{"id":23920,"date":"2011-03-03T14:39:00","date_gmt":"2011-03-03T13:39:00","guid":{"rendered":"https:\/\/www.uspsy.fr\/?p=23920"},"modified":"2011-03-03T14:39:00","modified_gmt":"2011-03-03T13:39:00","slug":"article-mediapart-du-3-mars-2011","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.uspsy.fr\/?p=23920","title":{"rendered":"Article Mediapart du 3 mars 2011 : La menace d&rsquo;\u00eatre en permanence sous surveillance"},"content":{"rendered":"<p>http:\/\/blogs.mediapart.fr\/edition\/contes-de-la-folie-ordinaire\/article\/030311\/la-menace-detre-en-permanence-sous-surveill<\/p>\n<p>par Paul Machto<\/p>\n<p>Le projet de loi sur les soins sans consentement ? C&rsquo;est \u00abla menace d&rsquo;\u00eatre en permanence sous surveillance et une sortie d&rsquo;essai \u00e0 vie! C&rsquo;est un contr\u00f4le insupportable!\u00bb Les patients se saisissent de la parole pour dire ce qu&rsquo;ils pensent d&rsquo;un projet de loi qui les concerne au premier chef.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s les \u00ab V.I.P. en psy \u00bb, les Voix Is\u00e9roises des Patients en psy, le Groupe d&rsquo;Entraide Mutuelle La Locomotive, le Club th\u00e9rapeutique le Grillon de Reims, les adh\u00e9rents de la RadioCitron [1] viennent d&rsquo;\u00e9crire aux D\u00e9put\u00e9s et vont saisir les s\u00e9nateurs. Salutaire! <\/p>\n<p>Paris, le 2 mars 2011.<\/p>\n<p>Mesdames et Messieurs les D\u00e9put\u00e9s,<\/p>\n<p>Un projet de loi va vous \u00eatre soumis \u00e0 la mi-mars concernant la psychiatrie. En tant que patients et en tant qu&rsquo;animateurs de Radio Citron, nous avons lu attentivement ce projet de loi et nous tenons \u00e0 attirer votre attention sur diff\u00e9rents points.<\/p>\n<p>La substitution de la notion d&rsquo;hospitalisation sous contrainte par la notion de soins sous contrainte repr\u00e9sente pour le patient la menace d&rsquo;\u00eatre en permanence sous surveillance, m\u00eame bien apr\u00e8s la crise et jusque dans son espace priv\u00e9. En cas de soup\u00e7on de discontinuit\u00e9 d&rsquo;observance, le patient serait r\u00e9hospitalis\u00e9 d&rsquo;office, ce qui \u00e9quivaut \u00e0 \u00eatre une sortie d&rsquo;essai \u00e0 vie : c&rsquo;est un contr\u00f4le insupportable.<\/p>\n<p>Le fichage et la surveillance par un comit\u00e9 sp\u00e9cial d\u00e8s l&rsquo;hospitalisation d&rsquo;office, en plus du psychiatre, \u00e0 l&rsquo;encontre du patient m\u00eame stabilis\u00e9 ou gu\u00e9ri, la d\u00e9cision d&rsquo;un juge ou d&rsquo;un pr\u00e9fet sur le placement, le prolongement et la lev\u00e9e de l&rsquo;enfermement, la d\u00e9nonciation des soignants aupr\u00e8s d&rsquo;eux, le protocole de soins \u00e9tabli par le Conseil d&rsquo;Etat, protocole st\u00e9r\u00e9otyp\u00e9 et non personnalis\u00e9, l&rsquo;accaparement des psychiatres \u00e0 des fins d&rsquo;expertise aupr\u00e8s des juges au lieu des soins, les jours d&rsquo;hospitalisation compl\u00e8te impos\u00e9s pour d\u00e9buter les soins, la suppression totale des sorties d&rsquo;essai, l&rsquo;agitation proc\u00e9duri\u00e8re nuisant au patient, toutes ces mesures et bien d&rsquo;autres encore dans ce projet sont d\u00e9mesur\u00e9ment s\u00e9curitaires.<\/p>\n<p>Rappelons qu&rsquo;un patient en psychiatrie n&rsquo;est pas un d\u00e9linquant, mais un sujet de droit, qui, pour un moment, peut avoir le discernement amoindri. Verrouiller encore plus l&rsquo;h\u00f4pital psychiatrique, favoriser l&rsquo;enfermement et la m\u00e9dication, consid\u00e9rer les personnes comme dangereuses, et \u00e0 vie, n&rsquo;est pas la solution \u00e0 cette souffrance. C&rsquo;est m\u00eame pathog\u00e8ne.