{"id":24995,"date":"2014-11-06T11:00:00","date_gmt":"2014-11-06T10:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/www.uspsy.fr\/?p=24995"},"modified":"2014-11-06T11:00:00","modified_gmt":"2014-11-06T10:00:00","slug":"la-grece-d-autres-regards-au","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.uspsy.fr\/?p=24995","title":{"rendered":"La Grece, d&rsquo;autres regards, au Festival des Ecrans Documentaires le vendredi 7 novembre 2014"},"content":{"rendered":"<p>GR\u00c8CE, D\u2019AUTRES REGARDS<\/p>\n<p>Ces films forment une cartographie subjective d\u2019un pan m\u00e9connu de l\u2019histoire du cin\u00e9ma grec, depuis les ann\u00e9es de la dictature des colonels, jusqu\u2019\u00e0 la crise actuelle.<\/p>\n<p>MACHINES NOMADES<br \/>\nFILM COLLECTIF, 2012, 30 MIN, GR\u00c8CE<\/p>\n<p>MACHINES NOMADES est un film collectif r\u00e9alis\u00e9 \u00e0 Thessalonique, entre mars 2011 et juin 2012. Il s\u2019agit d\u2019un projet initi\u00e9 par trois \u00e9tudiants de cin\u00e9ma (Maya Tsabrou, Maria-Eva Mavridou et Yannis Vlahopoulos), mais qui a \u00e9t\u00e9 con\u00e7u et mis en place, plus largement, par un groupe de gens ayant un objectif commun : parler de l\u2019absurdit\u00e9 de la lutte pour, enfin, cr\u00e9er \u00ab un petit terrain de cr\u00e9ation entre camarades \u00bb et \u00ab quelques moments de joie et de cr\u00e9ation, avant l\u2019affrontement \u00bb.<\/p>\n<p>ATH\u00c8NES<br \/>\n<br \/>EVA STEFANI, 1995, 38 MIN, GR\u00c8CE, THE NATIONAL FILM AND TELEVISION SCHOOL<\/p>\n<p>1995. Les \u00ab habitants permanents \u00bb de la gare centrale d&rsquo;Ath\u00e8ne: Madame Antonia, Florakis, Monsieur Yorgos et d&rsquo;autres noctambules.<\/p>\n<p>LA PIERRE TRISTE<br \/>\n<br \/>PHILIPPOS KOUTSAFTIS, 2000, 1H27, GR\u00c8CE, PHILIPPOS<br \/>\nKOUTSAFTIS\/ EKK<\/p>\n<p>\u00c0 une vingtaine de kilom\u00e8tres d\u2019Ath\u00e8nes, la petite ville d\u2019Eleusis est li\u00e9e \u00e0 l\u2019un des mythes les plus importants chez les Anciens, celui de D\u00e9m\u00e9ter. L\u2019Eleusina antique accueillait les myst\u00e8res, rituels qui initiaient les Grecs anciens au miracle de la vie et \u00e0 l\u2019alternance de la mort. Elle est devenue aujourd\u2019hui une ville industrielle, ce qui entra\u00eene des cons\u00e9quences d\u00e9sastreuses pour le sanctuaire et la r\u00e9gion.<\/p>\n<p>CE PROGRAMME A ETE RENDU POSSIBLE GRACE AUX RECHERCHES ET PROPOSITIONS DE MARIA KOURKOUTA, CINEASTE, ET AU SITE DERIVES.TV.<\/p>\n<p>LETTRE \u00c0 PHILIPPOS KOUTSAFTIS<br \/>\n<br \/>Paris, le 18 octobre 2013<br \/>\n<br \/>DREDI 7 NOVEMBRE 2014<\/p>\n<p>Cher Filippos Koutsaftis,<br \/>\nJ\u2019ai commenc\u00e9 hier \u00e0 vous \u00e9crire une lettre, je voulais trouver quelque mots pour vous dire &#8211; essayer de vous dire la n\u00e9cessit\u00e9 de partager mon \u00e9motion devant votre film LA PIERRE TRISTE. J\u2019\u00e9tais en voyage. Difficile de se concentrer. En sorte que ma lettre restera suspendue, incompl\u00e8te, trop impressionniste je le crains. Le seul avantage de cette situation, c\u2019est que les spectateurs ici pr\u00e9sents au Louvre pourront voir votre film sans trop tarder, sans passer par de trop, trop longs commentaires. Vous \u00eates all\u00e9 pendant douze ans, de 1988 \u00e0 2000, tourner \u00e0 \u00c9leusis. Sans cesse vous y \u00eates retourn\u00e9. Votre film LA PIERRE TRISTE se pr\u00e9sente d\u2019abord comme le journal &#8211; au jour le jour, au mois le mois, \u00e0 l\u2019ann\u00e9e, \u00e0 la nuit de ce tournage en forme d\u2019obstin\u00e9 retour. En \u00ab tournant vos images \u00bb, comme on dit au cin\u00e9ma, vous avez retourn\u00e9 ce qui se voit : vous l\u2019avez d\u00e9pli\u00e9, vous en avez montr\u00e9 la face cach\u00e9e, la doublure, en le confrontant \u00e0 ce que conte- nait la terre d\u2019\u00c9leusis. En tournant sur les lieux vous avez, tel un arch\u00e9ologue, retourn\u00e9 la terre et, m\u00eame, la ville sens dessus dessous. En retournant sur les lieux vous avez retourn\u00e9 le temps. Sans doute tourniez-vous sur vous-m\u00eame en interrogeant, par cadrages, par montages et par mots d\u00e9ploy\u00e9s, votre propre d\u00e9sir d\u2019\u00c9leusis. Pourquoi \u00c9leusis ? Ce sont l\u00e0 vos myst\u00e8res \u00e0 vous seul, je ne veux pas les profaner. Mais votre film d\u00e9plie, avec constance et urgence \u00e0 la fois, ce que vous nous offrez \u00e0 nous tous, \u00e0 savoir la n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019\u00c9leusis.