{"id":26296,"date":"2020-09-28T13:02:00","date_gmt":"2020-09-28T11:02:00","guid":{"rendered":"https:\/\/www.uspsy.fr\/?p=26296"},"modified":"2021-06-01T22:10:53","modified_gmt":"2021-06-01T20:10:53","slug":"le-moment-tosquelles-texte-de-pierre-delion-mars-2020","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.uspsy.fr\/?p=26296","title":{"rendered":"Le moment Tosquelles, texte de Pierre Delion, mars 2020"},"content":{"rendered":"Vincent Magos me sugg\u00e8re un petit texte en r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 Fran\u00e7ois Tosquelles en cette p\u00e9riode de confinement guerrier d\u00e9ploy\u00e9 contre le \u00ab virus de la couronne \u00bb dans la plupart de nos pays dits civilis\u00e9s. Pourquoi pas ?, car Tosquelles en connaissait un rayon c\u00f4t\u00e9 guerre ! D\u00e8s le d\u00e9but de la guerre civile espagnole, nomm\u00e9 responsable du service de psychiatrie des arm\u00e9es r\u00e9publicaines, il propose d\u2019organiser des antennes tout pr\u00e8s du front pour permettre de traiter les pathologies psychiatriques en situation. Il invente des groupes de paroles, il fait appel \u00e0 des civils pour l\u2019aider \u00e0 soigner les d\u00e9compensations psychiatriques des soldats, il soutient le moral des troupes et des grad\u00e9s tout pr\u00e8s du lieu des combats. Arriv\u00e9 en France en 1939 juste apr\u00e8s la d\u00e9faite des r\u00e9publicains espagnols, enferm\u00e9 dans le camp des r\u00e9fugi\u00e9s de Septfonds pr\u00e8s de Montauban, il organise un petit service de psychiatrie pour traiter les personnes qui d\u00e9compensent. Quelques mois plus tard, il arrive \u00e0 Saint Alban en janvier 1940, et malgr\u00e9 la guerre, il met au travail tout l\u2019h\u00f4pital pour aboutir \u00e0 ce qui deviendra la \u00ab psychoth\u00e9rapie institutionnelle \u00bb, puis d\u00e9but 1942, lorsque Bonnaf\u00e9 est nomm\u00e9 m\u00e9decin directeur de l\u2019h\u00f4pital, il pose avec lui les bases de ce qui allait devenir la plus grande invention de la psychiatrie du vingti\u00e8me si\u00e8cle, la psychiatrie de secteur. Tosquelles est donc, de ce point de vue, un psychiatre qui a su, m\u00eame en temps de guerre, inventer, cr\u00e9er, penser avec les autres, de nouvelles formes de soins psychiatriques. Comme Bion, \u00e0 la m\u00eame \u00e9poque et sous d\u2019autres cieux, il a su \u00ab surfer \u00bb sur une p\u00e9riode de conflits majeurs pour repenser la psychopathologie, et notamment en faisant appel \u00e0 sa composante groupale, collective et soci\u00e9tale. C\u2019est peu dire que Tosquelles nous aide \u00e0 penser la psychiatrie comme une discipline m\u00e9dicale intrins\u00e8quement li\u00e9e avec le social, et qu\u2019il a su comprendre que la guerre, malgr\u00e9 tous les malheurs qu\u2019elle engendre, pouvait en devenir un r\u00e9v\u00e9lateur puissant.\n\nDe tels exemples humains nous donnent \u00e0 r\u00e9fl\u00e9chir, m\u00eame si le terme de guerre est ici employ\u00e9 dans un sens diff\u00e9rent. Car si c\u2019est bien d\u2019une guerre dont il s\u2019agit, c\u2019est une guerre biologique d\u00e9clar\u00e9e par les virus (les viri ?) aux hommes et aux animaux, probablement sans intention de nuire, mais peut-\u00eatre sous l\u2019implacable n\u00e9cessit\u00e9 de d\u00e9terminants \u00ab naturels \u00bb, parmi lesquels les attaques suicidaires et inconscientes contre notre vaisseau Terre, contre notre \u00e9cosyst\u00e8me, contre notre milieu de vie, seraient une \u00ab cause \u00bb de d\u00e9clenchement possible. Alors, au-del\u00e0 des mesures prises pour lutter \u00ab ici et maintenant \u00bb contre le virus et ses ravages, faut-il r\u00e9fl\u00e9chir d\u00e8s \u00e0 pr\u00e9sent sur les mesures \u00e0 prendre au sortir d\u2019une crise aux contours nouveaux, qui met en jeu l\u2019ensemble de nos existences.