{"id":24370,"date":"2012-05-18T10:53:44","date_gmt":"2012-05-18T08:53:44","guid":{"rendered":"https:\/\/www.uspsy.fr\/?p=24370"},"modified":"2021-06-01T21:45:43","modified_gmt":"2021-06-01T19:45:43","slug":"pour-une-psychiatrie-et-une-sante","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.uspsy.fr\/?p=24370","title":{"rendered":"Pour une psychiatrie et une sant\u00e9 mentale d\u00e9mocratiques, de libert\u00e9 et de droits"},"content":{"rendered":"par Jean-Pierre Martin\n \n\n<em>Parler de psychiatrie, c\u2019est parler de libert\u00e9, car, qu\u2019on le veuille ou non, quels que soient les d\u00e9bats qui peuvent et doivent se d\u00e9rouler, \u00e0 partir de cette proposition fondamentale : la psychiatrie n\u2019existe que du fait que des hommes sont en difficult\u00e9 sur une probl\u00e9matique de libert\u00e9.\n\nLucien Bonnaf\u00e9, Dans cette nuit peupl\u00e9e, 18 textes politiques, Paris, Ed. Sociales, 1977<\/em>\n\n<strong>L&rsquo;aggiornamento n\u00e9olib\u00e9ral de la psychiatrie<\/strong>\n\nApr\u00e8s des d\u00e9cennies de cr\u00e9ativit\u00e9, la psychiatrie publique est \u00e0 nouveau confront\u00e9e \u00e0 un brutal aggiornamento. Succ\u00e9dant \u00e0 la r\u00e9sistance aux d\u00e9rives totalitaires des nationalismes du 20\u00e8me si\u00e8cle, son mouvement de lutte contre l\u2019exclusion asilaire et carc\u00e9rale, son d\u00e9veloppement hors des murs d\u2019enfermement, ses avanc\u00e9es th\u00e9rapeutiques institutionnelles m\u00e9dicales et psychologiques, s&rsquo;\u00e9taient jusqu&rsquo;alors prolong\u00e9s dans l\u2019accompagnement des patients dans leur vuln\u00e9rabilit\u00e9, leur pr\u00e9carit\u00e9, vers l\u2019acc\u00e8s \u00e0 un logement, \u00e0 un travail et \u00e0 un minimum de ressources dignes, dans un engagement vers ce que Franco Basaglia nomme les \u00ab besoins pratiques \u00bb des malades. Cette p\u00e9riode semble r\u00e9volue, bouscul\u00e9e par un d\u00e9ni de la libert\u00e9 de penser et de pratiquer au nom du paradigme de la science et de la modernit\u00e9 du management de l\u2019entreprise n\u00e9olib\u00e9rale. Cela se traduit par des restrictions de l\u2019acte de soigner et l\u2019apparition d\u2019interdictions professionnelles comme celle, r\u00e9cente, des recommandations de l\u2019HAS sur l\u2019autisme qui met au pilori la psychanalyse au nom d\u2019une imposture : son manque d\u2019efficience en tant que technique individuelle. La maladie est r\u00e9duite \u00e0 un handicap \u00e9valuable, donnant lieu certes \u00e0 de nouvelles prestations, mais sur crit\u00e8res administratifs et non de droit, ainsi qu&rsquo;\u00e0 des \u00ab bonnes pratiques \u00bb de prise en charge purement symptomatiques, au d\u00e9triment du travail subjectif et des liens sociaux collectifs. Dans la pratique, la pleine subjectivit\u00e9 du sujet en souffrance, les r\u00e9ciprocit\u00e9s humaines qui fondent le prendre soin dans l\u2019accueil et dans la dur\u00e9e se trouvent r\u00e9duits \u00e0 l&rsquo;objectivit\u00e9 d&rsquo;une simple technique instrumentale. Ces pratiques de maitrise des co\u00fbts et des corps, que Michel Foucault a d\u00e9crit comme d\u00e9passement de la soci\u00e9t\u00e9 disciplinaire vers une soci\u00e9t\u00e9 de surveillance, tendent \u00e0 s\u2019inscrire dans un contr\u00f4le social g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9, o\u00f9 l\u2019impr\u00e9visibilit\u00e9 du psychisme humain est r\u00e9prim\u00e9e. Outre la destruction des services publics, ce sont les droits sociaux fondamentaux, les droits de l\u2019homme et la dignit\u00e9 du sujet qui sont d\u00e9ni\u00e9s.