{"id":23919,"date":"2011-03-02T14:36:00","date_gmt":"2011-03-02T13:36:00","guid":{"rendered":"https:\/\/www.uspsy.fr\/?p=23919"},"modified":"2011-03-02T14:36:00","modified_gmt":"2011-03-02T13:36:00","slug":"article-mediapart-du-2-mars-2011","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.uspsy.fr\/?p=23919","title":{"rendered":"Article Mediapart du 2 mars 2011 : Le Syndicat de la Magistrature condamne \u00absans\u00bb appel le projet de loi sur la psychiatrie"},"content":{"rendered":"<p>http:\/\/blogs.mediapart.fr\/edition\/contes-de-la-folie-ordinaire\/article\/020311\/le-syndicat-de-la-magistrature-condamne-san<\/p>\n<p>par Docteur Guy Baillon, Psychiatre des H\u00f4pitaux <\/p>\n<p>Le projet gouvernemental est en effet invalid\u00e9 apr\u00e8s une analyse \u00abjuridique\u00bb attentive des diverses dispositions de la loi. Etant donn\u00e9 que cette loi \u00abporte atteinte aux libert\u00e9s des citoyens\u00bb dans un certain nombre de situations, il \u00e9tait l\u00e9gitime que les magistrats l&rsquo;examinent. Le camouflet que re\u00e7oit l&rsquo;Etat est cuisant et d\u00e9finitif. Apr\u00e8s les protestations de plus en plus vigoureuses des professionnels de la psychiatrie (voir \u2018l&rsquo;appel des 39&prime; qui r\u00e9unit d\u00e9j\u00e0 plus de 15.000 signatures) les magistrats montrent que cette loi est la porte ouverte \u00e0 tous les abus contre la libert\u00e9 des citoyens. Ils soulignent la confusion grave qu&rsquo;elle \u00e9tablit entre le domaine des soins et celui de la justice. Le r\u00e9sultat le plus patent est la stigmatisation qu&rsquo;elle \u00e9tend \u00e0 l&rsquo;ensemble du champ du soin psychique, et ses usagers, plus de 2 millions de personnes soign\u00e9es par an vont p\u00e2tir des faits graves commis par quelques dizaines de personnes. Tout patient va se sentir futur criminel, et sera d\u00e9sign\u00e9 et \u2018trait\u00e9&rsquo; comme tel !<\/p>\n<p>D\u00e8s le d\u00e9but de leur texte, comme beaucoup de censeurs de l&rsquo;\u00e9volution de la psychiatrie fran\u00e7aise les magistrats ont fait le constat qui \u00e9tonne : \u00ab comment se fait-il que depuis la fameuse loi de 1990 qui devait \u2018toiletter&rsquo; la loi de 1838 (toiletter = faire le m\u00e9nage en enlevant les mots scandaleux, mais sans changer le fond : volont\u00e9 d&rsquo;interner certains patients) le nombre d&rsquo;hospitalisations sous contrainte au lieu de continuer \u00e0 d\u00e9croitre comme il l&rsquo;avait fait depuis la mise en place de la politique de secteur en 1972, n&rsquo;ait fait que croitre \u00e0 partir de 1990 jusqu&rsquo;\u00e0 ce jour ? \u00bb. Ceci avait d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 d\u00e9nonc\u00e9 par le rapport de la Cour des Comptes et du Conseil Constitutionnel d\u00e8s1999. Une inspection a \u00e9t\u00e9 d\u00e9clench\u00e9e et a fait son rapport, mais n&rsquo;a pas su trouver la vraie raison de l&rsquo;inversion de l&rsquo;\u00e9volution, &#8230; parce que celle-ci est trop \u00e9vidente !<\/p>\n<p>Ce qui est int\u00e9ressant c&rsquo;est que les magistrats donnent eux-m\u00eames l&rsquo;explication, mais en parlant de l&rsquo;avenir seulement, et sans voir que cela s&rsquo;applique aussi \u00e0 cette \u00e9nigme (nous l&rsquo;avons d\u00e9nonc\u00e9 dans divers articles depuis 2000, et rappel\u00e9 dans notre dernier ouvrage sur l&rsquo;\u00e9tat des lieux en 2011.