\n\nTout d\u2019abord, les multiples t\u00e9moignages de reconnaissance \u00e9mis par les populations \u00e0 l\u2019adresse de ses soignants viennent souligner la grandeur de leurs m\u00e9tiers mais aussi les risques qu\u2019ils prennent \u00e0 les exercer. Cette reconnaissance va au professeur d\u2019infectiologie comme aux infirmi\u00e8res en passant par les aides-soignants, les internes, les auxiliaires de vie, les m\u00e9decins g\u00e9n\u00e9ralistes et tous ceux qui concourent peu ou prou \u00e0 cette cha\u00eene de solidarit\u00e9 extraordinaire. Mais faut-il rappeler que ce corps m\u00e9dical (toutes professions comprises) envoie de signaux de d\u00e9tresse de plus en plus pressants aux pouvoirs politiques depuis des lustres pour attirer leur attention sur le fait que consid\u00e9rer les services publics de sant\u00e9 comme une variable d\u2019ajustement aux calculs sordides des boursicoteurs est un vrai scandale humain pour lequel il faudra rendre des comptes un jour aux citoyens. Sarkhozy, Hollande et Macron ont entonn\u00e9 les m\u00eames partitions \u00e0 ce sujet, et sauf si ce dernier fait machine arri\u00e8re, ce qu\u2019il s\u2019est engag\u00e9 \u00e0 faire d\u00e8s la sortie de la crise, nous pourrons les consid\u00e9rer responsables, parmi beaucoup d\u2019autres, de politiques d\u00e9magogiques \u00e0 courtes vues, sinon d\u2019une absence de courage devant l\u2019\u00e9vidence d\u2019un nombre incalculable de morts annonc\u00e9es. Il \u00e9tait devenu banal de consid\u00e9rer que les m\u00e9decins et leurs \u00e9quipes, en r\u00e9clamant des moyens suppl\u00e9mentaires pour soigner les patients r\u00e9els, et pr\u00e9voir les soins en cas de crises, \u00e9taient vraiment des sales gosses irresponsables qu\u2019il fallait laisser hurler sans broncher pour ne pas les braquer, et une fois leurs col\u00e8res pass\u00e9es, continuer \u00e0 diminuer les budgets de sant\u00e9 sans barguigner. D\u2019ailleurs les causes de ces plaintes \u00e9taient toutes dues \u00e0 la mauvaise organisation des services et \u00e0 l\u2019incomp\u00e9tence des m\u00e9decins dans ces domaines connexes. Il suffisait de leur faire avaler la pilule du \u00ab new managment \u00bb pour qu\u2019ils cessent leurs enfantillages, et on allait voir ce qu\u2019on allait voir en mati\u00e8re de r\u00e9ductions d\u2019imp\u00f4ts (surtout pour les riches). Bref, toute cette attitude m\u00e9prisante envers les m\u00e9decins et leurs \u00e9quipes avait conduit une bonne part de la soci\u00e9t\u00e9 \u00e0 adopter cette attitude disqualifiante vis \u00e0 vis d\u2019eux, et \u00e0 les consid\u00e9rer d\u00e9sormais comme une donn\u00e9e p\u00e9riph\u00e9rique dans les grands enjeux soci\u00e9taux. Je vois dans les applaudissements de 20h actuels une sorte de rite de d\u00e9culpabilisation vis \u00e0 vis des soignants qui jusqu\u2019\u00e0 mi-mars, n\u2019\u00e9taient pas pris