\n\nCe paradigme id\u00e9ologique du r\u00e9sultat par le chiffre et ses diagrammes accompagne concr\u00e8tement la remise en cause de toutes les valeurs collectives (services publics, protection sociale, accueil inconditionnel, processus d\u00e9mocratiques\u2026), au profit d\u2019entreprises du march\u00e9 concurrentiel qui tentent une OPA sur le soin psychique. L\u2019\u00e9valuation de l\u2019efficience par cat\u00e9gorie de handicaps marque une aggravation du d\u00e9voiement des politiques publiques vers une addition de programmes public-priv\u00e9s et une multiplication des exclusions, op\u00e9ration proclam\u00e9e politique de sant\u00e9 mentale. Cette politique s\u2019impose aujourd\u2019hui, dans l\u2019Union Europ\u00e9enne, comme une ample restructuration de la psychiatrie qui vise \u00e0 d\u00e9sengager l\u2019Etat de sa dimension de r\u00e9gulation sociale, en d\u00e9pla\u00e7ant le poids des financements publics vers les collectivit\u00e9s locales, l\u2019associatif et le priv\u00e9, dans une absurde mise en concurrence entre le soin psychique et son accompagnement social. Il en r\u00e9sulte un brouillage g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9 de la place de chacun, la pr\u00e9carisation g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e des soignants, travailleurs sociaux, \u00e9ducateurs qui rejoint celle de la majorit\u00e9 de la population, des patients et leurs familles. Ce \u00ab r\u00e9alisme \u00bb politique produit une sant\u00e9 mentale dite \u00ab positive \u00bb \u00e0 vis\u00e9e adaptative, sur crit\u00e8res de ressources et d\u2019\u00e9valuations de handicaps, qui donnent lieu \u00e0 des programmes d\u2019insertion et de logements non p\u00e9rennes et des formes d\u2019exploitation du travail \u00ab prot\u00e9g\u00e9 \u00bb. La d\u00e9ficience m\u00eame doit se faire efficiente. A cette Europe n\u00e9olib\u00e9rale qui fait payer la crise actuelle par des politiques d\u2019aust\u00e9rit\u00e9, faisant endosser aux peuples, \u00e0 leurs acquis sociaux et d\u00e9mocratiques la responsabilit\u00e9 des banques et de leurs mouvements sp\u00e9culatifs, doit r\u00e9pondre en psychiatrie comme ailleurs une lutte europ\u00e9enne, de la Gr\u00e8ce au nord du continent.\n\n<strong>Pour une psychiatrie de d\u00e9senfermement<\/strong>\n\nTels sont les premiers enjeux d&rsquo;une psychiatrie d\u00e9mocratique refusant l&rsquo;aggiormamento n\u00e9olib\u00e9ral : la lutte contre l\u2019exclusion psychiatrique de l\u2019enfermement asilaire et les multiples exclusions sociales. En France le secteur psychiatrique comme politique g\u00e9n\u00e9raliste doit \u00eatre r\u00e9ellement appliqu\u00e9 sur tous les territoires, en rompant avec les nouvelles formes de contr\u00f4le social qui risquent de justifier une augmentation du nombre de lits par la ma\u00eetrise s\u00e9curitaire. Nos acquis sont, \u00e0 l\u2019inverse, ceux de pratiques institutionnelles de proximit\u00e9 au sein de la communaut\u00e9. L\u2019h\u00f4pital n\u2019est donc qu\u2019un moment du soin, articul\u00e9 \u00e0 l\u2019acc\u00e8s aux soins inconditionnel et les moyens de sa continuit\u00e9, int\u00e9gr\u00e9 \u00e0 une psychiatrie d\u2019accueil dont les besoins sont \u00e9labor\u00e9s avec les usagers au plus pr\u00e8s de leur environnement. La fermeture des grands h\u00f4pitaux psychiatriques centralis\u00e9s est donc particuli\u00e8rement d\u2019actualit\u00e9.