorz<\/p>\n<p>De ce point de vue, faire l&rsquo;\u00e9conomie, sur le probl\u00e8me de la reconnaissance symbolique du travail, d&rsquo;une analyse qui mobilise \u00e0 la fois les sciences sociales et la clinique mais aussi la philosophie, m\u00e8nerait \u00e0 une impasse.<br \/>\nMais s&rsquo;il en va ainsi, cela implique un travail th\u00e9orique qui battrait en br\u00e8che bien des id\u00e9es convenues ces derni\u00e8res ann\u00e9es, y compris celles accr\u00e9dit\u00e9es par une certaine id\u00e9ologie philosophique.<\/p>\n<p>Qui oserait aujourd&rsquo;hui ne pas citer Arendt sur le \u00ab sol commun \u00bb que permettrait de construire l\u2019activit\u00e9 humaine ? Dejours lui-m\u00eame le fait (17). Or Arendt, torturantdans Condition de l&rsquo;homme moderne le texte de Marx, voudrait, au nom d&rsquo;une description id\u00e9alisante de la cit\u00e9 antique, disqualifier le travail en le r\u00e9duisant au processus vital du corps qui serait sans reste, indigne de pr\u00e9sider \u00e0 la constitution d&rsquo;une identit\u00e9. Et chacun invoquant Arendt croit pouvoir le faire au nom d&rsquo;une valorisation de la vie politique, comme si l&rsquo;\u00ab action \u00bb qu&rsquo;elle invoque avec l&rsquo;\u0153uvre comme seules dignes contre le travail indigne n&rsquo;\u00e9tait pas pr\u00e9sente au sein m\u00eame du travail. Ne voit-on pas \u00e0 l&rsquo;\u0153uvre ici les lieux communs d&rsquo;un dualisme s\u00e9parant en l&rsquo;homme la vie de l&rsquo;esprit et celle du corps?<br \/>\n<br \/>Lorsque Arendt envisage le ch\u00f4mage end\u00e9mique de nos soci\u00e9t\u00e9s, elle \u00e9crit:<br \/>\n<br \/>Ce que nous avons devant nous, c\u2019est la perspective d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 de travailleurs, sans travail, c\u2019est-\u00e0-dire priv\u00e9s de la seule activit\u00e9 qui leur reste. On ne peut rien imaginer de pire (18).<br \/>\n<br \/>Un animal laborans orphelin de son travail n\u2019est plus rien. A ne point vouloir comprendre le travail, on en vient au m\u00e9pris de ceux pour qui il est essentiel. Et lorsque Arendt est tenue pour l\u2019inventeur du \u00ab sens commun \u00bb permettant la coop\u00e9ration exclusivement politique des hommes entre eux, il serait bon de revenir \u00e0 ce concept, comme \u00e0 celui de \u00ab mentalit\u00e9 \u00e9largie \u00bb export\u00e9s d\u2019une lecture pour le moins cavali\u00e8re de Kant. Ces concepts peuvent \u00eatre tr\u00e8s fructueusement exploit\u00e9s pour une \u00e9tude sur les activit\u00e9s humaines et donc sur le travail. Mais en faire, comme le voudrait Arendt, une lecture qui valorise exclusivement la sph\u00e8re politique comme seule sph\u00e8re de l\u2019action est discutable, et par ailleurs vecteur de d\u00e9sespoir si l\u2019on convient que le politique n\u2019est pas en soi et pour soi mais qu\u2019il s\u2019incarne en des institutions qui pour l\u2019heure font d\u00e9faut.<\/p>\n<p>Autre exemple : qui aujourd\u2019hui, face \u00e0 la crise du travail, ne cite Gorz, lequel, id\u00e9alisant aussi \u00ab l\u2019antique id\u00e9e de libert\u00e9 et d\u2019autonomie individuelle \u00bb (19), r\u00e9duit le travail \u00e0 une invention diabolique de la raison \u00e9conomique promue par la capitalisme? Gorz valorise alors illusoirement les activit\u00e9s d\u00e9sint\u00e9ress\u00e9es, contre un travail d\u00e9finitivement accus\u00e9 de manquer intrins\u00e8quement de sens.