{"id":25287,"date":"2016-02-16T10:18:00","date_gmt":"2016-02-16T09:18:00","guid":{"rendered":"https:\/\/www.uspsy.fr\/?p=25287"},"modified":"2016-02-16T10:18:00","modified_gmt":"2016-02-16T09:18:00","slug":"article-du-monde-du-16-fevrier","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.uspsy.fr\/?p=25287","title":{"rendered":"Article du Monde du 16 f\u00e9vrier 2016 : Mieux prot\u00e9ger les professionnels de sant\u00e9 contre le harc\u00e8lement"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\">Le r\u00e9cent suicide du cardiologue Jean-Louis Megnien rappelle \u00e0 quel point l&rsquo;h\u00f4pital ne sait pas encore bien prot\u00e9ger ses personnels des risques psychosociaux. Et le plan annonc\u00e9 par l&rsquo;AP-HP ne suffira pas.<\/p>\n<p><!--more--><br \/>\nLe suicide par d\u00e9fenestration du cardiologue Jean-Louis Megnien le 17  d\u00e9cembre 2015 \u00e0 l&rsquo;H\u00f4pital europ\u00e9en Georges-Pompidou a suscit\u00e9 une vague d&rsquo;\u00e9motion dans le monde hospitalier et est venu rappeler la triste r\u00e9alit\u00e9 du harc\u00e8lement moral.<br \/>\nCar, si la France a \u00e9t\u00e9 un des premiers pays \u00e0 b\u00e9n\u00e9ficier d&rsquo;une loi tr\u00e8s compl\u00e8te contre le harc\u00e8lement moral, cette probl\u00e9matique reste malheureusement peu prise en compte dans les entreprises priv\u00e9es et encore moins dans le secteur public. Les employeurs commencent \u00e0 prendre des mesures pour lutter contre le stress et les risques psychosociaux (RPS), mais ils tardent \u00e0 vouloir rep\u00e9rer le harc\u00e8lement moral qu&rsquo;ils jugent trop subjectif, trop li\u00e9 \u00e0 la personnalit\u00e9 du salari\u00e9 ou de l&rsquo;agent et \u00e0 leur \u00e9ventuelle fragilit\u00e9.<\/p>\n<p>Pour rappel, le harc\u00e8lement moral consiste en une violence subtile, insidieuse, d&rsquo;autant plus dangereuse qu&rsquo;elle est quasi invisible. Il s&rsquo;agit, de fa\u00e7on plus ou moins consciente, de disqualifier, d&rsquo;isoler, de d\u00e9grader une personne et d&rsquo;attaquer son travail. Il ne s&rsquo;agit pas d&rsquo;un conflit mais d&rsquo;une guerre d&rsquo;usure pour soumettre ou d\u00e9truire un individu.<\/p>\n<p>En France, le harc\u00e8lement moral est d\u00e9fini par les textes comme \u00a0\u00bb un ensemble d&rsquo;agissements r\u00e9p\u00e9t\u00e9s qui ont pour objet ou pour effet une d\u00e9gradation des conditions de travail susceptible de porter atteinte aux droits du salari\u00e9 et \u00e0 sa dignit\u00e9, d&rsquo;alt\u00e9rer sa sant\u00e9 physique ou mentale ou de compromettre son avenir professionnel \u00ab\u00a0. Le l\u00e9gislateur a choisi de ne pas qualifier les agissements, mais s&rsquo;est appuy\u00e9 sur les cons\u00e9quences du harc\u00e8lement moral, en particulier sur la sant\u00e9 et la dignit\u00e9 de la personne cibl\u00e9e.<\/p>\n<p>M\u00eame si le texte de loi parle d&rsquo;agissements qui ont pour objet ou pour effet\u2026, la notion d&rsquo;intentionnalit\u00e9 n&rsquo;est pas indiff\u00e9rente pour les personnes cibl\u00e9es, car le caract\u00e8re personnel d&rsquo;un traumatisme en aggrave l&rsquo;impact. Dans le harc\u00e8lement moral, il ne s&rsquo;agit nullement d&rsquo;une maladresse ou d&rsquo;un accident, mais d&rsquo;un comportement d\u00e9lib\u00e9r\u00e9 ou tout du moins syst\u00e9matis\u00e9. En ce qui concerne les harceleurs, ils sont rarement tout \u00e0 fait conscients de la gravit\u00e9 de leurs agissements.<br \/>\nDans cette forme de violence grave, les troubles ne r\u00e9sultent pas uniquement de l&rsquo;agression elle-m\u00eame, mais surtout de la situation d&rsquo;impuissance dans laquelle les personnes cibl\u00e9es sont plac\u00e9es et qui est aggrav\u00e9e par le silence de la hi\u00e9rarchie. La n\u00e9gligence \u00e0 ne pas traiter le harc\u00e8lement moral conduit les victimes \u00e0 un sentiment de profonde injustice. L&rsquo;ostracisme \u2013 ou mise en quarantaine \u2013 vient menacer les besoins sociaux fondamentaux de tout individu, le maintien de l&rsquo;estime de soi, le sentiment de contr\u00f4le et le besoin de reconnaissance.