<\/p>\n<p>Pourquoi donc nous enfermer, nous surveiller et nous contraindre pour une dangerosit\u00e9 suppos\u00e9e, quand toutes les \u00e9tudes men\u00e9es d\u00e9montrent que nous ne sommes pas plus dangereux que les autres ? M\u00eame, les malades psychiques sont 300 fois plus susceptibles d&rsquo;\u00eatre attaqu\u00e9s par des gens non malades, que l&rsquo;inverse. L&rsquo;\u00e9v\u00e9nement qu&rsquo;\u00e9voque Nicolas Sarkozy dans son discours d&rsquo;Anthony en 2008 est l&rsquo;exception. Alors pourquoi nous stigmatiser ? Et pourquoi vouloir soumettre cette loi en urgence, alors qu&rsquo;elle est loin d&rsquo;\u00eatre anodine, et qu&rsquo;elle est lourde de cons\u00e9quences pour nous ?<\/p>\n<p>En fait, cette r\u00e9forme est compl\u00e8tement centr\u00e9e sur une prise en charge autoritaire de la maladie psychique, contre la libert\u00e9 individuelle et contre toute logique de r\u00e9sultat parce qu&rsquo;elle ne prend pas en compte l&rsquo;id\u00e9e d&rsquo;un contrat responsable entre patient et psychiatre, et donc la possibilit\u00e9 pour le patient de n\u00e9gocier sa prise en charge librement avec les soignants, ce qui garantit l&rsquo;observance du soin.<\/p>\n<p>Les soins efficaces, qui laissent au patient la possibilit\u00e9 d&rsquo;adh\u00e9rer librement au soin et lui permettent donc d&rsquo;\u00eatre un je-sujet de son \u00eatre, de sa vie, capable de penser sa maladie, la mettre en perspective, en comprendre la source de ce fait, la d\u00e9samorcer en partie ou compl\u00e8tement, et \u00e9viter un \u00e9ventuel passage \u00e0 l&rsquo;acte, les soins qui permettent le lien transitionnel avec les soignants, les soins humains, la parole, les entretiens, les activit\u00e9s sociales et cr\u00e9atives, ces soins efficaces ne sont pas soutenus par cette loi, au contraire elle les met en p\u00e9ril, contre toute raison. De plus, contraindre aux soins m\u00e9dicamenteux certains patients est si violent que l&rsquo;ambiance des unit\u00e9s de soins psychiatriques s&rsquo;en trouvera d\u00e9t\u00e9rior\u00e9e. Poser un jugement de dangerosit\u00e9 et d'\u00a0\u00bbirr\u00e9cup\u00e9rabilit\u00e9\u00a0\u00bb sur un patient, c&rsquo;est lui donner la sensation qu&rsquo;il est traqu\u00e9, par tous et partout, et cela favorise les passages \u00e0 l&rsquo;acte violents. Or les malades psychiques ont souvent subi une maltraitance dans leur jeunesse, source de pathologies. Car c&rsquo;est par trop de souffrance que l&rsquo;esprit cherche des solutions qui parfois g\u00e9n\u00e8rent des pathologies. Verrouiller encore plus l&rsquo;h\u00f4pital psychiatrique, l&rsquo;enfermement et la m\u00e9dication, les consid\u00e9rer comme dangereux, \u00e0 vie, n&rsquo;est donc pas la solution \u00e0 cette souffrance.<\/p>\n<p>Cette loi nous propose d&rsquo;aller mal, \u00e0 vie. Elle est totalement contre-productive. Qui y gagne ? Ni les malades, ni la soci\u00e9t\u00e9, ni la s\u00e9curit\u00e9.<\/p>\n<p>D\u00e9j\u00e0, nous connaissons depuis quelques ann\u00e9es une augmentation des hospitalisations d&rsquo;office, pas parce que nous sommes plus dangereux ou plus nombreux \u00e0 \u00eatre malades, mais parce que beaucoup de structures de proximit\u00e9, interm\u00e9diaires, qui accueillaient la parole des patients, on \u00e9t\u00e9 ferm\u00e9es, alors qu&rsquo;elles constituaient un v\u00e9ritable outil de pr\u00e9vention des risques et dont se saisissaient les patients. Celles qui restent manquent de moyens, de personnel, les attentes pour des rendez-vous sont dangereusement longues. Telle structure a vu en quelques mois son nombre d&rsquo;hospitalisations d&rsquo;office \u00eatre multipli\u00e9 par&#8230; 10 ! Par 10 ! Alors que les pathologies restent les m\u00eames. Que se passe-t-il ? Le pr\u00e9fet semble signer l&rsquo;enfermement \u00e0 tour de bras, comme le psychiatre, mais h\u00e9site \u00e0 signer les lev\u00e9es : ils ont peur d&rsquo;\u00eatre jug\u00e9s trop laxistes&#8230; non pour le bien du patient, ni pour celui de la soci\u00e9t\u00e9 ! Voici des cons\u00e9quences d\u00e9j\u00e0 visibles de l&rsquo;esprit de cette loi.