<br \/>\n<br \/>Il faudrait, bien entendu, approfondir l\u2019analyse et la discussion de ces enterprises, \u00e0 notre sens id\u00e9ologiques, qui disqualifient le travail. Qui ne voit, en effet, qu\u2019il y va de l\u2019effort de millions d\u2019hommes pour pers\u00e9v\u00e9rer, nonobstant l\u2019ali\u00e9nation qui accompagne le travail et qu\u2019il faut combattre, dans leur \u00e9tat de travailleurs sans lequel ils perdent l\u2019estime d\u2019eux-m\u00eames et se sentent inutiles ? <\/p>\n<p>5 &#8211; Oser reprendre l\u2019analyse philosophique classique<\/p>\n<p>Il faut donc oser reprendre l&rsquo;analyse philosophique sur les questions du travail, alors qu\u2019elle a \u00e9t\u00e9 laiss\u00e9e aux seuls sociologues et psychologues. Non que nous contestions les m\u00e9rites de ces derniers qui ont su, pour certains, mettre en \u00e9vidence la n\u00e9cessit\u00e9 de consid\u00e9rer la centralit\u00e9 du travail. Mais l\u2019\u00e9cho qu\u2019ont eu et qu\u2019ont encore les th\u00e8ses des tenants de la fin du travail, pour des raisons historiques et politiques qui sont \u00e0 analyser davantage que nous ne pouvons le faire ici, a comme fig\u00e9 la r\u00e9flexion philosophique sur le travail. A supposer que les th\u00e8ses de la fin du travail ne soient pas le simple accompagnement id\u00e9ologique d\u2019un \u00e9tat des choses dont on prend acte pour le juger ind\u00e9passable, il faut le v\u00e9rifier, le discuter. En tout cas nous constatons que ces th\u00e8ses sont contemporaines de politiques de gauche et de droite qui rendent l\u00e9gitime l\u2019affectation publique d\u2019un revenu d\u00e9tach\u00e9 de toute r\u00e9f\u00e9rence au travail, prenant acte de sa rar\u00e9faction sans l\u2019analyser ni la discuter. Et si l\u2019on peut bien, p\u00e9riodiquement, pour des raisons politiciennes, affirmer la valeur du travail voire la \u00ab valeur- travail \u00bb, ce n\u2019est pas pour en affirmer la centralit\u00e9. On a vu que ce pouvait \u00eatre \u00e0 des fins moralisatrices ou pour accr\u00e9diter une mal-mesure du travail aux fins de justifier sp\u00e9culation et in\u00e9galit\u00e9s  (\u00ab travailler plus pour gagner plus \u00bb).<br \/>\n<br \/>Or si nous n\u2019\u00e9clairons pas, par un travail philosophique renouvel\u00e9, la question de la centralit\u00e9 du travail en lien avec celle de la reconnaissance et de la constitution de l\u2019identit\u00e9 des individus, nous laisserons croire que l\u2019accent mis sur le travail revient \u00e0 une justification de l\u2019ali\u00e9nation (20). Ce serait donc l\u2019occasion de reprendre des lectures fondamentales, celle de Marx et de Hegel, auteurs largement ignor\u00e9s, disqualifi\u00e9s ou d\u00e9form\u00e9s par les tenants de la fin du travail, mais encore celle de Simone Weil &#8211; ces r\u00e9f\u00e9rences n\u2019\u00e9tant pas exclusives. Et ce parce que les \u0153uvres de ces auteurs sont particuli\u00e8rement travers\u00e9es par la question de l&rsquo;ambivalence du travail qui en fait le vecteur de la reconnaissance et de l\u2019estime de soi en m\u00eame temps que le terrain de la d\u00e9tresse que les hommes s\u2019infligent les uns aux autres dans leurs rapports sociaux.<\/p>\n<p>Nous pourrions alors revenir vers ceux qui ont vocation \u00e0 d\u00e9fendre le travail pour leur proposer de reprendre \u00e0 nouveau frais la r\u00e9flexion. Car l\u2019urgence du travail philosophique sur cette question doit s\u2019articuler \u00e0 celle qu\u2019il y a \u00e0 \u0153uvrer pour l\u2019entraide et la coop\u00e9ration dans le travail . A moins qu&rsquo;on estime que c&rsquo;est une cause perdue. Ce n&rsquo;est pas notre point de vue.<br \/>\nEn tout cas, il faut passer par la parole, comme le dit Dejours, pour pouvoir penser et r\u00e9\u00e9laborer l&rsquo;exp\u00e9rience du travail vivant et pour en comprendre les enjeux. Et si l&rsquo;\u00e9coute attentive, clinique aussi bien que politique, de ceux qui souffrent du travail dans les conditions de notre monde est alors essentielle, il faut aussi que la philosophie ne laisse pas, pour ce qui la concerne, s&rsquo;installer la loi d&rsquo;airain du silence ou des id\u00e9es convenues. Ce qui constitue un programme \u00e0 remplir<\/p>\n<p>\u00a9\u00a9 Martine Verlhac et Mezetulle.