[1] Quand dans des situations complexes comme le sont la plupart des \u00e9tats de \u2018crise&rsquo; (appelons-les simplement les moments aigus des troubles psychiques graves) les soignants se trouvent devant le dilemme suivant, dans une \u00e9quipe \u2018solide&rsquo; (je parlerai des autres apr\u00e8s) : <\/p>\n<p>-soit les soignants arrivent d&#8217;embl\u00e9e \u00e0 \u00e9tablir un lien de confiance avec le patient, nous savons que si nous prenons le temps qu&rsquo;il faut c&rsquo;est toujours possible, ils cr\u00e9ent un v\u00e9ritable dialogue qui va aboutir \u00e0 des mesures de soin prises ensemble, et ceci m\u00eame si d&#8217;embl\u00e9e \u2018on&rsquo; nous avait dit cette personne \u00e9tait dangereuse, et qu&rsquo;il \u2018fallait&rsquo; l&rsquo;hospitaliser<\/p>\n<p>-soit ce lien ne se cr\u00e9e pas, pour x raisons : d&rsquo;autres urgences autour de lui s&rsquo;accumulent, le malade se sent abandonn\u00e9 car personne ne le reconnait, de plus en plus inquiet il se pense en milieu hostile et r\u00e9agit en s&rsquo;opposant \u00e0 tout pour la simple raison qu&rsquo;il \u00ab se sent en grand danger \u00bb, lui ! Dans ces situations (ce sont les plus fr\u00e9quentes) il faut aux soignants beaucoup de courage, d&rsquo;exp\u00e9rience, de disponibilit\u00e9 \u00e0 la fois dans l&rsquo;imm\u00e9diat et dans la continuit\u00e9, une solidit\u00e9 des liens de l&rsquo;\u00e9quipe pour r\u00e9sister \u00e0 \u00ab la \u00bb solution propos\u00e9e d&#8217;embl\u00e9e :<\/p>\n<p> \u2018devant toute situation difficile (o\u00f9 est la limite de cette difficult\u00e9 ?) une hospitalisation sans consentement permet d&rsquo;\u00eatre s\u00fbr qu&rsquo;un soin va \u00eatre install\u00e9, et surtout couvre le psychiatre et son \u00e9quipe pour tout type de risque&rsquo; ! La couverture est tir\u00e9e !<\/p>\n<p>Les magistrats pr\u00e9voient ce qui va se passer dans leur texte pages 2, 3 et 4 ; ils disent que \u00ab la tentation sera forte de recourir \u00e0 une hospitalisation sous contrainte \u00bb, \u00ab d&rsquo;autant qu&rsquo;il est \u00e9vident qu&rsquo;en 72 h de \u2018garde \u00e0 vue&rsquo; la personne n&rsquo;est pas souvent en mesure de donner son avis \u00bb. enfin un commentaire lucide.<\/p>\n<p>En r\u00e9alit\u00e9 ce que les magistrats ne disent pas, car ils l&rsquo;ignorent n&rsquo;\u00e9tant pas acteurs du soin, c&rsquo;est que ce choix du refus de prendre de risque se fait d\u00e9j\u00e0 et trop souvent depuis 1990 (nos Inspecteurs qui ne sont pas \u2018soignants&rsquo; n&rsquo;ont pas su d\u00e9pister cette raison majeure de l&rsquo;\u00e9chec de la loi de 1990). En fait la pratique du soin psychique n&rsquo;est qu&rsquo;une constante prise de risque !<\/p>\n<p>Cette affirmation est d&rsquo;autant plus importante \u00e0 donner que l&rsquo;absence de soutien des \u00e9quipes de secteur par l&rsquo;Etat a commenc\u00e9 lui aussi pr\u00e9cis\u00e9ment en 1990 avec la fermeture du \u2018Bureau de la psychiatrie&rsquo; du Minist\u00e8re de la sant\u00e9. Depuis ce moment un nombre d&rsquo;\u00e9quipes de plus en plus important s&rsquo;est d\u00e9grad\u00e9, par manque de soutien du minist\u00e8re. Et il est clair que chaque d\u00e9gradation a accentu\u00e9 ce mouvement de \u00ab facilit\u00e9 \u00bb qui depuis 1990 permet de choisir plus \u2018facilement&rsquo; le recours \u00e0 l&rsquo;hospitalisation sous contrainte.<\/p>\n<p>Le hasard veut que ces jours derniers un article provenant du Canada nous informe de la d\u00e9rive actuelle des soins sous contraintes au Qu\u00e9bec. [2] Le d\u00e9tour vaut la peine, lisez-le.<\/p>\n<p>A ce point pr\u00e9cis il m&rsquo;apparait indispensable d&rsquo;\u00e9clairer \u00e0 notre tour les magistrats sur ce qui se passe concr\u00e8tement dans ces moments de soin des troubles aigus, en nous appuyant sur deux donn\u00e9es, l&rsquo;une concernant les patients, l&rsquo;autre concernant les soignants.