\n\nLe soin psychique doit \u00eatre con\u00e7u comme un bien commun, de droit commun, o\u00f9 la contrainte ne peut se faire, en cas d\u2019extr\u00eame n\u00e9cessit\u00e9, sans l\u2019autorisation et le contr\u00f4le du juge civil. Ce contr\u00f4le passe par l\u2019audition des patients dans les \u00e9tablissements de soins et non dans des transferts contraints vers les tribunaux. A l&rsquo;inverse, la loi du 5 juillet 2011 relative \u00ab aux droits et \u00e0 la protection des personnes faisant l\u2019objet de soins psychiatriques et \u00e0 leurs modalit\u00e9s de prise en charge \u00bb rend compte de l&rsquo;aggiornamento s\u00e9curitaire, d\u00e9j\u00e0 amorc\u00e9 par celle du 27 juin 1990. Elle accompagne en effet les restructurations gestionnaires du secteur sanitaire, comme de l\u2019\u00e9ducation et de l\u2019ensemble de la soci\u00e9t\u00e9, en stigmatisant une \u00ab dangerosit\u00e9 \u00bb suppos\u00e9e par nature des comportements li\u00e9s \u00e0 la souffrance psychique ou d\u00e9viant simplement de la norme, \u00e0 travers l&rsquo;instauration d&rsquo;une mise en observation contrainte de 72 heures \u00e0 l\u2019h\u00f4pital, l\u2019introduction du soin obligatoire \u00e0 domicile, et le fichage sans les droits qui devraient l&rsquo;encadrer. Ces mesures sont dans la continuit\u00e9 r\u00e9pressive des lois de pr\u00e9vention de la d\u00e9linquance, de lutte contre la r\u00e9cidive et de r\u00e9tention de s\u00fbret\u00e9. Si le gouvernement a du int\u00e9grer la d\u00e9cision du Conseil Constitutionnel qui exige que le juge des libert\u00e9s et de la d\u00e9tention autorise la prolongation d\u2019une hospitalisation sous contrainte au 15\u00e8me jour (encore loin d\u2019une autorisation judiciaire de privation de libert\u00e9 d\u00e8s le d\u00e9but de la contrainte comme dans la majorit\u00e9 des pays europ\u00e9ens), ce qui repr\u00e9sente une v\u00e9ritable avanc\u00e9e pour les droits des patients, la nouvelle loi maintient l\u2019amalgame historique entre obligation de soin et ordre public (loi du 30 juin 1838 : tutelle du pr\u00e9fet repr\u00e9sentant de l\u2019Etat). Son application brutale depuis le 1er ao\u00fbt 2011 est \u00e0 la source de multiples difficult\u00e9s pour des \u00e9quipes de soins et des tribunaux sinistr\u00e9s : les multiples formalit\u00e9s entourant cette mesure d\u2019audition du patient par le juge d\u00e9tournent l&rsquo;attention du fondement s\u00e9curitaire de la loi, la g\u00e9n\u00e9ralisation des soins sous contrainte \u00e0 domicile. Nous exigeons donc l\u2019abrogation des lois du 27 juin 1990 et du 5 juillet 2011.\n\n<strong>Pour une politique publique de sant\u00e9 mentale correspondant aux besoins<\/strong>\n\nIl faut mettre en chantier une loi programmatique pour une psychiatrie d\u00e9mocratique qui se construira avec les diff\u00e9rents acteurs sanitaires, sociaux, associatifs et politiques. Si le soin psychique est \u00e9labor\u00e9 par les professionnels sur le plan th\u00e9rapeutique, il s\u2019inscrit dans une politique globale \u00e9tablissant des pratiques collectives fond\u00e9es sur l\u2019\u00e9thique du prendre soin. Une telle loi s\u2019oppose, fondamentalement, au Plan psychiatrie et sant\u00e9 mentale r\u00e9cemment mis en oeuvre qui est un outil politique de destruction du secteur public de psychiatrie, int\u00e9gr\u00e9 dans un ensemble r\u00e9pressif sous la tutelle du minist\u00e8re de l\u2019int\u00e9rieur. Elle rompt avec les atteintes aux libert\u00e9s individuelles et publiques, port\u00e9es par les nouvelles p\u00e9nologies actuelles fond\u00e9es sur la r\u00e9pression de toute d\u00e9viance par sa criminalisation, v\u00e9ritables politiques de la peur. Pour l\u2019\u00e9laborer nous ne manquons pas d\u2019exp\u00e9riences et de pratiques, avec les acquis de la politique g\u00e9n\u00e9raliste de secteur psychiatrique et des pratiques anti-asilaires, du rapport Demay de 1982 qui appelle \u00e0 la promotion d\u2019Etablissements publics de sant\u00e9 mentale s&rsquo;appuyant sur l\u2019\u00e9laboration des besoins et de nouveaux dispositifs comme les Conseils locaux de sant\u00e9 mentale. Ces exp\u00e9riences remettent en cause un cadre centralis\u00e9 par les ARS et l\u2019administration des h\u00f4pitaux, ainsi que l\u2019application