{"id":26261,"date":"2020-06-18T11:16:21","date_gmt":"2020-06-18T09:16:21","guid":{"rendered":"https:\/\/www.uspsy.fr\/?p=26261"},"modified":"2021-06-01T22:10:32","modified_gmt":"2021-06-01T20:10:32","slug":"temoignages-de-psychiatres-dans-la","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.uspsy.fr\/?p=26261","title":{"rendered":"T\u00e9moignages de psychiatres dans la crise Covid"},"content":{"rendered":"Un certain nombre de psychiatres ont eu beaucoup d\u2019appr\u00e9hension quant aux r\u00e9percussions du confinement et de la crise Covid sur leurs patients mais tout cela a \u00e9t\u00e9 globalement bien support\u00e9. \nBeaucoup ont constat\u00e9 que le confinement \u00e9tait plut\u00f4t bien v\u00e9cu, aussi bien par les enfants suivis que par les adultes. Malgr\u00e9 tout, ont \u00e9t\u00e9 observ\u00e9es des majorations d\u2019anxi\u00e9t\u00e9, des crises d\u2019angoisse, des troubles du sommeil et \u00e9galement des d\u00e9compensations d\u00e9lirantes ou des troubles thymiques (m\u00e9lancoliques et maniaques). \nAu fur et \u00e0 mesure que les semaines ont pass\u00e9, de plus en plus d\u2019enfants ont \u00e9t\u00e9 angoiss\u00e9s. Et les p\u00e9dopsychiatres s\u2019inqui\u00e8tent du retour\/non retour \u00e0 l\u2019\u00e9cole.\nLe d\u00e9confinement a finalement amen\u00e9 plus d\u2019angoisse.\nDans les unit\u00e9s d\u2019hospitalisation, les 3-4 premi\u00e8res semaines ont \u00e9t\u00e9 calmes, avec peu d\u2019admissions puis elles ont repris. Les h\u00f4pitaux sont \u00e0 certains endroits satur\u00e9s depuis plusieurs semaines, en partie \u00e0 cause des r\u00e9organisations (unit\u00e9s classiques transform\u00e9es en unit\u00e9s Covid ; suppression des chambres double d\u2019entrants pour en faire des chambres individuelles).\nDans les h\u00f4pitaux psychiatriques, des cellules de crise se sont mises en place, r\u00e9unissant des membres de la direction, cellule d\u2019hygi\u00e8ne, le m\u00e9decin pr\u00e9sident.e de CME, les m\u00e9decins g\u00e9n\u00e9ralistes de l\u2019\u00e9tablissement.\nElles se r\u00e9unissaient quotidiennement la plupart du temps, de fa\u00e7on hebdomadaire selon les endroits.\nCes cellules de crise \u00e9taient plus ou moins autoritaires, n\u2019instaurant pas forc\u00e9ment un dialogue avec les praticiens de l\u2019h\u00f4pital.\nLe travail entre psychiatres et somaticiens s\u2019est fait en bonne intelligence. Cela a \u00e9t\u00e9 appr\u00e9ci\u00e9.\nLes cellules de crise ont repris les directives des ARS qui pr\u00e9conisaient l\u2019arr\u00eat des visites, l\u2019arr\u00eat des permissions et l\u2019interdiction des promenades dans les parcs des h\u00f4pitaux. Seules les promenades des patients accompagn\u00e9es de soignants \u00e9taient autoris\u00e9es, parfois 1 pour 1, ce qui rendait ces promenades rares compte tenu des effectifs r\u00e9duits. \nDes r\u00e9organisations ont eu lieu, accept\u00e9es en g\u00e9n\u00e9ral par tous, pour cr\u00e9er soit des unit\u00e9s Covid pour patient atteints, soit pour les patients nouvellement admis. Il y a eu peu de patients atteints. Il y a donc eu une surcapacit\u00e9 d\u2019accueil d\u00e9di\u00e9e aux patients Covid. Les unit\u00e9s Covid ont ferm\u00e9 assez vite pass\u00e9 le pic de la maladie. Peu de d\u00e9c\u00e8s \u00e0 d\u00e9plorer en h\u00f4pital psychiatrique.\nDes unit\u00e9s classiques ont \u00e9t\u00e9 ferm\u00e9es de fa\u00e7on pr\u00e9matur\u00e9e par rapport \u00e0 ce qui \u00e9tait pr\u00e9vu dans les projets de l\u2019h\u00f4pital dans certains endroits (le Rouvray \u00e0 Sotteville les Rouen, le Vinatier \u00e0 Bron), et ce de fa\u00e7on autoritaire. \nLes restrictions de libert\u00e9 de circuler dans les h\u00f4pitaux ont eu comme effet de peser sur l\u2019ambiance, d\u2019autant plus que les personnels \u00e9taient le plus souvent en effectif r\u00e9duit (pour constituer un pool de r\u00e9serve) et parfois angoiss\u00e9s eux-m\u00eames, davantage que les patients. Certaines \u00e9quipes ont \u00e9t\u00e9 en souffrance.