{"id":23999,"date":"2011-04-18T14:26:00","date_gmt":"2011-04-18T12:26:00","guid":{"rendered":"https:\/\/www.uspsy.fr\/?p=23999"},"modified":"2021-06-01T21:40:56","modified_gmt":"2021-06-01T19:40:56","slug":"communique-des-aumoniers-des-epsm","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.uspsy.fr\/?p=23999","title":{"rendered":"Communiqu\u00e9 des Aum\u00f4niers des EPSM du Nord Pas-de-Calais du 18 avril 2011"},"content":{"rendered":"El\u00e9ments de r\u00e9flexion des Aum\u00f4niers des EPSM du Nord Pas-de-Calais\n\nEtablissements Publics de Sant\u00e9 Mentale de Lille-St Andr\u00e9, Armenti\u00e8res, Bailleul et Saint Venant\n\nN\u2019ayez pas peur des fous ! Tel est le message pascal des Aum\u00f4niers des h\u00f4pitaux psychiatriques de votre r\u00e9gion : la mort-r\u00e9surrection du Christ n\u2019est-elle pas folie comme le disait Paul ? Nous sommes souvent dans le vendredi saint quand nous nous faisons compagnons de ceux et celles qui souffrent de fortes n\u00e9vroses ou de psychoses. Il arrive aussi que nous vivions la joie d\u2019Emma\u00fcs mais la maladie mentale demeure une r\u00e9alit\u00e9 qui nous laisse impuissants. Ce que nous ne pouvons cependant admettre c\u2019est de laisser penser que les personnes atteintes de troubles psychiques puissent \u00eatre a priori dangereuses. C\u2019est un mensonge qui ne correspond \u00e0 aucune r\u00e9alit\u00e9 contrairement \u00e0 ce que pourrait laisser croire la mise en exergue de certains crimes commis r\u00e9cemment par des personnes souffrant de schizophr\u00e9nie. \n\nAinsi, nous ne pouvons que soutenir les soignants et les associations de patients dans leur lutte contre le \u00ab projet de loi relatif aux droits et \u00e0 la protection des personnes faisant l\u2019objet de soins psychiatriques et \u00e0 leur modalit\u00e9 de prise en charge \u00bb. Sous couvert de d\u00e9fendre droit et protection de personnes malades, les soins sans consentement deviennent le mod\u00e8le du soin psychique, faisant de l\u2019exception, parfois n\u00e9cessaire,  la r\u00e8gle habituelle. Mais au-del\u00e0 de cette loi d\u00e9j\u00e0 approuv\u00e9e en premi\u00e8re lecture par le Parlement, c\u2019est la psychiatrie telle qu\u2019elle a \u00e9t\u00e9 con\u00e7ue depuis les ann\u00e9es quarante qui est menac\u00e9e. A l\u2019h\u00f4pital Saint Alban en Loz\u00e8re, pendant la guerre, est n\u00e9e l\u2019id\u00e9e de \u00ab secteur \u00bb, une m\u00eame \u00e9quipe pluridisciplinaire en nombre suffisant prenant en charge la pr\u00e9vention, l\u2019hospitalisation \u00e9ventuelle et ses suites. Cette perspective impliquait de prendre le temps de la relation avec le patient et son entourage pour cr\u00e9er un climat de confiance, n\u00e9cessaire aux soins comme pour toutes les pathologies. Et cette \u00ab psychiatrie de secteur \u00bb a fait ses preuves : nous en sommes t\u00e9moins. Mais sans doute n\u2019est-elle pas assez rentable. Comment tarifer des heures d\u2019entretien avec une personne malade ou sa famille ? N\u2019est-il pas plus simple d\u2019obliger \u00e0 prendre un m\u00e9dicament ? On aura certes trait\u00e9 le sympt\u00f4me, pas plus ! Ni rentable, ni s\u00fbr pour ceux qui veulent le risque z\u00e9ro\u2026 Comment \u00eatre certain qu\u2019une personne ne sera pas dangereuse ? Les personnes atteintes de schizophr\u00e9nie, pour reprendre le m\u00eame exemple m\u00e9diatis\u00e9, ont besoin, pour la stabilisation de leur maladie, d\u2019\u00eatre ins\u00e9r\u00e9es socialement. Comment pourrions-nous accepter de les isoler, de les ficher, de les enfermer ? C\u2019est un non-sens !