{"id":25660,"date":"2017-11-13T15:09:00","date_gmt":"2017-11-13T14:09:00","guid":{"rendered":"https:\/\/www.uspsy.fr\/?p=25660"},"modified":"2021-06-01T22:03:09","modified_gmt":"2021-06-01T20:03:09","slug":"les-souffrances-traumatiques-de-l","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.uspsy.fr\/?p=25660","title":{"rendered":"Les souffrances traumatiques de l\u2019exil"},"content":{"rendered":"<em>Ce texte de Jean-Pierre Martin est aussi publi\u00e9 dans le livret pour les professeurs de fran\u00e7ais du BAAM (Bureau d&rsquo;accueil et d&rsquo;accompagnement des migrants).\n\n\u00ab\u00a0Le Bureau d&rsquo;accueil et d&rsquo;aide aux migrants a \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9 en novembre 2015 \u00e0 l\u2019initiative d\u2019un groupe de soutiens solidaires.\u00a0\u00bb  Ils sont \u00ab\u00a0pr\u00e9sent.e.s sur les campements de rue et lors de situations d\u2019urgences\u00a0\u00bb. Ils sont \u00a0\u00bb juristes, enseignant.e.s, \u00e9tudiant.e.s, travailleuses et travailleurs sociaux, artistes, journalistes, ch\u00f4meurs et ch\u00f4meuses, fran\u00e7ais ou \u00e9trangers, anim\u00e9.e.s par la m\u00eame volont\u00e9 d\u2019accueillir dignement les personnes migrantes.\u00a0\u00bb<\/em>\n\nLes souffrances traumatiques de l\u2019exil\n\nL\u2019exil est quitter une soci\u00e9t\u00e9 d\u2019appartenance vers une autre dont il faut acqu\u00e9rir les codes sociaux et culturels, ce qui suppose un v\u00e9ritable travail psychique d\u2019acculturation. Cet entre-deux est l\u2019enjeu d\u2019un accueil qui repose sur la solidarit\u00e9 humaine, dont le d\u00e9faut entraine une souffrance psychique issue d\u2019un trauma de plus. Tous les migrants et r\u00e9fugi\u00e9s de r\u00e9pressions politiques, de guerres et de situations de mis\u00e8re sont confront\u00e9s \u00e0 cette souffrance de l\u2019exil\u00e9. Pour le saisir, l\u2019interview d\u2019un migrant africain parle du d\u00e9part pour \u00e9chapper \u00e0 la mort dans son propre pays et prendre le risque de perdre sa vie pour continuer \u00e0 vivre. Sa formule saisissante vient ici \u00e9clairer ce qu\u2019est la souffrance traumatique de l\u2019exil. Tant que le voyage reste un but vivant, le trauma initial du d\u00e9part est refoul\u00e9, mais l\u2019impasse de l\u2019accueil et de ses suites le fait ressurgir de fa\u00e7on diff\u00e9r\u00e9e comme souffrance traumatique. Sa violence fait r\u00e9apparaitre tous les traumas accumul\u00e9s dans le pays d\u2019origine, durant le voyage et le passage des fronti\u00e8res.\n\n Cette souffrance su non-accueil est r\u00e9v\u00e9l\u00e9e et amplifi\u00e9e, aujourd\u2019hui, par les proc\u00e9dures europ\u00e9ennes dites de Dublin (aujourd\u2019hui Dublin III) qui imposent de faire la premi\u00e8re demande d\u2019asile dans le premier pays d\u2019arriv\u00e9e en Europe, ce qui se traduit en permanence par des politiques de renvoi. La demande d\u2019asile est par ailleurs d\u00e9ni\u00e9e quand le migrant ou la migrante viennent d\u2019un pays consid\u00e9r\u00e9 s\u00fbr, dont la liste d\u00e9pend plus des relations diplomatiques que de la r\u00e9alit\u00e9. Tous ceux qui ne correspondent pas \u00e7 cette double injonction sont soit d\u00e9clar\u00e9s \u00ab dublin\u00e9(e)s \u00bb ou d\u00e9bout\u00e9(e)s au nom d\u2019un contr\u00f4le strict des \u00ab migrations \u00e9conomiques \u00bb. Cet ensemble cr\u00e9\u00e9 un refus d\u2019asile qui est une violence de plus physique, mat\u00e9rielle et psychique, ce qui fait appara\u00eetre ce que l\u2019on appelle internationalement le psycho-trauma ou le stress post-traumatique.