{"id":23926,"date":"2011-03-04T14:56:00","date_gmt":"2011-03-04T13:56:00","guid":{"rendered":"https:\/\/www.uspsy.fr\/?p=23926"},"modified":"2011-03-04T14:56:00","modified_gmt":"2011-03-04T13:56:00","slug":"article-du-monde-du-4-mars-2011-la1463","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.uspsy.fr\/?p=23926","title":{"rendered":"Article du Monde du 4 mars 2011 : La psychiatrie, une destruction totale"},"content":{"rendered":"<p>\u00ab\u00a0Troubles du comportement li\u00e9s \u00e0 une carence affective grave\u00a0\u00bb. Les syllabes sont  d\u00e9tach\u00e9es m\u00e9caniquement, le regard baiss\u00e9 sur un dossier m\u00e9dical \u00e9pais de 23 ann\u00e9es de psychiatrie. Dans la voix de Christelle Rosar, 39  ans, ce diagnostic accol\u00e9 \u00e0 son cas d\u00e8s son premier internement ont la r\u00e9sonance de mots \u00e9trangers : elle ne se reconna\u00eet pas dans les \u00ab\u00a0\u00e9tiquettes\u00a0\u00bb que lui ont donn\u00e9es les psychiatres.<\/p>\n<p>La parole abrupte, Christelle revient sur un pass\u00e9 qui l&rsquo;a conduite dans les bureaux d&rsquo;Advocacy, une association d&rsquo;anciens patients. Impossible de compter le nombre de s\u00e9jour en h\u00f4pital psychiatrique. Une vingtaine au moins, dont la moiti\u00e9 contre son gr\u00e9. Elle d\u00e9couvre l&rsquo;h\u00f4pital \u00e0 l&rsquo;\u00e2ge de 16 ans, pour y rester intern\u00e9e jusqu&rsquo;\u00e0 la majorit\u00e9.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0J&rsquo;\u00e9tais tr\u00e8s r\u00e9volt\u00e9e, explique-t-elle, quand on m&rsquo;agresse je r\u00e9ponds rapidement\u00a0\u00bb, avant de corriger : \u00ab\u00a0je r\u00e9pondais\u00a0\u00bb. Elle \u00e9voque, avec difficult\u00e9, une enfance maltrait\u00e9e. \u00ab\u00a0\u00c7a me prend \u00e0 la gorge de vous dire \u00e7a\u00a0\u00bb, avance-t-elle, en esquissant un sourire g\u00ean\u00e9. Adolescente, elle voulait \u00ab\u00a0tuer sa m\u00e8re\u00a0\u00bb.  Elle tra\u00eene l&rsquo;amertume de ne pas \u00ab\u00a0avoir eu de vie d&rsquo;enfant, l&rsquo;impression d&rsquo;\u00eatre n\u00e9e adulte\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>D\u00e8s son premier internement, ce sont les s\u00e9jours \u00e0 l&rsquo;h\u00f4pital qui cadencent sa vie. Deux fois, elle est hospitalis\u00e9e d&rsquo;office : elle a tent\u00e9 d&rsquo;incendier le cabinet de sa psychiatre, puis son centre m\u00e9dical psychiatrique (CMP). Elle dit subir les internements r\u00e9clam\u00e9s par son ami qui invoque des probl\u00e8mes d&rsquo;alcool, des tentatives de suicide. Mais loin de l&rsquo;aider \u00e0 se r\u00e9ins\u00e9rer, l&rsquo;univers psychiatrique nourrit ses angoisses. Avec amertume, Christelle d\u00e9crit ce qu&rsquo;elle consid\u00e8re comme des stigmatisations : \u00ab\u00a0parano\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0psychopathe\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0dangereuse\u00a0\u00bb : \u00ab\u00a0la totale\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Surtout, elle \u00e9voque l&rsquo;impossibilit\u00e9 d&rsquo;\u00eatre \u00e9cout\u00e9e. Elle affirme vouloir comprendre son histoire. On l&rsquo;attache, lui injecte des produits. Elle reconna\u00eet la n\u00e9cessit\u00e9 d&rsquo;\u00eatre calm\u00e9e \u00ab\u00a0lorsqu&rsquo;on p\u00e8te un plomb\u00a0\u00bb mais insiste sur ce qu&rsquo;elle dit avoir v\u00e9cu comme \u00ab\u00a0une destruction totale\u00a0\u00bb : des soins qui se r\u00e9sument \u00e0 l&rsquo;administration de m\u00e9dicaments.