<\/p>\n<p>Nous devons d&rsquo;abord insister sur un fait propre aux troubles psychiques graves : ces personnes sont le plus souvent dans la m\u00e9connaissance de la r\u00e9alit\u00e9 de leurs troubles et refusent la nature psychique de ceux-ci. Ceci constitue la difficult\u00e9 la plus importante du traitement psychique. Personne ne peut \u2018violer&rsquo; l&rsquo;esprit d&rsquo;une personne et lui imposer une soit disant v\u00e9rit\u00e9. Il doit y acc\u00e9der en s&rsquo;appuyant sur sa propre confiance en lui. Tout le travail du soin est fait de l&rsquo;\u00e9laboration des mots, des attitudes qui vont permettre \u00e0 la personne de quitter cette position \u2018b\u00e9tonn\u00e9e&rsquo;, celle de son d\u00e9lire, et de commencer \u00e0 \u00e9tablir des liens (rien de cela ne peut s&rsquo;obtenir sous la contrainte). Les conditions pour que ceci \u00e9volue vers une ouverture sont nombreuses, parmi elles la connaissance ant\u00e9rieure du patient par tel ou tel membre de l&rsquo;\u00e9quipe, ensuite la qualit\u00e9 r\u00e9elle du travail d&rsquo;\u00e9quipe (qui n\u00e9cessite d&rsquo;avoir pu \u00e9carter les conflits interpersonnels existant dans toute \u00e9quipe mais qui l\u00e0 sont de vraies \u2018barri\u00e8res au traitement&rsquo;, ceci n\u00e9cessite que les psychiatres fassent un travail d&rsquo;\u00e9laboration suffisant et clair pour tous pour comprendre les d\u00e9lires et les troubles), ensuite la disponibilit\u00e9 suffisante, &#8230; A ce prix le patient va se sentir en terrain humain, non hostile, enfin accueillant (nous avons beaucoup insist\u00e9 tout au long de notre carri\u00e8re sur l&rsquo;importance d&rsquo;un accueil suffisamment long, ouvert et d\u00e9ploy\u00e9 avant tout soin, en particulier lors des \u2018indications&rsquo; d&rsquo;hospitalisation).[3]<\/p>\n<p>Quant aux soignants, je dois ici faire un aveu : dans mes diff\u00e9rents \u00e9crits depuis 40 ans j&rsquo;ai toujours \u00e9vit\u00e9 de d\u00e9crire la difficult\u00e9 \u2018humaine&rsquo; du travail des soignants en psychiatrie. Je croyais que c&rsquo;\u00e9tait par pudeur et qu&rsquo;il y avait plus urgent. Je pense avoir commis l\u00e0 une grave erreur, j&rsquo;ai en r\u00e9alit\u00e9 laiss\u00e9 dans l&rsquo;ombre la souffrance de mes collaborateurs. Quand apr\u00e8s ma retraite je me suis trouv\u00e9 proche du pr\u00e9sident de l&rsquo;UNAFAM , \u00e0 chaque fois que j&rsquo;abordais ce th\u00e8me, il m&rsquo;arr\u00eatais en me disant \u00ab Docteur assez vous n&rsquo;allez pas nous faire pleurer \u00bb, j&rsquo;avais en effet assez \u00e9cout\u00e9 les t\u00e9moignages des familles pour percevoir leur douleur extr\u00eame, accrue par le fait que rares sont celles que les psychiatres acceptent de recevoir  (nous n&rsquo;avons pas tous encore compris aujourd&rsquo;hui que le soin psychique ne peut se faire pour une personne que si sa famille est simultan\u00e9ment \u00ab accompagn\u00e9e \u00bb). J&rsquo;arr\u00eatais pour ne pas d\u00e9battre de qui souffrait le plus. Mais je comprends aujourd&rsquo;hui que j&rsquo;aurai d\u00fb persister, car ce qui n&rsquo;est jamais dit avec assez de clart\u00e9 c&rsquo;est l&rsquo;\u00ab extr\u00eame \u00bb difficult\u00e9 que rencontre un soin humain en psychiatrie, du fait de sa complexit\u00e9 et de ses dimensions non apparentes. Il faut que chaque soignant accepte de vivre une partie de la douleur du patient, qu&rsquo;il vive cette empathie, qu&rsquo;il accepte les doutes