attentatoire au soin psychique d\u2019une gouvernance m\u00e9dico-administrative \u00e9conomiste et hospitalocentr\u00e9e. Elles font appara\u00eetre des besoins et une \u00e9thique des pratiques : l\u2019acc\u00e8s aux soins et leur continuit\u00e9 se r\u00e9alisent dans la communaut\u00e9. Il sont pens\u00e9s comme une politique d\u2019accueil, de prendre soin et d\u2019hospitalit\u00e9. l\u2019acc\u00e8s aux soins est libre et gratuit 24 heures sur 24 dans des structures \u00e0 proximit\u00e9 des lieux de vie quotidiens, et ouvert, en particulier, aux populations pr\u00e9caires qui se multiplient sous l\u2019effet des politiques n\u00e9olib\u00e9rales. Cela suppose que la finalit\u00e9 des structures soit reconnue et articul\u00e9e dans l\u2019action commune, ce qui s\u2019oppose \u00e0 la substitution des CMP et des centres d\u2019accueil par le d\u00e9veloppement d\u2019\u00e9quipes mobiles, pratiques qui rendent compte d\u2019un acc\u00e8s aux soins de plus en plus al\u00e9atoire dont le r\u00e9sultat est la multiplication, ces derni\u00e8res ann\u00e9es, des patients \u00e0 la rue.\n\nLe soin psychique est fond\u00e9 sur une clinique de l\u2019alt\u00e9rit\u00e9 avec sa dimension relationnelle et sur les approches institutionnelles, dans le respect de la dignit\u00e9 et de l\u2019int\u00e9grit\u00e9 du sujet en souffrance. Toute pathologie ou souffrance psychique est \u00e9volutive et ne peut reposer sur la pr\u00e9diction de la r\u00e9cidive. Il s\u2019\u00e9labore, de fa\u00e7on incontournable, dans le respect de l\u2019intimit\u00e9 du patient, en lien avec les tiers. Le travail de soin est bas\u00e9 sur la r\u00e9ciprocit\u00e9 dans l\u2019\u00e9change avec le sujet en souffrance et son entourage, \u00e0 partir des situations de crise. Les dimensions du social et du culturel, qui fondent tous les liens intersubjectifs, sont les ressources fondamentales qui permettent le rep\u00e9rage d\u2019une psychoth\u00e9rapie possible. Le r\u00e9seau de soin n\u2019est donc pas une fili\u00e8re standard pr\u00e9vue d\u2019avance, mais une construction avec le patient et les ressources humaines qui l\u2019entourent. La continuit\u00e9, le temps \u00e0 prendre, le r\u00f4le des tiers en sont les conditions th\u00e9rapeutiques. Le r\u00e9seau, cartographie de ressources, repr\u00e9sente une proximit\u00e9 essentielle et doit \u00eatre reconnu comme un outil \u00e0 financer. Son \u00ab \u00e9valuation \u00bb est d\u2019abord qualitative et ne peut \u00eatre soumise \u00e0 de strictes consid\u00e9rations gestionnaires et manag\u00e9riales. Les patients ou leurs repr\u00e9sentants doivent donner leur consentement \u00e0 toute collecte et transmission de donn\u00e9es personnelles. Le soin est ind\u00e9pendant des entreprises priv\u00e9es pharmaceutiques et de technologie biom\u00e9dicale.\n\nLes besoins de financement sont d\u00e9cid\u00e9s par les Etablissements publics de sant\u00e9 mentale apr\u00e8s consultation des Conseils locaux de sant\u00e9 mentale. Les budgets locaux, r\u00e9gionaux, nationaux doivent \u00eatre individualis\u00e9s entre soins psychiatriques et actions de sant\u00e9 mentale, et \u00e9tablis comme pour les prises en charge des d\u00e9pendances au titre d\u2019ayant droit de la s\u00e9curit\u00e9 sociale. Nationalement et dans une perspective europ\u00e9enne ils s&rsquo;int\u00e8grent dans une politique de financement garanti des besoins de soins et non de programmes sp\u00e9cifiques \u00e0 dur\u00e9e limit\u00e9e, comme la tentative actuelle de g\u00e9n\u00e9raliser les \u00e9quipes d\u2019urgence mobiles dans les dispositifs d\u2019acc\u00e8s aux soins permanents. C\u2019est donc des moyens g\u00e9n\u00e9ralistes et p\u00e9rennes qui sont n\u00e9cessaires, sous le contr\u00f4le des parlements europ\u00e9en