<\/p>\n<p>Les enqu\u00eates montrent que, dans tous les pays, le harc\u00e8lement moral et le risque suicidaire pr\u00e9dominent dans le secteur de la sant\u00e9. Le monde hospitalier public est pass\u00e9 d&rsquo;une culture de service public \u00e0 une culture de la rentabilit\u00e9 avec des indices de performances et un management par objectif, g\u00e9n\u00e9rant souvent des conflits \u00e9thiques entre le corps m\u00e9dical et la direction. Tout est comptabilis\u00e9, y compris les productions scientifiques. La loi H\u00f4pital, patients, sant\u00e9 et territoire du 21  juillet 2009 a consid\u00e9rablement modifi\u00e9 le syst\u00e8me de gouvernance des h\u00f4pitaux, laissant le directeur tout-puissant dans la gestion du personnel et de l&rsquo;\u00e9tablissement. Mais ce fonctionnement laisse de c\u00f4t\u00e9 la part humaine de chacun qui ne peut pas toujours \u00eatre objectiv\u00e9e. Un management trop ax\u00e9 sur des proc\u00e9dures standardis\u00e9es ne r\u00e9gule pas les luttes d&rsquo;influence et les abus de pouvoir. Or, quand tout le monde est sous pression, le risque est grand de vouloir s&rsquo;affirmer aux d\u00e9pens des autres et d&rsquo;utiliser des proc\u00e9d\u00e9s d\u00e9loyaux comme le harc\u00e8lement moral.<\/p>\n<p>Mesures insuffisantes<br \/>\nReconna\u00eetre la r\u00e9alit\u00e9 des d\u00e9rives du management moderne ne doit pas d\u00e9douaner l&rsquo;individu de toute responsabilit\u00e9. Il ne s&rsquo;agit pas de nier la complexit\u00e9 des organisations et la violence du management moderne, mais il importe de rep\u00e9rer la dimension individuelle de cette souffrance. Le but n&rsquo;est pas de d\u00e9signer un \u00a0\u00bb coupable \u00ab\u00a0, mais de questionner l&rsquo;organisation qui laisse se mettre en place des d\u00e9rapages. Il s&rsquo;agit d&rsquo;un probl\u00e8me d&rsquo;ordre \u00e9thique qui incombe \u00e0 chacun quant aux cons\u00e9quences pr\u00e9visibles de ses actes. Mais, alors que les \u00e9tablissements de sant\u00e9 m\u00e8nent une r\u00e9flexion sur les questions d&rsquo;\u00e9thique concernant les malades, ils oublient trop souvent leurs propres responsabilit\u00e9s vis-\u00e0-vis de chaque soignant.<br \/>\nL&rsquo;AP-HP a annonc\u00e9 d\u00e9but janvier un plan d&rsquo;action destin\u00e9 \u00e0 la pr\u00e9vention et au traitement des situations conflictuelles susceptibles de nuire \u00a0\u00bb \u00e0 la qualit\u00e9 des soins et \u00e0 la qualit\u00e9 de vie au travail \u00ab\u00a0. Parmi les mesures pr\u00e9vues, plusieurs concernent la politique manag\u00e9riale, mais qu&rsquo;en est-il du respect des soignants ? Ce plan est avant tout centr\u00e9 sur la pr\u00e9vention des risques psychosociaux. C&rsquo;est certes une \u00e9tape indispensable dans la pr\u00e9vention du harc\u00e8lement moral, mais c&rsquo;est insuffisant, car on ne \u00a0\u00bb r\u00e8gle \u00a0\u00bb pas la part fortuite de l&rsquo;humain en dictant des comportements. Il faut aussi c\u00e9der de l&rsquo;espace \u00e0 l&rsquo;individu pour y d\u00e9ployer sa part sensible, car c&rsquo;est cette m\u00eame part qui humanise les relations de soin et autorise leur qualit\u00e9.<\/p>\n<p>Il est temps que la France prenne vraiment en compte la destructivit\u00e9 du harc\u00e8lement moral. Si nous avons des sp\u00e9cialistes du travail qui se penchent sur les RPS, nous n&rsquo;avons aucun programme de recherche sp\u00e9cifique concernant le harc\u00e8lement moral. A titre de comparaison, en Norv\u00e8ge, un groupe de recherche sp\u00e9cifique travaille dans ce sens et forme des \u00e9tudiants sur cette probl\u00e9matique depuis de nombreuses ann\u00e9es. Les professionnels de sant\u00e9 qui traitent de l&rsquo;humain ont droit \u00e0 une organisation juste qui les prenne en compte en tant qu&rsquo;\u00eatres humains.<\/p>\n<p>Par Marie-France Hirigoyen, Christiane Kreitlow et Christelle Mazza<\/p>\n<p>\u00a9 Le Monde<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le r\u00e9cent suicide du cardiologue Jean-Louis Megnien rappelle \u00e0 quel point l&rsquo;h\u00f4pital ne sait pas&hellip;<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[598],"tags":[],"class_list":["post-25287","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-textes-divers"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.uspsy.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/25287","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.uspsy.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.uspsy.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.uspsy.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.uspsy.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=25287"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.uspsy.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/25287\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.uspsy.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=25287"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.uspsy.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=25287"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.uspsy.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=25287"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}