{"id":23272,"date":"2010-01-18T10:45:00","date_gmt":"2010-01-18T09:45:00","guid":{"rendered":"https:\/\/www.uspsy.fr\/?p=23272"},"modified":"2010-01-18T10:45:00","modified_gmt":"2010-01-18T09:45:00","slug":"article-des-echos-du-18-janvier","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.uspsy.fr\/?p=23272","title":{"rendered":"Article des Echos du 18 janvier 2010 : GUY VALLANCIEN : Comment aider l&rsquo;h\u00f4pital \u00e0 changer ?"},"content":{"rendered":"<p>[ Les Echos 18\/01\/10 ]<\/p>\n<p>L&rsquo;h\u00f4pital souffre, l&rsquo;h\u00f4pital agonise, l&rsquo;h\u00f4pital se meurt ! Mais quels \u00e9tablissements de soins publics enterre-t-on ainsi \u00e0 grand renfort de discours populistes r\u00e9cup\u00e9r\u00e9s par des m\u00e9dias avides de drames ? De quelle politique fait-on le proc\u00e8s \u00e0 charge pour mieux d\u00e9fendre ses propres int\u00e9r\u00eats ? Rien ne ressemble moins \u00e0 un petit h\u00f4pital local distribuant des soins de proximit\u00e9 que le mastodonte de technologie qu&rsquo;est devenu le centre hospitalo-universitaire ou que l&rsquo;h\u00f4pital psychiatrique de secteur vivant sur ses seuls personnels soignants ? H\u00f4pital, nom g\u00e9n\u00e9rique qui recouvre des missions et des r\u00e9alit\u00e9s entrepreneuriales tr\u00e8s diff\u00e9rentes aux r\u00e9sultats financiers vari\u00e9s allant du d\u00e9ficit aggrav\u00e9 en dizaines de millions d&rsquo;euros aux b\u00e9n\u00e9fices pour certains d&rsquo;entre eux. Faut-il rappeler que 54 % des h\u00f4pitaux sont \u00e0 l&rsquo;\u00e9quilibre financier, en particulier en province o\u00f9 la dimension moyenne des \u00e9tablissements est plus propice \u00e0 l&rsquo;efficience. L&rsquo;appellation avec un grand H est trompeuse : l&rsquo;assurance d&rsquo;un \u00e9gal acc\u00e8s et d&rsquo;une \u00e9gale qualit\u00e9 des soins pour tous sans discrimination d&rsquo;argent, de lieu ou d&rsquo;information n&rsquo;est qu&rsquo;un voeu pieux.<\/p>\n<p>Refusant de voir la r\u00e9alit\u00e9 en face, nous nous gaussons de fausses v\u00e9rit\u00e9s accumul\u00e9es, traduction r\u00e9ductrice de la peur du changement. Nous soup\u00e7onnons les d\u00e9cideurs de vouloir abattre le dernier rempart du service public \u00e0 la fran\u00e7aise, de fait de plus en plus dispendieux mais de moins en moins efficace. Nous n&rsquo;acceptons pas de passer de la notion d&rsquo;h\u00f4pital hospice \u00e0 celle d&rsquo;h\u00f4pital entreprise. Or c&rsquo;est bien la question du management qui est aujourd&rsquo;hui brutalement pos\u00e9e, si l&rsquo;on veut rendre l&rsquo;h\u00f4pital efficient. Il ne s&rsquo;agit pas de faire des \u00e9conomies sur le dos des malades, mais d&rsquo;\u00e9viter la dispersion et le g\u00e2chis. Lancer des projets m\u00e9dicaux coh\u00e9rents et r\u00e9tablir l&rsquo;\u00e9quilibre des comptes hospitaliers sont les priorit\u00e9s absolues.<\/p>\n<p>Entreprise : \u00ab communaut\u00e9 humaine au service d&rsquo;une production de biens \u00bb. Que produit l&rsquo;h\u00f4pital si ce n&rsquo;est la sant\u00e9, ce bien sup\u00e9rieur le plus recherch\u00e9 ? En gu\u00e9rissant ou en soulageant, les personnels hospitaliers accomplissent une t\u00e2che difficile ; mais cessons de croire que seules les infirmi\u00e8res sont d\u00e9vou\u00e9es et admirables et que seuls les m\u00e9decins sont comp\u00e9tents. Dans toute entreprise respectable, les personnels sont aussi d\u00e9vou\u00e9s et efficaces. A force de parier sur la seule bienveillance, nous ne r\u00e9glerons pas la question de l&rsquo;organisation des h\u00f4pitaux, pivot de l&rsquo;am\u00e9lioration de la qualit\u00e9 du service rendu aux malades et bless\u00e9s. 100.000 personnels recrut\u00e9s en un peu plus de dix ans, 1.000 praticiens hospitaliers de plus chaque ann\u00e9e depuis vingt-cinq ans (13.000 en 1983, plus de 40.000 en 2008). Nulle administration n&rsquo;a re\u00e7u autant en ressources humaines et il en faudrait encore davantage ! Il n&rsquo;y a pas un h\u00f4pital, mais des h\u00f4pitaux : dans certains, on travaille en flux tendu, alors que dans d&rsquo;autres on ronronne. L&rsquo;esprit d&rsquo;\u00e9quipe s&rsquo;arr\u00eate \u00e0 la porte des bureaux : chaque m\u00e9decin chef de service veut garder son personnel d\u00e9compt\u00e9 sur le nombre de lits qui ne traduit en rien la charge de travail.