\n\nNous ne nions pas la complexit\u00e9 des situations auxquelles nous sommes confront\u00e9es face \u00e0 la maladie mentale. Mais nous ne pouvions nous taire face au risque de disparition d\u2019un mod\u00e8le de psychiatrie qui nous semble le plus pertinent. La psychiatrie institutionnelle a transform\u00e9 des institutions ali\u00e9nantes quasi carc\u00e9rales pour en faire un des outils au service de la singularit\u00e9 du sujet, ouvert sur la Cit\u00e9. Et on voudrait refermer les portes ? Cette psychiatrie artisanale est en train de disparaitre au profit d\u2019une psychiatrie industrielle, l\u2019h\u00f4pital devenant une entreprise qui se privatise petit \u00e0 petit ; le malade n\u2019est plus un patient mais un client r\u00e9duit \u00e0 une multitude de sympt\u00f4mes \u00e0 traiter, pourvu que cela soit rentable. La suppression de la sp\u00e9cialisation en psychiatrie dans la formation initiale infirmi\u00e8re est symptomatique de cette d\u00e9rive de la prise en charge avant tout m\u00e9dicamenteuse sur la base d\u2019une nomenclature am\u00e9ricaine (DSM IV, en attendant le V en 2012) qui vise \u00e0 en r\u00e9duire le co\u00fbt. Dans ces conditions, il n\u2019est pas \u00e9tonnant que nous retrouvions des patients en errance dans la soci\u00e9t\u00e9. La nouvelle logique de soins est in\u00e9vitablement excluante : l\u2019absolu du financier engendre la d\u00e9rive s\u00e9curitaire ; ceux et celles que l\u2019on ne peut \u00ab traiter \u00bb rapidement sont \u00e0 enfermer.\n\nMais ce sont d\u2019abord des personnes comme les autres. Comme nous. Nous pourrions tous \u00eatre comme eux. En souffrance mais pas seulement. N\u2019oublions pas ce que ceux et celles que l\u2019on a pu qualifier de fous ont apport\u00e9 en litt\u00e9rature, peinture, philosophie mais aussi en th\u00e9ologie : songez \u00e0 Ste Catherine de Sienne ou \u00e0 Ste Th\u00e9r\u00e8se de Lisieux, toutes deux atteintes de troubles mentaux et docteurs de l\u2019Eglise ! Par ce message aux membres des communaut\u00e9s chr\u00e9tiennes, nous voulions surtout rappeler qu\u2019ils sont d\u2019abord des fr\u00e8res et s\u0153urs en humanit\u00e9 auxquels le Christ s\u2019est identifi\u00e9. Comment les accueillons-nous ? Nos paroisses, mouvements et services sont-ils disponibles pour se laisser d\u00e9ranger par leurs comportements ou leur mode de penser parfois surprenants ?\n\nCertains n\u2019ont-ils pas trait\u00e9 J\u00e9sus lui-m\u00eame de fou ? \n\n\n\n\n\n<hr \/>\n\n\n\n\n \n\n\n\n\n<hr \/>\n\n\n\n\nEl\u00e9ments de r\u00e9flexion des Aum\u00f4niers des EPSM du Nord Pas-de-Calais\n\nEtablissements Publics de Sant\u00e9 Mentale de Lille-St Andr\u00e9, Armenti\u00e8res, Bailleul et Saint Venant\n\n \n\nN\u2019ayez pas peur des fous ! Tel est le message pascal des Aum\u00f4niers des h\u00f4pitaux psychiatriques de votre r\u00e9gion : la mort-r\u00e9surrection du Christ n\u2019est-elle pas folie comme le disait Paul ? Nous sommes souvent dans le vendredi saint quand nous nous faisons compagnons de ceux et celles qui souffrent de fortes n\u00e9vroses ou de psychoses. Il arrive aussi que nous vivions la joie d\u2019Emma\u00fcs mais la maladie mentale demeure une r\u00e9alit\u00e9 qui nous laisse impuissants. Ce que nous ne pouvons cependant admettre c\u2019est de laisser penser que les personnes atteintes de troubles psychiques puissent \u00eatre a priori dangereuses. C\u2019est un mensonge qui ne correspond \u00e0 aucune r\u00e9alit\u00e9 contrairement \u00e0 ce que pourrait laisser croire la mise en exergue de certains crimes commis r\u00e9cemment par des personnes souffrant de schizophr\u00e9nie. \n\nAinsi, nous ne pouvons que soutenir les soignants et les associations de patients dans leur lutte contre le \u00ab projet de loi relatif aux droits et \u00e0 la protection des personnes faisant l\u2019objet de soins psychiatriques et \u00e0 leur modalit\u00e9 de prise en charge \u00bb. Sous couvert de d\u00e9fendre droit et protection de personnes malades, les soins sans consentement deviennent le mod\u00e8le du soin psychique, faisant de l\u2019exception, parfois