<\/p>\n<p>Source : Avec les m\u00e9dicaments, \u00ab\u00a0on est un l\u00e9gume\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>C&rsquo;est pourtant vers l&rsquo;h\u00f4pital qu&rsquo;elle se tourne de nombreuses fois, volontairement. Peur de l&rsquo;\u00e9chec, du regard des autres, le retour \u00e0 la cit\u00e9 est tout aussi douloureux : \u00ab\u00a0je ne pouvais pas rester dehors, le seul endroit o\u00f9 j&rsquo;avais v\u00e9cu, c&rsquo;\u00e9tait l&rsquo;h\u00f4pital\u00a0\u00bb. Entre stages et formations, Christelle continue de suivre des traitements m\u00e9dicamenteux. A ses rendez-vous au CMP, on la \u00ab\u00a0for\u00e7ait \u00e0 ouvrir la bouche, pour voir si le m\u00e9dicament avait bien \u00e9t\u00e9 pris\u00a0\u00bb. Une forme d&rsquo;obligation de soins de facto. Si la contrainte des soins est syst\u00e9matis\u00e9e par une loi, \u00ab\u00a0c&rsquo;est l&#8217;emprisonnement \u00e0 vie\u00a0\u00bb, estime Christelle.<\/p>\n<p>Install\u00e9e \u00e0 son bureau, elle montre du regard un dessin pos\u00e9 sur la table : des oiseaux sur un arbre. \u00ab\u00a0Avant je dessinais des tombes\u00a0\u00bb, dit-elle avec un sourire. Ce changement de symbole, elle l&rsquo;attribue \u00e0 Advocacy et son contrat dans l&rsquo;association, qui lui a permis de retourner \u00e0 la vie \u00ab\u00a0ordinaire\u00a0\u00bb. Autour d&rsquo;ateliers et d&rsquo;activit\u00e9s, l&rsquo;association affiche l&rsquo;objectif d&rsquo;offrir un espace \u00e0 ceux qui se se sentent \u00ab\u00a0insuffisamment respect\u00e9s par les interlocuteurs institutionnels\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Dans les locaux, on rencontre d&rsquo;anciens patients, des formateurs, des b\u00e9n\u00e9voles, aucun psychiatre. Depuis son arriv\u00e9e \u00e0 l&rsquo;association en 2009, Christelle assure se sentir \u00ab\u00a0libre\u00a0\u00bb. Affirmant ne pas \u00ab\u00a0trop conna\u00eetre les psychoth\u00e9rapeutes\u00a0\u00bb, elle estime que c&rsquo;est le dialogue qui l&rsquo;aide d\u00e9sormais \u00e0 r\u00e9soudre les crises.<\/p>\n<p>Source : L&rsquo;\u00e9coute pour \u00ab\u00a0temporiser\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Avant son arriv\u00e9e \u00e0 Advocacy, elle \u00ab\u00a0arrivait \u00e0 peine \u00e0 dire son pr\u00e9nom\u00a0\u00bb ; elle prend maintenant la parole en public et acquiert du vocabulaire : \u00ab\u00a0stipuler\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0inaccessibilit\u00e9\u00a0\u00bb, cite-t-elle, fi\u00e8rement. Cat\u00e9gorique, Christelle Rosar rejette tout traitement m\u00e9dicamenteux : \u00ab\u00a0C&rsquo;est la parole qui m&rsquo;a lib\u00e9r\u00e9e et qui m&rsquo;a fait avancer. Et je compte bien encore avancer.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Flora Genoux <\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00ab\u00a0Troubles du comportement li\u00e9s \u00e0 une carence affective grave\u00a0\u00bb. 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