{"id":25022,"date":"2014-12-13T13:46:00","date_gmt":"2014-12-13T12:46:00","guid":{"rendered":"https:\/\/www.uspsy.fr\/?p=25022"},"modified":"2014-12-13T13:46:00","modified_gmt":"2014-12-13T12:46:00","slug":"sante-c-est-la-privatisation-qui","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.uspsy.fr\/?p=25022","title":{"rendered":"Sant\u00e9 : c\u2019est la privatisation qui co\u00fbte cher"},"content":{"rendered":"<p>Pour Noam Ambrourousi*, haut-fonctionnaire et membre de la commission Sant\u00e9 du Parti de gauche, l&rsquo;objectif du gouvernement de r\u00e9duire \u00ab\u00a0les d\u00e9penses de l&rsquo;assurance maladie de 10 milliards d\u2019euros sur trois ans\u00a0\u00bb est \u00ab\u00a0absurde\u00a0\u00bb. \u00ab\u00a0Ce n&rsquo;est pas le p\u00e9rim\u00e8tre de l&rsquo;Assurance maladie qu&rsquo;il faut r\u00e9duire, \u00e9crit-il, mais bien celui du secteur priv\u00e9\u00a0\u00bb car \u00ab\u00a0le gaspillage est le fait de la privatisation croissante du secteur de la sant\u00e9\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Le plan d&rsquo;\u00e9conomie de 50 milliards d\u2019euros, annonc\u00e9 par le Premier ministre au mois d&rsquo;avril 2014, fixe un objectif de r\u00e9duction des d\u00e9penses de l&rsquo;assurance maladie de 10 milliards d\u2019euros sur trois ans. Ceci se traduit d\u00e8s aujourd&rsquo;hui dans le vote du projet de loi de financement de la S\u00e9curit\u00e9 sociale avec, pour la seule branche maladie, un objectif d&rsquo;\u00e9conomies fix\u00e9 \u00e0 3,2 milliards d\u2019euros. <\/p>\n<p>Pour justifier de telles mesures, les tenants de l\u2019aust\u00e9rit\u00e9 invoquent le co\u00fbt \u00e9lev\u00e9 de notre syst\u00e8me de sant\u00e9, n\u2019h\u00e9sitant pas, \u00e0 l\u2019image du d\u00e9put\u00e9 PS Pascal Terrasse, \u00e0 promouvoir un retrait de l\u2019Assurance maladie au profit des compl\u00e9mentaires sant\u00e9. <\/p>\n<p>De telles mesures sont absurdes : ce n&rsquo;est pas le p\u00e9rim\u00e8tre de l&rsquo;Assurance maladie qu&rsquo;il faut r\u00e9duire mais bien celui du secteur priv\u00e9. En effet, le gaspillage est le fait de la privatisation croissante du secteur de la sant\u00e9. <\/p>\n<p>La France se situe, dans le groupe de t\u00eate, avec l&rsquo;Allemagne et les Pays-Bas, en mati\u00e8re de d\u00e9penses de sant\u00e9 rapport\u00e9es au PIB (autour de 12 %), bien loin cependant des Etats-Unis (plus de 17 % du PIB). Toutefois, si l&rsquo;on compare le niveau de d\u00e9pense par habitant, celui-ci n&rsquo;appara\u00eet pas particuli\u00e8rement \u00e9lev\u00e9, contrairement \u00e0 ce qui est affirm\u00e9. Il n&rsquo;en reste pas moins que s&rsquo;il existe des d\u00e9penses inutiles, il convient de les identifier afin que ces montants puissent \u00eatre utilis\u00e9s pour am\u00e9liorer l&rsquo;\u00e9tat de sant\u00e9 de nos concitoyens, qui n&rsquo;est pas particuli\u00e8rement reluisant (augmentation des in\u00e9galit\u00e9s de sant\u00e9, diminution de l&rsquo;esp\u00e9rance de vie en bonne sant\u00e9&#8230;). <\/p>\n<p>Or, une analyse objective conduit \u00e0 la conclusion suivante : les d\u00e9penses de sant\u00e9 inutiles sont tr\u00e8s majoritairement la cons\u00e9quence de la mise de notre syst\u00e8me de sant\u00e9 au service d&rsquo;acteurs priv\u00e9s, dont le poids ne cesse de s&rsquo;accro\u00eetre. <\/p>\n<p>Parmi les d\u00e9penses superflues dont le seul but est d&rsquo;assurer les rentes d&rsquo;int\u00e9r\u00eats particuliers, on peut citer les d\u00e9penses de m\u00e9dicaments et les d\u00e9passements d&rsquo;honoraires. On consomme en France plus de m\u00e9dicaments et souvent des m\u00e9dicaments plus co\u00fbteux que dans les autres pays de l&rsquo;Union europ\u00e9enne. Ceci est le r\u00e9sultat du lobbying intensif des laboratoires pharmaceutiques qui, selon un rapport de l&rsquo;IGAS, consacrent plus de 25 000 euros par an et par m\u00e9decin g\u00e9n\u00e9raliste, \u00e0 la promotion du m\u00e9dicament. La cr\u00e9ation d&rsquo;un p\u00f4le public du m\u00e9dicament ainsi qu&rsquo;une formation continue de qualit\u00e9 et ind\u00e9pendante, destin\u00e9e aux prescripteurs, constituerait un moyen de r\u00e9duire ces d\u00e9penses inutiles. <\/p>\n<p>S&rsquo;agissant des d\u00e9passements d&rsquo;honoraires pratiqu\u00e9s par les professionnels de sant\u00e9 lib\u00e9raux, ceux-ci repr\u00e9sentaient en 2012 plus de 7 milliards d\u2019euros. Au-del\u00e0 de ces milliards d\u00e9pens\u00e9s en pure perte, de telles pratiques favorisent le renoncement aux soins ainsi que l&rsquo;augmentation du co\u00fbt des compl\u00e9mentaires