\n\n Ce psycho-trauma du sujet exil\u00e9 est donc l\u2019expression du trauma du d\u00e9part et de sa r\u00e9p\u00e9tition, dont la sid\u00e9ration \u00e9motionnelle et psychique d\u2019un \u00e9v\u00e8nement impr\u00e9visible, impensable, produit une amn\u00e9sie, passag\u00e8re ou durable des contenus de ce qui s\u2019est pass\u00e9. Il est devenu irrepr\u00e9sentable, indicible, et r\u00e9apparait de fa\u00e7on r\u00e9p\u00e9titive dans les r\u00eaves sous forme de cauchemars, les troubles du sommeil, les v\u00e9cus d\u00e9pressifs et le sentiment de danger qui se poursuit, c&rsquo;est-\u00e0-dire d\u2019un \u00e9v\u00e8nement non symbolisable. L\u2019int\u00e9grit\u00e9 du corps est atteinte, le sujet n\u2019est plus en \u00e9tat de se concentrer sur l\u2019organisation de sa vie quotidienne, ce qui aggrave les sentiments de honte et de culpabilit\u00e9. La souffrance prend alors la forme d\u2019une plainte corporelle, un corps qui parle la souffrance. Ce clivage isole absolument le sujet dans son appartenance symbolique \u00e0 un groupe et de tout avenir. L\u2019abattement, l\u2019impossibilit\u00e9 d\u2019agir font appara\u00eetre une repr\u00e9sentation de soi d\u00e9pressive &#8211; \u00eatre victime -, mais aussi des r\u00e9actions de col\u00e8re, voire de passages \u00e0 l\u2019acte violents qui aggravent la mise \u00e0 distance des autres. Un parcours jalonn\u00e9 d\u2019actes de d\u00e9sespoir jusqu\u2019au suicide. Cependant, le plus souvent, le sujet migrant s\u2019exprime par une demande d\u2019aide concr\u00e8te imm\u00e9diate qui recouvre ce qui l\u2019a mis en crise comme sujet, ce qui le rend invisible, illisible, Dans ce contexte, l\u2019action de l\u2019intervenant solidaire, puis du m\u00e9decin et du psychiatre est une aide sur les besoins pratiques du quotidien porteuse d\u2019une \u00e9coute vers des soins. Cette action vise \u00e0 reconna\u00eetre le \u00ab sujet \u00bb en errance, sans refuge et soumis \u00e0 une r\u00e9pression polici\u00e8re incessante, afin de sortir avec lui du r\u00e9el du d\u00e9ni mortif\u00e8re du non-accueil.\n\nL\u2019acc\u00e8s aux soins somatiques et psychiques est donc une n\u00e9cessit\u00e9 imm\u00e9diate et de temps long, souvent mobilis\u00e9 par les autres migrants o\u00f9 les intervenants solidaires qui tentent de le soutenir et font alors appel au m\u00e9decin. Le r\u00f4le structurant des intervenants sur un camp est donc ce \u00ab prendre le temps d\u2019un accueil alternatif \u00bb &#8211; solidaire &#8211; comme prendre soin du migrant par l\u2019organisation collective de l\u2019espace et de ses besoins pratiques souvent vitaux. Il se constitue en cr\u00e9ant des espaces de parole qui rassemble et une pr\u00e9sence institu\u00e9e comme inconditionnelle qui est la qualit\u00e9 m\u00eame de tout accueil. L\u2019exp\u00e9rience du comit\u00e9 de soutien aux migrants des camps d\u2019Austerlitz a montr\u00e9 la dimension solidaire de la prise de parole et de d\u00e9cisions en assembl\u00e9e g\u00e9n\u00e9rale AVEC les migrants jusqu\u2019\u00e0 des manifestations en commun pour une \u00e9vacuation humaine vers des lieux dignes d\u2019h\u00e9bergement et de soins. Le r\u00f4le du psy en lien avec le bus de m\u00e9decins du monde a \u00e9t\u00e9 de marauder avec un(e) interpr\u00e8te en se pr\u00e9sentant comme m\u00e9decin psychiatre qui \u00e9coute et fait connaissance avec tel migrant ou groupe de migrants, espace de parole sur les douleurs physiques et psychologiques. \n\nLe soin psycho-traumatique commence l\u00e0, en prenant soin pour r\u00e9tablir une possible confiance et l\u2019engagement d\u2019un suivi dans le temps, ce qui suppose un lieu de soin th\u00e9rapeutique possible institu\u00e9 en dehors du camp.   