<br \/>\nDouze ans, ce n\u2019est pas une dur\u00e9e normale pour le tournage d\u2019un film d\u2019une heure et vingt-quatre minutes. Mais c\u2019est une dur\u00e9e normale pour une fouille arch\u00e9ologique cons\u00e9quente. En sorte que votre film, qui s\u2019attache aux profondeurs de la terre comme \u00e0 celles du temps, est une \u0153uvre arch\u00e9ologique au sens plein du terme. Arch\u00e9ologie non des choses mat\u00e9riellement extraites de la terre, nettoy\u00e9es, restaur\u00e9es, recompos\u00e9es puis expos\u00e9es dans un mus\u00e9e &#8211; cela, c\u2019est le travail de Popi Papangeli que l\u2019on voit travailler dans toute la dur\u00e9e de votre film -, mais arch\u00e9ologie des choses visuellement extraites de la terre, de la ville, de la vie d\u2019\u00c9leusis.<br \/>\nL\u2019arch\u00e9ologue &#8211; c\u2019est-\u00e0-dire vous &#8211; est un homme constamment pench\u00e9 sur la d\u00e9composition des choses, leur perte dans la terre ou dans le temps, leur \u00e9tat de catastrophe pass\u00e9e, latente ou d\u00e9clar\u00e9e. Vous employez vous-m\u00eame, dans votre intense commentaire \u00e9l\u00e9giaque, le mot aposynth\u00e8sis, qui signifie la d\u00e9composition : c\u2019est qu\u2019en effet vous montrez, dans l\u2019espace des douze ann\u00e9es de votre tournage \u00e0 \u00c9leusis, cet \u00e9norme travail de destruction et de d\u00e9montage que subissent les pierres, les sites, les rites, les noms, les \u0153uvres, les gestes, les vies humaines.<br \/>\nAinsi votre film rend-il sensible avec pr\u00e9cision, dans tous les intervalles de la vie \u00ab normale \u00bb \u00e0 \u00c9leusis, qu\u2019une \u00ab catastrophe \u00bb historique a touch\u00e9 une grande partie des gens que vous filmez : c\u2019est celle qui, contemporaine au g\u00e9nocide des Arm\u00e9niens en 1915, a vu toute la population grecque d\u2019Asie mineure jet\u00e9e \u00e0 la mer par le gouvernement turc et se retrouver, en quelque sorte, immigr\u00e9e chez elle dans les quartiers les plus d\u00e9sh\u00e9rit\u00e9s des villes. Je me souviens d\u2019un chant rebetiko o\u00f9, sans comprendre le sens exact des paroles prononc\u00e9es, je parvenais tout de m\u00eame \u00e0 entendre que le mot pol\u00e9mos n\u2019\u00e9tait jamais prononc\u00e9 tr\u00e8s loin du mot anthropos. Je vois votre film comme un long po\u00e8me, mais comment ne pas le voir aussi comme le po\u00e8me d\u2019une tr\u00e8s longue guerre que l\u2019homme ne cesse de mener contre lui-m\u00eame ? Il est insuffisant de dire que le temps d\u00e9truit toutes choses et m\u00e8ne toutes choses \u00e0 la ruine : il faut dire aussi combien l\u2019homme y pr\u00eate main forte de mani\u00e8re spectaculairement cruelle et obstin\u00e9e. C\u2019est donc une question pol\u00e9mique, une question politique que vous posez dans votre film, dans votre si po\u00e9tique montage.<br \/>\nGeorges Didi-Huberman<\/p>\n<p>Texte initialement paru dans la Nouvelle Quinzaine Litt\u00e9raire, 2013.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>GR\u00c8CE, D\u2019AUTRES REGARDS Ces films forment une cartographie subjective d\u2019un pan m\u00e9connu de l\u2019histoire du&hellip;<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[587],"tags":[],"class_list":["post-24995","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-agenda"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.uspsy.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/24995","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.uspsy.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.uspsy.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.uspsy.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.uspsy.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=24995"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.uspsy.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/24995\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.uspsy.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=24995"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.uspsy.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=24995"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.uspsy.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=24995"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}