et national. Les crit\u00e8res d&rsquo;\u00e9valuation sont non seulement les besoins par habitant mais aussi et essentiellement collectifs, chaque r\u00e9gion, ville, commune ayant des besoins sp\u00e9cifiques et des in\u00e9galit\u00e9s \u00e0 combler. Ils s\u2019opposent donc clairement au paradigme manag\u00e9rial qui r\u00e9duit la gestion publique aux co\u00fbts de programmes soumis \u00e0 la logique capitaliste de \u00ab modernisation \u00bb de la sant\u00e9, qui met en place de nouveaux instruments gestionnaires dits \u00ab performants \u00bb et une technocratie m\u00e9dico-administrative hospitalo-centrique, qui transforme le service public en dispositif concurrentiel avec le priv\u00e9, et remet la folie entre les mains aseptis\u00e9es de la science m\u00e9dicale. La tra\u00e7abilit\u00e9 informatique marginalise les contenus subjectifs et sociaux du soin, et a pour effet de d\u00e9l\u00e9gitimer les th\u00e9ories psychodynamiques en faveur des neurosciences, aux crit\u00e8res plus comptables. Cette nouvelle gouvernance de la psychiatrie qui s\u2019inscrit dans la loi H\u00f4pital Patients Sant\u00e9 Territoire de 2009, confort\u00e9e par le r\u00e9cent Plan sant\u00e9 mentale inspir\u00e9 du rapport d\u2019Edouard Couty, pr\u00f4ne une diff\u00e9renciation dans le financement selon les structures, au d\u00e9triment d&rsquo;une r\u00e9elle continuit\u00e9 des soins, aggravant la s\u00e9lection par la rentabilit\u00e9 imm\u00e9diate. Une v\u00e9ritable politique de sant\u00e9 mentale passe donc par l\u2019abrogation de la loi HPST.\n\n<strong>Pour la promotion des droits et des libert\u00e9s<\/strong>\n\nLes associations d&rsquo;usagers et de familles doivent obtenir une reconnaissance pleine et enti\u00e8re. Promus par la loi du 4 mars 2002 mais loin d&rsquo;\u00eatre appliqu\u00e9s, les droits des patients et de leurs proches (ou leurs substituts sociaux et juridiques) doivent \u00eatre inscrits dans le Code civil, en particulier les mesures de protection qui ne peuvent \u00eatre que transitoires, li\u00e9es \u00e0 l\u2019\u00e9tat psychique du moment. Nous constatons \u00e9galement que le recouvrement de la notion de soin par celle de handicap psychique risque d\u2019enfermer les patients dans un cadre normatif rigide, tout en r\u00e9pondant \u00e0 la n\u00e9cessit\u00e9 de nouvelles ressources pour les familles.\n\nLes patients doivent donc \u00eatre reconnus dans leurs droits fondamentaux, au m\u00eame titre que tout membre de la soci\u00e9t\u00e9. Cette reconnaissance repose sur la singularit\u00e9 de chacun et le refus de la s\u00e9lection, de l&rsquo;abandon, des violences quotidiennes, en particulier pour les femmes. Elle est \u00e0 l\u2019oppos\u00e9 de la g\u00e9n\u00e9ralisation de la contrainte et d\u2019une r\u00e9duction \u00e0 un statut de consommateur individuel, dont les restes \u00e0 charge s\u2019aggravent d\u2019ann\u00e9e en ann\u00e9e (franchises, forfait hospitalier, limitation des ALD\u2026). Les recours se font de droit au juge des libert\u00e9s \u00e0 tout moment. Celui-ci a la priorit\u00e9 sur toute mesure pr\u00e9fectorale. Les mesures de contrainte ne peuvent \u00eatre qu\u2019exceptionnelles et donner lieu \u00e0 un droit \u00e0 l\u2019oubli apr\u00e8s 2 ans. Un observatoire des pratiques doit \u00eatre mis en place, en lien avec le contr\u00f4leur des libert\u00e9s, pour tout recours \u00e9thique et technique. Ces droits sont essentiels pour tous ceux qui cumulent les exclusions de la vie sociale et du droit commun pour \u00eatre renvoy\u00e9s vers l\u2019action caritative avec ses nouveaux lieux de rel\u00e9gation (asiles m\u00e9dico-sociaux, CHRS\u2026). Les nouvelles classes dangereuses rel\u00e8veraient de l&rsquo;urgence sociale, et sont stigmatis\u00e9es par leurs \u00ab r\u00e9actions th\u00e9rapeutiques n\u00e9gatives \u00bb, quand on pr\u00e9f\u00e8re \u00ab rester malade que tomber gu\u00e9ri \u00bb (J-B. Pontalis). Ces d\u00e9rives viennent \u00e9videmment alimenter les pratiques s\u00e9curitaires (chambres d\u2019isolement, traitements injectables, fermeture des services, vid\u00e9o-surveillance), \u00ab dangerous methods \u00bb lourdes de r\u00e9gression \u00e9thique qui sont dans la lign\u00e9e des politiques s\u00e9curitaires gouvernementales. La recherche de s\u00e9curit\u00e9 face \u00e0 la \u00ab dangerosit\u00e9 \u00bb du seul patient est un retour en arri\u00e8re consid\u00e9rable car elle clive l\u2019acte dangereux de ses motivations psychosociales en r\u00e9duisant la totalit\u00e9 du sujet \u00e0 l&rsquo;objectivit\u00e9 de son acte. Cette r\u00e9gression historique se retrouve dans la situation des prisonniers pr\u00e9sentant des troubles mentaux, qui appelle des r\u00e9ponses th\u00e9rapeutiques sp\u00e9cifiques et une r\u00e9forme du syst\u00e8me p\u00e9nitentiaire, bien mal engag\u00e9es avec la cr\u00e9ation avant tout s\u00e9curitaire d\u2019UHSA dans les h\u00f4pitaux et d\u2019UMD suppl\u00e9mentaires. \n\nLes professionnels du soin, tels que les praticiens du service public, sont ind\u00e9pendants comme corps constitu\u00e9s, tant dans leurs pratiques que dans leurs formations. Leur recrutement, leur carri\u00e8re et leur retraite reposent sur un statut national garanti par l\u2019Etat. Cette ind\u00e9pendance suppose que chaque soignant se d\u00e9finisse comme intervenant de secteur, ce qui s\u2019oppose \u00e0 la situation actuelle : la r\u00e9f\u00e9rence n&rsquo;est plus le sens du m\u00e9tier mais un profil de poste cibl\u00e9 sur telle ou telle activit\u00e9, le temps du soin est r\u00e9duit \u00e0 celui d\u2019un protocole, le soin est un processus \u00e0 flux tendu, d\u00e9shumanis\u00e9 avec des personnels instrumentalis\u00e9s en variable d\u2019ajustement budg\u00e9taire. Les ordres professionnels actuels sont inaptes \u00e0 \u00e9viter cette d\u00e9naturation des m\u00e9tiers du soin : la d\u00e9qualification (les infirmiers sont remplac\u00e9s par des aides soignants, les soignants par des travailleurs sociaux ou associatifs, etc.), la mobilit\u00e9 \u00ab bouche trou \u00bb et le glissement des t\u00e2ches d\u2019accompagnement, et de leur financement, vers le social, le m\u00e9dico-social et le priv\u00e9, deviennent la r\u00e8gle. Des formations g\u00e9n\u00e9ralistes de qualit\u00e9 doivent contrer les formations actuelles au rabais, d\u2019adaptation \u00e0 ce morcellement des t\u00e2ches et des qualifications (tutorat infirmier, instrumentalisation des pairs-aidants, etc.).\n\nLa question de l\u2019insertion sociale est li\u00e9e \u00e0 cette d\u00e9marche globale et d\u00e9pend \u00e9troitement d&rsquo;une protection sociale fond\u00e9e sur la solidarit\u00e9, et de toutes les cr\u00e9ativit\u00e9s culturelles. La lutte contre les exclusions en est aujourd\u2019hui un \u00e9l\u00e9ment majeur qui mobilise la sant\u00e9, l\u2019action sociale, le logement, l\u2019\u00e9ducation, le travail, la culture et l\u2019accueil des immigrations&#8230; Son financement doit \u00eatre une priorit\u00e9 nationale. La psychiatrie est l\u2019affaire de toute la soci\u00e9t\u00e9 et non des seuls professionnels. Sa place dans la politique sanitaire et sociale est donc essentielle. Elle est avant tout un service public, en opposition avec les tentatives des gouvernements europ\u00e9ens actuels d\u2019en faire un march\u00e9 priv\u00e9 fond\u00e9 sur \u00ab un niveau de soins selon ses moyens \u00bb.