<\/p>\n<p>Notes<br \/>\n<br \/>1. Je me r\u00e9f\u00e8re ici \u00e0 ce que dit C. Dejours : \u00ab A la v\u00e9rit\u00e9, le nombre de suicides sur les lieux de travail n\u2019a pas d\u2019importance cruciale au regard des d\u00e9fis qui se dressent devant le clinicien. Un seul suicide dans une entreprise, constitue de facto un probl\u00e8me qui affecte toute la communaut\u00e9 de travail, dans la mesure o\u00f9 sa survenue t\u00e9moigne d\u2019une d\u00e9gradation en profondeur du tissu humain et social du travail. \u00bb, Suicide et travail : Que faire ?, p. 20, Paris : PUF 2009.<br \/>\n<br \/>2. Ici, nous simplifions et il y a dans la philosophie ant\u00e9rieure \u00e0 Hegel des \u00e9l\u00e9ments pour penser ce probl\u00e8me. Les chercher, les travailler et les penser ferait partie du programme de recherche que nous devons nous proposer.<br \/>\n<br \/>3. Suicide et travail, op. cit.<br \/>\n<br \/>4. pp. 33-34<br \/>\n<br \/>5. Le concept de valeur en son sens trivial, est \u00e0 clarifier, voire \u00e0 \u00e9viter, mais nous l\u2019employons ici par commodit\u00e9.<br \/>\n<br \/>6. Ibidem, p. 38<br \/>\n<br \/>7. Pour une r\u00e9flexion plus g\u00e9n\u00e9rale sur l\u2019\u00e9valutaion nous renvoyons au n\u00b0 37 de la revue Cit\u00e9s qui est consacr\u00e9 \u00e0 cette question. S\u2019int\u00e9ressant plus particuli\u00e8rement \u00e0 l\u2019\u00e9valuation des chercheurs, il vaut \u00e0 notre avis pour l\u2019ensemble du probl\u00e8me. [NDE Voir aussi Jacques-Alain Miller et Jean-Claude Milner Voulez-vous \u00eatre \u00e9valu\u00e9 ? Paris : Grasset, 2004.]<br \/>\n<br \/>8. On notera bien le recours syst\u00e9matique \u00e0 un certain anglais dans la langue des dirigeants d\u2019entreprise. Cela \u00e9claire d\u2019un jour comique l\u2019excuse que T. Lombard a os\u00e9 pr\u00e9senter  pour ce qu\u2019il fait passer pour un lapsus concernant sa phrase sur la \u00ab mode \u00bb des siucides. Il aurait voulu parler de mood et non de mode. On ne voit pas ce que cela change.<br \/>\n<br \/>9. Je renvoie au document publi\u00e9 par Mediapart, d\u00e9j\u00e0 cit\u00e9.<br \/>\n<br \/>10. Il a fallu, \u00e0 ce jour (fin septembre 2009) 24 suicides pour que Lombard, le PDG de France T\u00e9l\u00e9com, propose d\u2019abandonner deux ou trois des \u00e9l\u00e9ments de son dispositif de mort. Mais en aucun cas cela ne remet en cause un dispositif d\u2019ensemble qui n\u2019est pas interrog\u00e9.<br \/>\n<br \/>11. Ces insinuations s\u2019accompagnent \u00e9galement d\u2019autres plus grossi\u00e8res assignant l\u2019\u00e9tiologie du suicide au travail au soup\u00e7on de la \u00ab faiblesse \u00bb psychologique des salari\u00e9s, argument qui ressortit soit \u00e0 une psychologie de bazar, soit \u00e0 la valorisation, gu\u00e8re plus brillante, d\u2019une certaine virilit\u00e9 qu\u2019analyse C. Dejours dans Souffrance en France.<br \/>\n<br \/>12. Souffrance en France pp. 52-53, Suicides et travail\u2026p. 35<br \/>\n<br \/>13. J\u00e9r\u00e9my Rifkin, dont l\u2019ouvrage s\u2019intitule La fin du travail (Paris : La D\u00e9couverte, 1996) est le principal tenant de cette th\u00e8se largement partag\u00e9e, qu\u2019appuient  respectivement dans une pr\u00e9face et dans une postface, Michel Rocard et Alain Caill\u00e9.<br \/>\n<br \/>14. Souffrance en France, p. 53<br \/>\n<br \/>15. Coping with, (faire avec, s\u2019arranger de, g\u00e9rer, se d\u00e9brouiller avec, faire face). Cf l\u2019analyse qu\u2019en fait Dejours p. 25 de Suicide et travail.<br \/>\n<br \/>16. Il g\u00e9n\u00e8re aussi le d\u00e9veloppement d\u2019entreprise parasites sp\u00e9cialis\u00e9es dans la \u00ab gestion \u00bb de ce \u00ab stress \u00bb. Dans une \u00e9tude plus approfondie, la causalit\u00e9 aussi bien physique que psychique  de la souffrance et les causalit\u00e9s aussi bien priv\u00e9es que sociales des implications du travail, imposeraient une conception \u00abmoniste \u00bb(non dualiste et non divis\u00e9e) du travail.