<\/p>\n<p>Les politiques m\u00e9dicales valsent au gr\u00e9 des administrations et des commissions innombrables qui distraient les soignants de leur m\u00e9tier premier. Deux indicateurs simples devraient faire fr\u00e9mir le plus m\u00e9diocre des manageurs : comment peut-on accepter de faire attendre jusqu&rsquo;\u00e0 midi un malade qui a un rendez-vous de consultation \u00e0 9 heures ? Nul ne r\u00e9pond, ni ne s&rsquo;excuse. Comment certains professeurs parmi les plus connus peuvent-ils oser venir serrer la main de leur op\u00e9r\u00e9 payant en priv\u00e9 une somme rondelette pour ensuite filer faire autre chose en laissant leur assistant op\u00e9rer \u00e0 leur place mais en n&rsquo;oubliant surtout pas de signer le compte rendu ? Quand une autorit\u00e9 remettra de l&rsquo;ordre dans ce gigantesque capharna\u00fcm sanitaire o\u00f9 chacun fait ce qu&rsquo;il veut tout en se plaignant d&rsquo;\u00eatre sous la pression des directeurs ?<\/p>\n<p>L&rsquo;h\u00f4pital souffre d&rsquo;incapacit\u00e9 chronique \u00e0 se r\u00e9former, maladie d\u00e9g\u00e9n\u00e9rative mortelle \u00e0 terme. Il n&rsquo;y a pas d&rsquo;autre solution que de lui perfuser par voie intraveineuse une tr\u00e8s forte dose d&rsquo;aide au changement, tout en r\u00e9visant son organigramme de d\u00e9cision et d&rsquo;action. En un mot, il faut traiter l&rsquo;h\u00f4pital comme une entreprise, certes de service public, mais comme une entreprise d&rsquo;abord. Tous nos voisins l&rsquo;ont compris, pourquoi les Fran\u00e7ais s&rsquo;y opposeraient-ils, sauf \u00e0 \u00e9couter les chantres du statu quo qui scient la branche sur laquelle ils sont assis ? Nos concitoyens demandent \u00e0 \u00eatre bien soign\u00e9s, ce qui implique comp\u00e9tence et humanit\u00e9. Peu importe quel \u00e9tablissement de soins les accueille du moment que la qualit\u00e9 soit au rendez-vous \u00e0 un prix raisonnable. La p\u00e9dagogie du changement manque cruellement. Faire comprendre les enjeux sans parti pris, afin d&rsquo;amener les acteurs \u00e0 se mobiliser tant individuellement que collectivement sans crainte de l&rsquo;avenir, est une urgence.<\/p>\n<p>Les chantiers \u00e0 ouvrir sont colossaux : r\u00e9vision de la politique immobili\u00e8re des 60 millions de m\u00e8tres carr\u00e9s des terrains hospitaliers publics d&rsquo;une valeur de 36,5 milliards d&rsquo;euros, r\u00e9vision de l&rsquo;offre de soins gradu\u00e9e selon le plan H\u00f4pital patient sant\u00e9 territoire et amplification des partenariats public-priv\u00e9 et des relais avec la m\u00e9decine de ville, r\u00e9vision de la gouvernance interne plus proche des acteurs et mieux d\u00e9l\u00e9gu\u00e9e, r\u00e9vision des politiques salariales afin de mettre en phase la tarification \u00e0 l&rsquo;activit\u00e9 et des r\u00e9mun\u00e9rations \u00e0 la performance, d\u00e9veloppement acc\u00e9l\u00e9r\u00e9 de l&rsquo;informatisation, seul moyen de conna\u00eetre la production de soins dans ses d\u00e9tails et d&rsquo;en am\u00e9liorer la qualit\u00e9 par une \u00e9valuation continue.<\/p>\n<p>Tels sont les travaux \u00e0 ne pas reporter d&rsquo;un jour, d&rsquo;une heure, d&rsquo;une minute ! Nous savons quoi faire, encore faut-il avoir le courage d&rsquo;agir et ne pas c\u00e9der aux premi\u00e8res menaces. Il y va de la survie de l&rsquo;h\u00f4pital dont aucun de nous ne veut la mort, mais au contraire, la r\u00e9surrection afin de lui rendre sa place de service public de haut niveau d\u00e9volu aux malades, mais adapt\u00e9 \u00e0 son temps.<\/p>\n<p>GUY VALLANCIEN EST PROFESSEUR D&rsquo;UROLOGIE \u00c0 L&rsquo;UNIVERSIT\u00c9 PARIS-DESCARTES.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>[ Les Echos 18\/01\/10 ] L&rsquo;h\u00f4pital souffre, l&rsquo;h\u00f4pital agonise, l&rsquo;h\u00f4pital se meurt ! 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