<\/p>\n<p>Toute hospitalisation d&rsquo;office est toujours extr\u00eamement violente pour le patient. Tous nos t\u00e9moignages personnels sont terrifiants. Nous en gardons un traumatisme \u00e0 vie. L&rsquo;hospitalisation doit de toute fa\u00e7on \u00eatre soigneusement r\u00e9fl\u00e9chie et durer le moins possible. Or ce n&rsquo;est pas du tout le sens de cette loi.<\/p>\n<p>Si le grand public et notre entourage sont amen\u00e9s \u00e0 penser que nous sommes dangereux au point de nous contraindre, de nous enfermer \u00e0 ce point, de nous contr\u00f4ler \u00e0 ce point, de nous \u00ab\u00a0judiciariser\u00a0\u00bb et qui plus est, d&rsquo;urgence, quelle image de nous et quelle r\u00e9action vont-ils avoir ? Et nous, quelle image pouvons-nous avoir de nous-m\u00eames ? Et vous, si vous craquez ? Comment va se comporter une population persuad\u00e9e que tous les malades sont dangereux, ou que tous les dangereux sont enferm\u00e9s ?<\/p>\n<p>Aussi, dans un souci d&rsquo;efficacit\u00e9 des soins, comme dans un souci d&rsquo;une soci\u00e9t\u00e9 capable de se pencher avec raison sur les v\u00e9ritables dangerosit\u00e9s dans notre vie \u00e0 tous, dans un souci de justice et de justesse, nous refusons chaque terme de cette r\u00e9forme. Ces actes risquent d&rsquo;\u00eatre perp\u00e9tr\u00e9s en votre nom, en notre nom.<\/p>\n<p>Ne sacrifions pas des citoyens qui souffrent, qui se battent individuellement pour se soigner, et toute la profession qui avait tant progress\u00e9 pour le bien de toute la soci\u00e9t\u00e9. Nous souffrons de ce projet. Nous faisons peu de bruit parce que nous sommes surtout occup\u00e9s \u00e0 tenir et nous soigner. Mais nous sommes l\u00e0, nombreux, \u00e0 vouloir nous soigner correctement et rester citoyens libres et responsables.<\/p>\n<p>Ne nous enfermez pas dans des h\u00f4pitaux-prisons, dans une image terrible, dans des contraintes et des protocoles de soins st\u00e9r\u00e9otyp\u00e9s, par peur ! Au nom d&rsquo;un principe illusoire de pr\u00e9caution. Aidez-nous, au contraire, car nous souhaitons aller mieux, souffrir moins et avoir notre place, utile et l\u00e9gitime, dans notre soci\u00e9t\u00e9.<\/p>\n<p>Mesdames et messieurs les d\u00e9put\u00e9s, vous nous repr\u00e9sentez, nous vous demandons de porter nos voix et notre refus l\u00e9gitime de cette loi, lors du d\u00e9bat \u00e0 l&rsquo;Assembl\u00e9e Nationale.<\/p>\n<p>Veuillez recevoir nos salutations citoyennes.<\/p>\n<p>Les patients et animateurs de radiocitron.com<\/p>\n<p>[1] La RadioCitron r\u00e9unit les adh\u00e9rents de l&rsquo;association l&rsquo;\u00c9lan retrouv\u00e9 \u00e0 Paris, qui fr\u00e9quentent l&rsquo;h\u00f4pital de jour, le Service d&rsquo;Aide \u00e0 la Vie Sociale, et le centre de Socioth\u00e9rapie. Le site et l&rsquo;\u00e9coute :  http:\/\/www.radiocitron.com\/<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>http:\/\/blogs.mediapart.fr\/edition\/contes-de-la-folie-ordinaire\/article\/030311\/la-menace-detre-en-permanence-sous-surveill par Paul Machto Le projet de loi sur les soins sans consentement ? 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