\nDans certains endroits, une grande solidarit\u00e9 s\u2019est faite jour entre tous, professionnels et patients.\nCertaines \u00e9quipes ont choisi ensemble de ne pas suivre \u00e0 la lettre les directives des ARS ou cellules de crises pour pouvoir continuer voire renforcer leurs prises en charge bas\u00e9es sur le collectif. La latitude laiss\u00e9e aux \u00e9quipes a \u00e9t\u00e9 souvent corr\u00e9l\u00e9e au degr\u00e9 de libert\u00e9 laiss\u00e9e par le ou la chef de service et la qualit\u00e9 ant\u00e9rieure de l\u2019ambiance institutionnelle au sein des unit\u00e9s de soins et des services.\nDans de nombreux services, les activit\u00e9s th\u00e9rapeutiques habituelles ont \u00e9t\u00e9 totalement arr\u00eat\u00e9es. Les r\u00e9unions d\u2019\u00e9quipe \u00e9galement, r\u00e9unions normalement essentielles au travail clinique.\nLes unit\u00e9s ont \u00e9t\u00e9 ferm\u00e9es \u00e0 cl\u00e9. Certains patients ont aussi d\u00fb \u00eatre enferm\u00e9s \u00e0 cl\u00e9 dans leur chambre, soit parce qu\u2019il ne respectait pas les gestes barri\u00e8re compte tenu de leurs troubles psychiatriques, soit parce qu\u2019ils \u00e9taient troubl\u00e9s par les mesures de confinement.\nLa question des fermetures de chambre (isolement) a pos\u00e9 probl\u00e8me dans certains endroits et donn\u00e9 lieu \u00e0 de grandes tenions avec les cellules de crise ou la direction. La CGLPL a parfois \u00e9t\u00e9 interpell\u00e9e.\nSelon les h\u00f4pitaux, soit les nouveaux entrants \u00e9taient accueillis en unit\u00e9 de courte dur\u00e9e : si test\u00e9s \u00e0 l\u2019entr\u00e9e, dirig\u00e9s vers unit\u00e9 Covid si positif, dirig\u00e9s vers unit\u00e9 classique si n\u00e9gatif ; sinon pendant 14 jours s\u2019ils n\u2019\u00e9taient pas test\u00e9s.\nSoit ils \u00e9taient hospitalis\u00e9s en unit\u00e9s classiques, plac\u00e9s en confinement en chambre pendant 14 jours, emp\u00eachant la mise en place du travail relationnel d\u2019accueil et de soin qui est la base de la prise en charge en psychiatrie. \nDans la plupart des endroits, pas de test syst\u00e9matique fait aux patients \u00e0 leur admission.\n\nEn ambulatoire : \nPresque tous les h\u00f4pitaux de jour et les CATTP, aussi bien en psychiatrie infanto-juv\u00e9nile qu\u2019en psychiatrie pour adultes, ont \u00e9t\u00e9 ferm\u00e9s.\nLes consultations ont continu\u00e9. Tr\u00e8s r\u00e9duites en pr\u00e9sentiel dans les centres m\u00e9dico-psychologiques mais elles ont eu lieu sous forme de consultations t\u00e9l\u00e9phoniques le plus souvent ou en visio-consultations. Cela a souvent satisfait les patients, les familles. Si ces formes de consultation ont permis de maintenir un lien avec les patients, elles ne sont pas appr\u00e9ci\u00e9es comme les entretiens en pr\u00e9sentiel. D\u00e8s que cela a \u00e9t\u00e9 possible (11mai), celles-ci ont repris progressivement.\nDes \u00e9quipes mobiles se sont mises en place (Au centre Artaud \u00e0 Reims) ou bien les infirmiers et m\u00e9decins de CMP ont fait de nombreuses VAD, parfois pour tenir \u00e0 bout de bras des patients fragiles. Certaines \u00e9quipes ont fait du portage de repas \u00e0 domicile ou des courses pour les patients les moins autonomes.\nAvec les enfants, certains professionnels ont pu donner rdv au bas de leurs immeubles car consultations par t\u00e9l\u00e9phones impossibles.\nDes groupes WhatsApp soignants\/soign\u00e9s ont \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9s pour maintenir le lien avec les patients.\nDes \u00e9quipes ont redoubl\u00e9 d\u2019inventivit\u00e9 pour maintenir les liens.\n\nDans le priv\u00e9 : \nConsultations en pr\u00e9sentiel parfois maintenues parfois totalement arr\u00eat\u00e9es et remplac\u00e9es par consultations t\u00e9l\u00e9phoniques ou visio. Peu de perdus de vue.