{"id":23203,"date":"2009-12-07T13:43:00","date_gmt":"2009-12-07T12:43:00","guid":{"rendered":"https:\/\/www.uspsy.fr\/?p=23203"},"modified":"2009-12-07T13:43:00","modified_gmt":"2009-12-07T12:43:00","slug":"l-enfermement-revient-en-force","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.uspsy.fr\/?p=23203","title":{"rendered":"L&rsquo;enfermement revient en force dans les h\u00f4pitaux psychiatriques &#8211; Entretien avec jean-Marie Delarue, conseiller d&rsquo;Etat, contr\u00f4leur des lieux de privation de libert\u00e9"},"content":{"rendered":"<p>Recueilli par ERIC FAVEREAU<\/p>\n<p>Jamais depuis vingt ans ne se sont autant multipli\u00e9es les chambres d&rsquo;isolement et les mesures de contention (immobilisation) pour les malades<br \/>\nmentaux. Hier rarissimes, ces chambres ferm\u00e9es existent aujourd&rsquo;hui dans tous les services.<\/p>\n<p>En d\u00e9cembre 2008, un collectif \u00abLa nuit s\u00e9curitaire\u00bb s&rsquo;\u00e9tait \u00e9lev\u00e9 contre le plan de s\u00e9curisation des h\u00f4pitaux psychiatriques, lanc\u00e9 par Nicolas Sarkozy<br \/>\napr\u00e9s le meurtre d&rsquo;un jeune par un malade mental, \u00e9chapp\u00e9 de l&rsquo;h\u00f4pital psychiatrique de St Egr\u00e9ve, pr\u00e8s de Grenoble. Une p\u00e9tition s&rsquo;en \u00e9tait suivie.<br \/>\nSamedi, \u00e0 Montreuil, le collectif organise une journ\u00e9e de d\u00e9bats sur le th\u00e8me: \u00abQuelle hospitalit\u00e9 pour la folie ? Non, au retour des gardiens de fous, au grand renfermement, \u00e0 l\u2019abandon, au tri, \u00e0 la mise \u00e0 l\u2019\u00e9cart\u00bb (1).<\/p>\n<p>Nous avons demand\u00e9 l&rsquo;avis de Jean-Marie Delarue, conseiller d\u2019Etat, qui est depuis un an contr\u00f4leur g\u00e9n\u00e9ral des lieux de privation de libert\u00e9, poste<br \/>\ncr\u00e9\u00e9 par l\u2019actuel gouvernement, sur la question de l&rsquo;enfermement des malades.<\/p>\n<p><strong>Y a-t-il une explosion des mesures d\u2019enfermement et des mesures de contention dans les h\u00f4pitaux psychiatriques, aujourd\u2019hui?<\/strong><\/p>\n<p>Il n\u2019y pas de donn\u00e9es g\u00e9n\u00e9rales et globales. Nous, devant cette question, nous faisons comme d\u2019habitude, nous avons visit\u00e9 plus d\u2019une vingtaine<br \/>\nd\u2019\u00e9tablissements psychiatriques. Des visites approfondies sur plusieurs jours. Et le premier constat que l\u2019on a pu faire, c\u2019est que l\u2019on avait du mal \u00e0<br \/>\nfaire la distinction entre les patients hospitalis\u00e9s sous contrainte et ceux hospitalis\u00e9s libres. Nous avons ensuite examin\u00e9 la mani\u00e8re dont ils sont<br \/>\nenferm\u00e9s en mati\u00e8re de respect des droits, de leur libert\u00e9 de mouvement, d\u2019acc\u00e8s aux cultes ou au courrier. Au d\u00e9part, nous n\u2019avions aucun a priori.<\/p>\n<p><strong>Et finalement?<\/strong><\/p>\n<p>En mati\u00e8re d\u2019isolement et de contention, nous avons \u00e9t\u00e9 frapp\u00e9s par la grande vari\u00e9t\u00e9 des pratiques entre les \u00e9tablissements, mais aussi \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur d\u2019un m\u00eame lieu. Ce qui n\u2019est pas sans poser de probl\u00e8mes, puisque les gens sont hospitalis\u00e9s en fonction de leurs lieux g\u00e9ographiques, et donc ne choisissent pas. Ils peuvent, ainsi, tomber sur des lieux avec des pratiques tr\u00e8s vari\u00e9es\u2026 En m\u00eame temps, il ne faut pas tout regarder en fonction de l\u2019isolement. D\u2019autres \u00e9l\u00e9ments peuvent poser probl\u00e8me. Comme, dans certains endroits, cette mise syst\u00e9matique en pyjama pendant quelques jours des patients, pour qu\u2019ils ne fuguent pas. Dans des endroits, le courrier est syst\u00e9matiquement ouvert et lu. Le droit \u00e0 l\u2019intimit\u00e9 existe, il n\u2019est pas toujours respect\u00e9.<\/p>\n<p><strong>Mais l\u2019isolement, alors?<\/strong><\/p>\n<p>Nous avons analys\u00e9 trois facteurs: la fr\u00e9quence, la dur\u00e9e, et enfin la tra\u00e7abilit\u00e9. Sur la fr\u00e9quence, ce que l\u2019on peut dire, c\u2019est que c\u2019est une pratique relativement r\u00e9pandue, et elle l\u2019est de plus en plus, mais pas toujours dans les lieux o\u00f9 on l\u2019attend.