sant\u00e9. <\/p>\n<p>Le syst\u00e8me \u00ab lib\u00e9ral \u00bb de notre m\u00e9decine de ville engendre \u00e9galement de nombreux surco\u00fbts. Responsable, du fait de la libert\u00e9 d\u2019installation, de l&rsquo;apparition de v\u00e9ritables d\u00e9serts m\u00e9dicaux, il provoque \u00e9galement une multiplication d&rsquo;actes inutiles et favorise les d\u00e9passements d&rsquo;honoraires dans les zones surdot\u00e9es. Le paiement \u00e0 l&rsquo;acte poss\u00e8de de plus un caract\u00e8re inflationniste. Par ailleurs, l&rsquo;existence de d\u00e9serts m\u00e9dicaux, les d\u00e9passements d&rsquo;honoraires et les difficult\u00e9s d&rsquo;imposer des obligations de service public au secteur de la m\u00e9decine de ville, entra\u00eenent le d\u00e9veloppement de pathologies lourdes et contribuent \u00e0 la d\u00e9sorganisation des services d\u2019urgence de l&rsquo;h\u00f4pital public, qui sont oblig\u00e9s de prendre en charge des personnes relevant de la m\u00e9decine de ville. La cr\u00e9ation de centres de sant\u00e9 publics o\u00f9 les m\u00e9decins seraient salari\u00e9s (comme ils le sont par exemple au Royaume-Uni) \u00e9viteraient tous ces surco\u00fbts, pour le plus grand b\u00e9n\u00e9fice de la sant\u00e9 de nos concitoyens. <\/p>\n<p>Autre vecteur de d\u00e9penses inutiles et d&rsquo;accroissement des in\u00e9galit\u00e9s : le recul continu de l&rsquo;Assurance maladie au profit des compl\u00e9mentaires sant\u00e9. Depuis 1980, la part des d\u00e9penses de sant\u00e9 prises en charge par l&rsquo;Assurance maladie n\u2019a cess\u00e9 de reculer, au profit des compl\u00e9mentaires sant\u00e9. En ne consid\u00e9rant que les soins courants, ce sont seulement 55 % des d\u00e9penses qui sont couvertes par l\u2019Assurance maladie. Cette coexistence entre Assurance maladie et compl\u00e9mentaires sant\u00e9 est non seulement porteuse d&rsquo;in\u00e9galit\u00e9s mais elle engendre de plus des surco\u00fbts, les dossiers \u00e9tant trait\u00e9s deux fois avec, pour les compl\u00e9mentaires sant\u00e9, des frais de gestion bien sup\u00e9rieurs \u00e0 ceux de l\u2019Assurance maladie. Le remboursement des soins \u00e0 100 % par l\u2019Assurance maladie permettrait donc d\u2019en finir avec le renoncement aux soins et contribuerait \u00e0 r\u00e9duire significativement les co\u00fbts de gestion. <\/p>\n<p>A travers ces exemples, on voit donc que c\u2019est la privatisation du syst\u00e8me de sant\u00e9 qui favorise le gaspillage, au d\u00e9triment de la sant\u00e9 de nos concitoyens. Ce n\u2019est d\u2019ailleurs pas un hasard si les pays dont le syst\u00e8me de sant\u00e9 repose le plus sur le financement public offrent les soins les moins co\u00fbteux et les plus efficaces. <\/p>\n<p>Si le recul de la d\u00e9pense publique en mati\u00e8re de sant\u00e9 permet de satisfaire l&rsquo;app\u00e9tit des investisseurs priv\u00e9s, une telle politique est en revanche nocive pour la collectivit\u00e9, qui paiera de plus en plus cher pour des soins de plus en plus m\u00e9diocres. Encore une fois, ce gouvernement sacrifie l\u2019int\u00e9r\u00eat g\u00e9n\u00e9ral au profit d\u2019un int\u00e9r\u00eat tr\u00e8s particulier, celui du capital. <\/p>\n<p>* Noam Ambrourousi, haut-fonctionnaire, membre de la commission Sant\u00e9 du Parti de gauche.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Pour Noam Ambrourousi*, haut-fonctionnaire et membre de la commission Sant\u00e9 du Parti de gauche, l&rsquo;objectif&hellip;<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[599],"tags":[],"class_list":["post-25022","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-service-public"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.uspsy.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/25022","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.uspsy.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.uspsy.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.uspsy.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.uspsy.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=25022"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.uspsy.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/25022\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.uspsy.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=25022"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.uspsy.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=25022"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.uspsy.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=25022"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}