Le traitement relationnel n\u00e9cessite ce lieu sp\u00e9cifique qui traite de cette perte de confiance dans ses liens d\u2019appartenance au groupe d\u2019origine et l\u2019accueil de l\u2019autre comme sujet. Cette \u00e9coute permet de r\u00e9actualiser les conflits intimes et familiaux dans les v\u00e9cus de pers\u00e9cution et de menace permanente, de honte et de culpabilit\u00e9. Sa n\u00e9cessit\u00e9 de temps long s\u2019oppose donc au refus de protection actuel et d\u2019un accueil inconditionnel comme droit commun de la population. Elle n\u00e9cessite la prise en compte de l\u2019al\u00e9atoire du r\u00e9cit de la demande d\u2019asile, qui ne peut \u00eatre trait\u00e9e comme une recherche de \u00ab preuve \u00bb, ce qui est le cas actuel de la plupart des administrations avec son cort\u00e8ge de refus r\u00e9p\u00e9titifs, le sujet \u00e9tant au final \u00ab d\u00e9bout\u00e9 \u00bb.\n\nLe traitement de la souffrance de l\u2019exil doit donc s\u2019inscrire dans une protection internationale reconnue, dont la r\u00e9alisation juridique n\u00e9cessite une r\u00e9gularisation statutaire l\u00e9gale comme inscription dans des droits fondamentaux (demande d\u2019asile d\u00e8s l\u2019arriv\u00e9e, accueil inconditionnel, lutte pour logement digne int\u00e9gr\u00e9 au tissu social et non internement dans des camps, papiers de transition d\u00e8s l\u2019arriv\u00e9e, acc\u00e8s aux soins). C\u2019est l\u2019objet de notre lutte et de notre engagement avec les migrants, quelle que soit la cause de leur exil.\n\nJean-Pierre Martin\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Documents joints<\/h2>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-file\"><a href=\"http:\/\/www.uspsy.fr\/wp-content\/uploads\/2017\/11\/pdf_jean-pierre_martin_les_souffrances_traumatiques_de_l_exile.e.pdf\">Jean-Pierre Martin_Les souffrances traumatiques de l&rsquo;exil\u00e9.e.pdf<\/a><\/div>\n\n\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Ce texte de Jean-Pierre Martin est aussi publi\u00e9 dans le livret pour les professeurs de&hellip;<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[598],"tags":[],"class_list":["post-25660","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-textes-divers"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.uspsy.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/25660","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.uspsy.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.uspsy.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.uspsy.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.uspsy.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=25660"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/www.uspsy.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/25660\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":25662,"href":"https:\/\/www.uspsy.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/25660\/revisions\/25662"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.uspsy.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=25660"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.uspsy.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=25660"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.uspsy.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=25660"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}