qui l&rsquo;envahissent \u00e0 chaque fois lui-m\u00eame profond\u00e9ment, qu&rsquo;il vive son impuissance devant le mur de la toute puissance du d\u00e9lire, qu&rsquo;il accepte d&rsquo;\u00eatre mis \u00e0 mal publiquement par tel ou tel patient (totalement inconscient de son attitude la plupart du temps, parfois en partie conscient), tout ceci la famille le vit, mais c&rsquo;est l&rsquo;un des \u2018leurs&rsquo;, alors que les soignants ne sont pas gratifi\u00e9s par un attachement familial, ils sont dans la solitude. Ceci toujours, mais quand en plus l&rsquo;\u00e9quipe pour une raison ou une autre est d\u00e9stabilis\u00e9e (manque d&rsquo;effectif r\u00e9cent, maladie du chef de service, ou, plus grave, un conflit d&rsquo;\u00e9quipe) la vie des soignants peut devenir humainement insupportable parce que chacun se sent atteint au plus profond de lui-m\u00eame, d\u00e9valoris\u00e9, bless\u00e9 ; les psychiatres souffrent certes mais ils sont les plus prot\u00e9g\u00e9s en raison de leur formation longue, de leur autorit\u00e9, de leur pouvoir ; par contre leur responsabilit\u00e9 est d\u00e9terminante pour la vie de l&rsquo;\u00e9quipe ; ce sont eux qui construisent la coh\u00e9sion indispensable \u00e0 l&rsquo;origine d&rsquo;une vraie vie d&rsquo;\u00e9quipe ; sa d\u00e9faillance va peser sur l&rsquo;\u00e9quipe plus qu&rsquo;un manque d&rsquo;effectif ; une \u00e9quipe de secteur ne tient que par un travail de formation permanente en interne travaillant la rencontre entre th\u00e9ories et pratique, en continuit\u00e9 avec la souffrance singuli\u00e8re de chaque patient et du contexte environnant de chacun d&rsquo;entre eux ; ce travail n\u00e9cessite aussi l&rsquo;\u00e9laboration de contrats tacites avec toutes les institutions du secteur. Si ce climat n&rsquo;est pas cr\u00e9\u00e9 il faut affirmer avec force que les soignants vont vivre un enfer qui est rarement d\u00e9crit : c&rsquo;est la solitude du v\u00e9cu de chaque soignant face \u00e0 la folie des patients, ce sont tous les d\u00e9g\u00e2ts que cette rencontre provoque si les soignants ne sont ni form\u00e9s, ni prot\u00e9g\u00e9s par l&rsquo;\u00e9quipe : les infirmiers en premi\u00e8re ligne ; on pense que les psychologues ont une place plus facile en raison de leur formation, en r\u00e9alit\u00e9 leur solitude dans une \u00e9quipe non coh\u00e9rente, est extr\u00eame ; le personnel moins form\u00e9 souffre aussi mais paradoxalement il peut s&rsquo;en sortir mieux ayant moins d&rsquo;imp\u00e9ratifs sur le plan du lien relationnel aupr\u00e8s des patients.<\/p>\n<p>Cette description peut paraitre loin de la loi actuelle. Il n&rsquo;en est rien car cette loi fait totalement abstraction de la complexit\u00e9 et de la p\u00e9nibilit\u00e9 du travail de soin. Nous les psychiatres, qui animons si bien les discours, ne prenons pas assez le temps de montrer qu&rsquo;aucun travail de soin ne se fait sans un partage profond de la souffrance. Pour cette raison toutes les proc\u00e9dures de management import\u00e9es d&rsquo;ailleurs pour la psychiatrie par nos administrations nous feraient sourire s&rsquo;il n&rsquo;y avait en arri\u00e8re plan cette souffrance. L&rsquo;exercice de l&rsquo;autorit\u00e9 et la hi\u00e9rarchie n&rsquo;ont aucun sens et aucun effet positif en psychiatrie de service public (le priv\u00e9 partage les m\u00eames exigences, mais s&rsquo;appuie sur des liens beaucoup plus confortables : ceux de la cooptation de tous les membres de l&rsquo;\u00e9quipe entre eux, cooptation absente du service public : nous devons l\u00e0 \u00e9tablir la m\u00eame qualit\u00e9 de liens avec tous les acteurs pr\u00e9sents dans l&rsquo;\u00e9quipe o\u00f9 nous arrivons, sans accord pr\u00e9alable, ni libre choix).