<\/p>\n<p>Sur la dur\u00e9e, ensuite. Normalement, la prescription puis la dur\u00e9e, puis enfin la sortie de la chambre d\u2019isolement se font sur d\u00e9cision d\u2019un psychiatre. Il peut y avoir de br\u00e8ves phases d\u2019isolement \u2013 juste quelques heures \u2013 le temps d\u2019un r\u00e9pit th\u00e9rapeutique, nous dit-on. Cela peut se comprendre. Mais nous avons constat\u00e9 des dur\u00e9es longues, tr\u00e8s longues de plusieurs semaines. Et nous avons vu aussi des isolements sans fin. Comme dans ce service de psychiatrie d\u2019un h\u00f4pital g\u00e9n\u00e9ral o\u00f9 un malade est enferm\u00e9 dans une chambre avec un seul matelas, \u00e0 moiti\u00e9 nu. Il est l\u00e0 depuis des ann\u00e9es\u2026<\/p>\n<p><strong>Et la tra\u00e7abilit\u00e9?<\/strong><\/p>\n<p>L\u00e0 encore, c\u2019est tr\u00e8s variable. Il y a parfois des registres bien tenus, mais souvent ce n\u2019est pas le cas, et m\u00eame parfois, il n\u2019y a aucune trace. Enfin dans les \u00e9tablissements o\u00f9 il y a des registres, il n\u2019y a aucune analyse de ce qui s\u2019est pass\u00e9, aucune \u00e9valuation. Encore plus troublant, la pr\u00e9sence de plus en plus syst\u00e9matique de vid\u00e9osurveillance dans ces chambres d\u2019isolement. Le personnel met en avant que cela leur permet d\u2019intervenir \u00e0 bon escient, mais pour nous, cette violation de l\u2019intimit\u00e9 est probl\u00e9matique.<\/p>\n<p><strong>Et concernant les d\u00e9tenus envoy\u00e9s par le pr\u00e9fet en h\u00f4pital psychiatrique sous le r\u00e9gime de l&rsquo;hospitalisation d&rsquo;office ?<\/strong><\/p>\n<p>On les met \u00e0 l\u2019isolement, mais sans consigne th\u00e9rapeutique. Ces patients se retrouvent enferm\u00e9s, sans t\u00e9l\u00e9, ni sortie, ni cigarettes. La plupart s\u2019en<br \/>\nplaignent. En g\u00e9n\u00e9ral, le personnel soignant est attentif, mais les psychiatres sont peu pr\u00e9sents.<\/p>\n<p><strong>Les malades se plaignent de quoi?<\/strong><\/p>\n<p>Ce qui revient, presque tout le temps, c\u2019est qu\u2019ils ne voient pas assez le psychiatre. Puis, l\u2019ennui. Le grand ennui. C\u2019est d\u2019ailleurs un point commun de tous ces lieux, privatifs de libert\u00e9.<\/p>\n<p><strong>Au final, vous en ressortez avec quels sentiments?<\/strong><\/p>\n<p>D\u2019abord, ce qui est probl\u00e9matique, c\u2019est la grande divergence des pratiques et la non-\u00e9valuation de ce qui se fait. Ensuite, nous avons rencontr\u00e9 des probl\u00e8mes de respect de la dignit\u00e9, quand l\u2019enfermement n\u2019est justifi\u00e9 par aucune indication claire, quand le patient n\u2019a pas de courrier. Tout individu a droit \u00e0 une vie priv\u00e9e.<br \/>\n<br \/>Nous avons vu des endroits dans des \u00e9tats lamentables.<\/p>\n<p><strong>Un nouvelle loi?<\/strong><\/p>\n<p>Cela ne para\u00eet pas l\u2019urgence. Il nous semble que certains maires prennent un peu trop de facilit\u00e9s avec les hospitalisations d&rsquo;office. Et ensuite, il<br \/>\nfaudrait pr\u00e9ciser les recours, ou plus exactement pr\u00e9ciser la mani\u00e8re dont les gens sont inform\u00e9s des recours possibles. Enfin, cela ne serait pas<br \/>\ninutile que les avocats soient un peu plus pr\u00e9sents lors des hospitalisations d&rsquo;office&#8230;<\/p>\n<p>(1) De 9h \u00e0 18h, \u00e0 la maison de l\u2019arbre et de la parole errante 9, rue Fran\u00e7ois Debergues, Montreuil.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Recueilli par ERIC FAVEREAU Jamais depuis vingt ans ne se sont autant multipli\u00e9es les chambres&hellip;<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[598],"tags":[],"class_list":["post-23203","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-textes-divers"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.uspsy.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/23203","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.uspsy.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.uspsy.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.uspsy.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.uspsy.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=23203"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.uspsy.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/23203\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.uspsy.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=23203"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.uspsy.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=23203"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.uspsy.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=23203"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}