\nDans le public et le priv\u00e9, mises en place ou participation des psychiatres des plateforme d\u2019\u00e9coute. Quelques appels de soignants, peu de nouveaux patients.\n\nConcernant le mat\u00e9riel\nPas ou peu de masques pendant plusieurs semaines. SHA rationn\u00e9e \u00e9galement. Dans la plupart des services, la blouse blanche pour les psychiatres s\u2019est impos\u00e9e. \nDans les CMP les \u00e9quipements \u00e9taient r\u00e9serv\u00e9s aux VAD et soins corporels (injections).\nPuis p\u00e9nurie de surblouses. Mise en place d\u2019atelier de confections avec tissus apport\u00e9s par le personnel. \nDirectives \u00ab folles \u00bb de certaines directions : laver les masques, les faire s\u00e9cher, les r\u00e9utiliser (au Rouvray 9 personnes menac\u00e9es de sanctions dont 2 en conseil de discipline par la direction pour avoir diffus\u00e9 une de ces directives)\n\nFinalement, la crise sanitaire a mis en \u00e9vidence : \n\u2022\tQue la psychiatrie n\u2019est pas une priorit\u00e9 (mat\u00e9riel, latence aux recommandations) : les professionnels s\u2019en sont souvent bien sortis gr\u00e2ce \u00e0 leur propre organisation et \u00e0 leur inventivit\u00e9, ne comptant pas leurs heures de travail.\n\u2022\tQue la p\u00e9dopsychiatrie passe encore apr\u00e8s la psychiatrie pour adultes.\n\u2022\tDes tensions l\u00e0 o\u00f9 il y en avait d\u00e9j\u00e0, l\u00e0 o\u00f9 les directions sont en conflit avec les professionnels soignants. Des restructurations ont \u00e9t\u00e9 acc\u00e9l\u00e9r\u00e9es sans concertation sous pr\u00e9texte de Covid.\n\u2022\tLes cellules de crise ont parfois \u00e9t\u00e9 l\u2019occasion d\u2019autoritarisme dans le quotidien, sans suffisamment de concertation.\n\u2022\tL\u2019ensemble des professionnels sort de cette p\u00e9riode tr\u00e8s fatigu\u00e9.\n\u2022\tDe nouveaux patients ont d\u00e9compens\u00e9s mai dans l\u2019ensemble, les patients ont relativement bien support\u00e9 cette crise.\n\nDr Delphine Glachant\nPr\u00e9sidente USP\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Documents joints<\/h2>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-file\"><a href=\"http:\/\/www.uspsy.fr\/wp-content\/uploads\/2020\/06\/pdf_temoignages_de_psychiatres_dans_la_crise_covid.pdf\">T\u00e9moignages de psychiatres dans la crise Covid.pdf<\/a><\/div>\n\n\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Un certain nombre de psychiatres ont eu beaucoup d\u2019appr\u00e9hension quant aux r\u00e9percussions du confinement et&hellip;<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[599],"tags":[],"class_list":["post-26261","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-service-public"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.uspsy.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/26261","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.uspsy.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.uspsy.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.uspsy.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.uspsy.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=26261"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/www.uspsy.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/26261\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":26263,"href":"https:\/\/www.uspsy.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/26261\/revisions\/26263"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.uspsy.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=26261"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.uspsy.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=26261"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.uspsy.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=26261"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}