<\/p>\n<p>Dans un tel \u2018contexte&rsquo; de souffrance, le seul r\u00e9flexe possible des soignants est de ne prendre aucun risque, et d&rsquo;avoir recours \u00e0 la contrainte, c&rsquo;est ce que font peu \u00e0 peu les psychiatres depuis 1990, et la pr\u00e9sence du tiers au lieu de diminuer le recours \u00e0 la contrainte le soutient : 20 ans d&rsquo;exp\u00e9rience l&rsquo;ont prouv\u00e9.<\/p>\n<p>Cette description \u00e9tait n\u00e9cessaire pour appr\u00e9cier l&rsquo;absurdit\u00e9 des \u2018protocoles&rsquo; de la future loi.<\/p>\n<p>Pr\u00e9voyant une garde \u00e0 vue de 72h (comment oser pr\u00e9tendre que ce temps est suffisant pour cr\u00e9er la confiance, et \u00e9tablir des liens avec un patient ?) il est \u00e9vident que cette obligation ne peut d\u00e9boucher que sur une \u00ab imposition \u00bb d&rsquo;un soin non consenti, et que tout ce qui va suivre apr\u00e8s ne sera que provocations amenant les patients \u00e0 n&rsquo;avoir qu&rsquo;une id\u00e9e \u2018obs\u00e9dante&rsquo; tout au long de leur \u2018carri\u00e8re de patient&rsquo; : se d\u00e9fendre contre des personnes aussi hostiles.<\/p>\n<p>Nous ne reprenons pas ici le texte \u2018magistral&rsquo; de la magistrature critiquant avec pr\u00e9cisions et prudence le projet de loi. Il est assez \u00e9loquent. <\/p>\n<p>Il n&rsquo;est pas question non plus de l&rsquo;interpr\u00e9ter, il est tr\u00e8s clair, chacun le lira et se l&rsquo;appropriera.<\/p>\n<p>Par contre nous voulons insister fortement sur un autre aspect non abord\u00e9 par la loi ; cet aspect manque douloureusement aux yeux des familles et des usagers qui se sont mobilis\u00e9es pour l&rsquo;obtenir entre 2001 et 2005, la compl\u00e9mentarit\u00e9 de l&rsquo;action sociale.<\/p>\n<p>En effet une autre gravit\u00e9 de ce projet c&rsquo;est de donner une image fausse de la folie : elle la \u2018dit&rsquo; dangereuse, alors que nous savons que les patients ne commettent pas plus de crimes que le reste de la population, par contre qu&rsquo;ils sont 17 fois plus souvent victimes de d\u00e9lits. Mais surtout leur folie a des cons\u00e9quences sociales et relationnelles tr\u00e8s lourdes qui vont provoquer des pertes de logement, de ressources, du travail, de leurs amis, voire de leur famille.<\/p>\n<p>Cette loi l&rsquo;ignore et ne parle que de soins. Elle d\u00e9capite la Sant\u00e9 Mentale ! Les patients ont simultan\u00e9ment besoin de toute une suite d&rsquo;accompagnements sociaux. La France s&rsquo;est dot\u00e9e d&rsquo;une loi remarquable pour faire face \u00e0 ces difficult\u00e9s et apporter les compensations adapt\u00e9es : c&rsquo;est la loi du 11-2-2005 sur l&rsquo;\u00e9galit\u00e9 des chances et des droits des personnes handicap\u00e9es proposant mesures personnelles et services vari\u00e9s, dont le plus modeste mais le plus ing\u00e9nieux est le GEM Groupe d&rsquo;Entraide Mutuelle. C&rsquo;est de tout cet ensemble \u2018coordonn\u00e9&rsquo;, soins \u2018et&rsquo; compensations sociales, dont ont besoin les patients. Ce projet est tr\u00e8s grave parce qu&rsquo;il donne une id\u00e9e fausse de la folie et de ses cons\u00e9quences : il se limite aux soins, alors qu&rsquo;en l&rsquo;absence de compensations sociales les patients sont vou\u00e9s \u00e0 la rue, \u00e0 l&rsquo;abandon, \u00e0 la prison. <\/p>\n<p>Au total nous remercions profond\u00e9ment les magistrats d&rsquo;avoir pass\u00e9 en examen avec autant d&rsquo;attention, sans pol\u00e9mique ni agressivit\u00e9 ce projet de loi.