suffisamment au s\u00e9rieux. \n\nIl va donc falloir r\u00e9fl\u00e9chir \u00ab pour de bon \u00bb au soir de cette p\u00e9riode noire, et entreprendre ce partage n\u00e9cessaire dans la conduite des affaires du monde : les personnes et les choses ne sont pas r\u00e9ductibles les unes aux autres. Tout ce qui concerne les choses peut continuer \u00e0 faire l\u2019objet de calculs (au sens de la math\u00e9matique et au sens de la ruse) pour lesquels le capitalisme semble avoir pris le pouvoir sans partage sur le bon sens commun. Mais nous verrons que l\u2019\u00e9cosyst\u00e8me demandera \u00e0 son tour des comptes sur cette option tr\u00e8s rapidement. En revanche, tout ce qui concerne les personnes doit d\u00e9sormais faire l\u2019objet d\u2019une autre orientation politique que les grandes crises pass\u00e9es ont mise en \u00e9vidence \u00e0 leur tour. L\u2019exemple de la politique solidaire d\u00e9cid\u00e9e dans l\u2019imm\u00e9diate apr\u00e8s guerre 39-45 est sans doute le plus probant de tous. Il est important de rappeler que dans cet esprit de solidarit\u00e9 d\u00e9velopp\u00e9 au cours de la R\u00e9sistance, la notion de service public a pris tout son sens. Et les grandes r\u00e9formes d\u2019apr\u00e8s guerre ont eu un impact formidable sur l\u2019\u00e9volution de nos soci\u00e9t\u00e9s. La sant\u00e9 a pu b\u00e9n\u00e9ficier \u00e0 tous de fa\u00e7on plus juste, m\u00eame si des disparit\u00e9s sont \u00e0 regretter encore. Les transports se sont d\u00e9mocratis\u00e9s, et la culture, le sport, les loisirs, l\u2019information,\u2026 ont suivi cette \u00ab voie de la Libert\u00e9 \u00bb. Si la d\u00e9mocratie a pu se d\u00e9velopper, c\u2019est en appui sur toutes ces avanc\u00e9es remarquables facilit\u00e9es pendant la deuxi\u00e8me moiti\u00e9 du vingti\u00e8me si\u00e8cle. Mais avec la catastrophe climatique annonc\u00e9e suscitant les moqueries de trop nombreux d\u00e9cideurs, avec le capitalisme ensauvag\u00e9 dominant le monde sans contre-pouvoirs, avec l\u2019expansion des egos surdimensionn\u00e9s de nos dirigeants conduisant \u00e0 une \u00ab r\u00e9publique des faux-selfs \u00bb, avec l\u2019augmentation obsc\u00e8ne de l\u2019\u00e9cart entre riches et pauvres, la donne a chang\u00e9, et tout ce qui faisait l\u2019humanit\u00e9 de nos syst\u00e8me soci\u00e9taux s\u2019est progressivement dissout dans la seule culture marchande et financi\u00e8re, sans respect pour l\u2019homme et pour la \u00ab nature \u00bb. On a cru que le budget d\u2019un h\u00f4pital pouvait \u00eatre r\u00e9duit \u00e0 celui d\u2019une entreprise industrielle. On a cru qu\u2019en augmentant les cadences de travail des juges et des enseignants on allait pouvoir \u00e9conomiser les postes de fonctionnaires. On a cru qu\u2019en privatisant la poste, l\u2019\u00e9lectricit\u00e9 et les transports publics, on allait assister \u00e0 des diminutions de co\u00fbts pour les usagers. Que nenni ! tout cela n\u2019a abouti qu\u2019\u00e0 un seul r\u00e9sultat, l\u2019envol\u00e9e des bourses mondiales, au seul profit des actionnaires\u2026 jusqu\u2019\u00e0 la plong\u00e9e soudaine due au virus de la couronne !