<br \/>\n<br \/>17. Nous devons \u00e0 l&rsquo;honn\u00eatet\u00e9 de dire que Dejours esquisse une critique d&rsquo;Arendt, sans toutefois la pr\u00e9senter comme telle, \u00e0 la fin de Souffrance en France. Il signale que Arendt oppose le travail \u00e0 l&rsquo;oeuvre et il r\u00e9pond que si  cette opposition est pertinente du point de vue de l&rsquo;analyse, du point de vue th\u00e9orique \u00ab la philosophie de l&rsquo;action gagnerait \u00e0 ne pas hypostasier les termes que l&rsquo;analyse disjoint \u00bb.<br \/>\n<br \/>18. Condition de l\u2019homme moderne,  Prologue p. 38 \u00e9d. Agora<br \/>\n<br \/>19. M\u00e9tamorphoses du travail, critique de la raison \u00e9conomique, Paris : Folio-Essais, p. 44 (Galil\u00e9e, 1988).<br \/>\n<br \/>20. Je lis dans l\u2019ouvrage par ailleurs int\u00e9ressant de Fran\u00e7ois Vatin, Le travail et ses valeurs, Paris : Albin Michel, 2008, que la topique psychiatrique du travail, \u00ab coupant le travail de son lien \u00e0 la production [fait que le travail] de moyen devient fin [\u2026] En faisant du travail une fin en soi, une \u201cvaleur\u201d, et non une modalit\u00e9 de la production, on en d\u00e9truit le sens m\u00eame \u00bb. Nous retombons ici dans les errances d\u2019une conception exclusivement sociog\u00e9n\u00e9tique du travail.<\/p>\n<p>R\u00e9f\u00e9rences<br \/>\n&#8211; Arendt Hannah, Condition de l&rsquo;homme moderne, trad. G. Fradier, Paris : Presses Pocket, 1993.<br \/>\n&#8211; Dejours Christophe, Suicide et travail : que faire ?, Paris : PUF, 2009 ;<br \/>\n&#8211; Souffrance en France, banalisation de le souffrance sociale, Paris: Points-Seuil, 1989<br \/>\n&#8211; Cit\u00e9s, n\u00b0 37 Id\u00e9ologies de l&rsquo;\u00e9valuation.<br \/>\n&#8211; Gorz Andr\u00e9, M\u00e9tamorphoses du travail, critique de la raison \u00e9conomique, Paris : Folio-Essais, 2004 (Galil\u00e9e, 1988).<br \/>\n&#8211; M\u00e9da Dominique, Le travail, une valeur en voie de disparition, Paris : Aubier 1995.<br \/>\n&#8211; Miller Jacques-Alain et Milner Jean-Claude, Voulez-vous \u00eatre \u00e9valu\u00e9 ? Paris, Grasset, 2004.<br \/>\n&#8211; P\u00e9z\u00e9 Marie et Leroy Pascale, Ils ne mouraient pas tous mais tous \u00e9taient frapp\u00e9s  : journal de la consultation \u00ab\u00a0Souffrance et travail\u00a0\u00bb, 1997-2008, Paris : Pearson, 2008.<br \/>\n&#8211; Rifkin Jeremy, La fin du travail, Paris : La D\u00e9couverte, 1996.<br \/>\n&#8211; Vatin Fran\u00e7ois, Le travail et ses valeurs, Paris : Albin Michel, 2008.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Communaut\u00e9 : La commune des philosophes http:\/\/www.mezetulle.over-blog.com\/article-36939270.html En ligne le 4 octobre 2009 S\u2019appuyant notamment&hellip;<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[598],"tags":[],"class_list":["post-23041","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-textes-divers"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.uspsy.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/23041","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.uspsy.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.uspsy.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.uspsy.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.uspsy.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=23041"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.uspsy.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/23041\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.uspsy.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=23041"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.uspsy.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=23041"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.uspsy.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=23041"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}