<\/p>\n<p>Mais cette \u00e9tape n&rsquo;est pas suffisante, il est essentiel qu&rsquo;ils puissent continuer leur r\u00e9flexion avec les professionnels de la psychiatrie, avec ceux de l&rsquo;action sociale, et avec les grandes associations nationales de familles l&rsquo;UNAFAM et d&rsquo;usagers de la Sant\u00e9 Mentale la FNAPSY ;  ce n&rsquo;est que sous l&rsquo;effet de nos regards crois\u00e9s et d&rsquo;une attention commune et compl\u00e9mentaire que nous pourrons, \u00e0 la place de ce projet dangereux parce que \u2018non humain&rsquo; pour toute la soci\u00e9t\u00e9 (qui ne donnera-t-elle pas le \u2018droit&rsquo; d&rsquo;interner, tout en se prot\u00e9geant par tous les papiers officiels que l&rsquo;on peut toujours d\u00e9tourner ?), proposer un \u00ab Plan cadre \u00bb pour l&rsquo;ensemble de la Sant\u00e9 Mentale associant psychiatrie, action sociale, et pr\u00e9vention.<\/p>\n<p>Rappelons que la France est en avance sur la plupart des pays car elle a entre ses mains d\u00e9j\u00e0 cet ensemble indissociable \u2018politique de secteur&rsquo; (qui malgr\u00e9 les obstacles en 50 ans a fait preuve de son efficacit\u00e9), et loi du 11-2-2005 reconnaissant l&rsquo;appui social compl\u00e9mentaire indispensable. Les hommes sont l\u00e0, les outils sont l\u00e0, ce qui manque c&rsquo;est la confiance des m\u00e9dias, des \u00e9lus pour leur permettre d&rsquo;\u00e9tablir une continuit\u00e9, une confiance suffisantes mettant l&rsquo;humain de chacun de nous au service de la souffrance de nos proches.<\/p>\n<p>[1] (\u00ab Quel accueil pour la folie ? \u00bb champs social \u00e9ditions, collection dirig\u00e9e par Yves Gigou, p 147 et s).<\/p>\n<p>[2] D\u00e9nonciation des gardes forc\u00e9es en psychiatrie, Radio-Canada &#8211; 21 f\u00e9vr. 2011<br \/>\nUne dizaine de personnes se sont pr\u00e9sent\u00e9es lundi au bureau du ministre de la Sant\u00e9 et des Services sociaux du Qu\u00e9bec, Yves Bolduc, pour lui demander &#8230;<\/p>\n<p>[3] Association Accueils, et \u00ab Les urgences de la folie. L&rsquo;accueil en sant\u00e9 mentale \u00bb, Ga\u00ebtan morin, 1998<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>http:\/\/blogs.mediapart.fr\/edition\/contes-de-la-folie-ordinaire\/article\/020311\/le-syndicat-de-la-magistrature-condamne-san par Docteur Guy Baillon, Psychiatre des H\u00f4pitaux Le projet gouvernemental est en effet invalid\u00e9&hellip;<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[600],"tags":[],"class_list":["post-23919","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-contraintes-et-liberte"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.uspsy.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/23919","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.uspsy.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.uspsy.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.uspsy.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.uspsy.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=23919"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.uspsy.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/23919\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.uspsy.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=23919"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.uspsy.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=23919"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.uspsy.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=23919"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}