n\u00e9cessaire,  la r\u00e8gle habituelle. Mais au-del\u00e0 de cette loi d\u00e9j\u00e0 approuv\u00e9e en premi\u00e8re lecture par le Parlement, c\u2019est la psychiatrie telle qu\u2019elle a \u00e9t\u00e9 con\u00e7ue depuis les ann\u00e9es quarante qui est menac\u00e9e. A l\u2019h\u00f4pital Saint Alban en Loz\u00e8re, pendant la guerre, est n\u00e9e l\u2019id\u00e9e de \u00ab secteur \u00bb, une m\u00eame \u00e9quipe pluridisciplinaire en nombre suffisant prenant en charge la pr\u00e9vention, l\u2019hospitalisation \u00e9ventuelle et ses suites. Cette perspective impliquait de prendre le temps de la relation avec le patient et son entourage pour cr\u00e9er un climat de confiance, n\u00e9cessaire aux soins comme pour toutes les pathologies. Et cette \u00ab psychiatrie de secteur \u00bb a fait ses preuves : nous en sommes t\u00e9moins. Mais sans doute n\u2019est-elle pas assez rentable. Comment tarifer des heures d\u2019entretien avec une personne malade ou sa famille ? N\u2019est-il pas plus simple d\u2019obliger \u00e0 prendre un m\u00e9dicament ? On aura certes trait\u00e9 le sympt\u00f4me, pas plus ! Ni rentable, ni s\u00fbr pour ceux qui veulent le risque z\u00e9ro\u2026 Comment \u00eatre certain qu\u2019une personne ne sera pas dangereuse ? Les personnes atteintes de schizophr\u00e9nie, pour reprendre le m\u00eame exemple m\u00e9diatis\u00e9, ont besoin, pour la stabilisation de leur maladie, d\u2019\u00eatre ins\u00e9r\u00e9es socialement. Comment pourrions-nous accepter de les isoler, de les ficher, de les enfermer ? C\u2019est un non-sens !\n\nNous ne nions pas la complexit\u00e9 des situations auxquelles nous sommes confront\u00e9es face \u00e0 la maladie mentale. Mais nous ne pouvions nous taire face au risque de disparition d\u2019un mod\u00e8le de psychiatrie qui nous semble le plus pertinent. La psychiatrie institutionnelle a transform\u00e9 des institutions ali\u00e9nantes quasi carc\u00e9rales pour en faire un des outils au service de la singularit\u00e9 du sujet, ouvert sur la Cit\u00e9. Et on voudrait refermer les portes ? Cette psychiatrie artisanale est en train de disparaitre au profit d\u2019une psychiatrie industrielle, l\u2019h\u00f4pital devenant une entreprise qui se privatise petit \u00e0 petit ; le malade n\u2019est plus un patient mais un client r\u00e9duit \u00e0 une multitude de sympt\u00f4mes \u00e0 traiter, pourvu que cela soit rentable. La suppression de la sp\u00e9cialisation en psychiatrie dans la formation initiale infirmi\u00e8re est symptomatique de cette d\u00e9rive de la prise en charge avant tout m\u00e9dicamenteuse sur la base d\u2019une nomenclature am\u00e9ricaine (DSM IV, en attendant le V en 2012) qui vise \u00e0 en r\u00e9duire le co\u00fbt. Dans ces conditions, il n\u2019est pas \u00e9tonnant que nous retrouvions des patients en errance dans la soci\u00e9t\u00e9. La nouvelle logique de soins est in\u00e9vitablement excluante : l\u2019absolu du financier engendre la d\u00e9rive s\u00e9curitaire ; ceux et celles que l\u2019on ne peut \u00ab traiter \u00bb rapidement sont \u00e0 enfermer.\n\nMais ce sont d\u2019abord des personnes comme les autres. Comme nous. Nous pourrions tous \u00eatre comme eux. En souffrance mais pas seulement. N\u2019oublions pas ce que ceux et celles que l\u2019on a pu qualifier de fous ont apport\u00e9 en litt\u00e9rature, peinture, philosophie mais aussi en th\u00e9ologie : songez \u00e0 Ste Catherine de Sienne ou \u00e0 Ste Th\u00e9r\u00e8se de Lisieux, toutes deux atteintes de troubles mentaux et docteurs de l\u2019Eglise ! Par ce message aux membres des communaut\u00e9s chr\u00e9tiennes, nous voulions surtout rappeler qu\u2019ils sont d\u2019abord des fr\u00e8res et s\u0153urs en humanit\u00e9 auxquels le Christ s\u2019est identifi\u00e9. Comment les accueillons-nous ? 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