\n\n<strong>Conclusion : vers une alterpsychiatrie<\/strong>\n\nCes propositions s\u2019inscrivent finalement comme une perspective de r\u00e9sistances concr\u00e8tes quotidiennes, une d\u00e9sob\u00e9issance civile politique, consistant \u00e0 refuser par exemple de donner un avis ou de saisir des donn\u00e9es sans avoir eu un entretien avec le patient, de recourir \u00e0 une \u00ab visio-surveillance \u00bb pers\u00e9cutive, de proc\u00e9der \u00e0 des soins forc\u00e9s \u00e0 domicile. Elles ouvrent un d\u00e9bat \u00e9thique entre professionnels et repr\u00e9sentants des patients et des familles, d\u00e9fi qui s\u2019oppose au corporatisme rampant actuel, et dont le milieu a d\u00e9j\u00e0 l\u2019exp\u00e9rience avec l\u2019\u00e9laboration du rapport Demay en 1982 : des \u00e9changes larges entre syndicats, \u00e9quipes de soins repr\u00e9sentatives des pratiques dans leur diversit\u00e9, associations diverses, avaient permis d&rsquo;expliciter les contenus du soin et les possibles dispositifs innovants. La d\u00e9mocratie r\u00e9elle n\u00e9cessite une v\u00e9ritable confrontation entre usagers, professionnels, acteurs du social et politiques.\n\nCes propositions sont autant de jalons de la transition vers une autre psychiatrie qui ne pourra se d\u00e9velopper si des financements ad\u00e9quats et sp\u00e9cifiques, selon des crit\u00e8res sociod\u00e9mographiques ne sont pas au rendez-vous. La psychiatrie est au carrefour de l\u2019ensemble des politiques publiques, que ce soient celles de la sant\u00e9, de l\u2019\u00e9ducation, de l\u2019action sociale et du logement, de la justice, du droit au travail et \u00e0 l\u2019emploi, de la culture et du d\u00e9veloppement. En lien avec les luttes organis\u00e9es par les professionnels, les usagers, les militants des droits de l\u2019homme, il s\u2019agit \u00e0 travers le d\u00e9veloppement des droits de remettre en cause le statut d\u2019exception du \u00ab fou \u00bb et de son enfermement. Nous refusons que la psychiatrie et la sant\u00e9 mentale soient embrigad\u00e9es comme faisant partie des polices de la soci\u00e9t\u00e9.\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Documents joints<\/h2>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-file\"><a href=\"http:\/\/www.uspsy.fr\/wp-content\/uploads\/2012\/05\/pdf_Pour_une_psychiatrie_et_une_sante_mentale_democratiques.pdf\">Pour une psychiatrie et une sant\u00e9 mentale d\u00e9mocratiques.pdf<\/a><\/div>\n\n\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>par Jean-Pierre Martin Parler de psychiatrie, c\u2019est parler de libert\u00e9, car, qu\u2019on le veuille ou&hellip;<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[599],"tags":[],"class_list":["post-24370","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-service-public"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.uspsy.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/24370","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.uspsy.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.uspsy.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.uspsy.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.uspsy.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=24370"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/www.uspsy.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/24370\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":24372,"href":"https:\/\/www.uspsy.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/24370\/revisions\/24372"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.uspsy.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=24370"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.uspsy.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=24370"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.uspsy.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=24370"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}