\nIl est int\u00e9ressant de se poser la question de savoir comment notre soci\u00e9t\u00e9 peut trouver aujourd\u2019hui d\u2019autres r\u00e9ponses que le seul \u00e9talon du dollar ou celui de l\u2019or pour \u00e9valuer le travail humain. \n\nEn ce qui concerne tous les m\u00e9tiers de la relation humaine, dont les soignants sont redevenus en quelques jours le mod\u00e8le de r\u00e9f\u00e9rence, il est n\u00e9cessaire de repenser d\u2019autres paradigmes pour leur fonctionnement. Le sens du m\u00e9tier que l\u2019on exerce ne peut \u00eatre impos\u00e9 par un pouvoir ext\u00e9rieur. Il doit \u00eatre autog\u00e9r\u00e9 par ceux qui l\u2019exercent dans le cadre de contraintes de r\u00e9alit\u00e9 partag\u00e9es (vous disposez de tant de budget pour r\u00e9aliser tels et tels objectifs. Organisez vous pour y parvenir) en lien avec les publics qui leur demandent des services. Si tous ces m\u00e9tiers de la relation pouvaient \u00e0 nouveau sentir que l\u2019Etat et la population leur font confiance pour atteindre les objectifs souhaitables et d\u00e9mocratiquement d\u00e9cid\u00e9s, sans constater qu\u2019une d\u00e9fiance \u00ab organique \u00bb oblige les repr\u00e9sentants du peuple \u00e0 leur imposer des syst\u00e8mes technobureaucratiques de contr\u00f4le dignes des pires staliniens z\u00e9l\u00e9s, et dont la r\u00e9alit\u00e9 r\u00e9cente a montr\u00e9 que les d\u00e9cisions concernant les m\u00e9tiers en questions n\u2019ont pas \u00e9t\u00e9 prises par les \u00ab hommes de l\u2019art \u00bb mais bien par ceux qui se sont octroy\u00e9s le pouvoir \u00ab managerial \u00bb. La logique qui pr\u00e9side \u00e0 de tels errements repose, de mon point de vue, sur une conception du travail a priori, elle-m\u00eame conditionn\u00e9e fortement par la question des gains g\u00e9n\u00e9r\u00e9s par cette logique implacable. Disposer de tant de centaines de millions de masques pour pr\u00e9venir une pand\u00e9mie lorsqu\u2019elle surviendra rel\u00e8ve d\u2019une politique de sant\u00e9 qui met l\u2019accent sur la pr\u00e9vention des risques en investissant dans des outils n\u00e9cessaires lors de la survenue de la catastrophe. Et lors de la survenue de ladite pand\u00e9mie, les masques sont disponibles et rapidement achemin\u00e9s sur les lieux qui en ont vitalement besoin. A priori, des responsables enthousiasm\u00e9s par la pens\u00e9e technobureaucratique ont pens\u00e9 que ce poste budg\u00e9taire pouvait faire l\u2019objet d\u2019\u00e9conomies en utilisant les statistiques et les calculs de probabilit\u00e9s pour justifier leur d\u00e9cision en toute logique. Malheureusement, si les statistiques renseignent les scientifiques sur la tendance dominante probable de la r\u00e9solution d\u2019un probl\u00e8me complexe, elle n\u2019indique en aucune fa\u00e7on que cette tendance deviendra r\u00e9alit\u00e9. La logique qui devrait pr\u00e9valoir dans les organisations humaines se situe au contraire dans une r\u00e9flexion a posteriori. Au vu des derni\u00e8res pand\u00e9mies travers\u00e9es, l\u2019Etat, dans une r\u00e9flexion a post\u00e9riori guidant ses prises de d\u00e9cisions, doit pr\u00e9voir la constitution d\u2019un stock suffisant de masques pour les rendre disponibles d\u00e8s que le besoin s\u2019en fait sentir. Les politiques de sant\u00e9 des derni\u00e8res d\u00e9cennies ont consist\u00e9 essentiellement \u00e0 rogner sur les budgets d\u00e9j\u00e0 exsangues, notamment en psychiatrie, en expliquant aux soignants qu\u2019ils pourraient vraiment faire des efforts d\u2019organisation de leurs services, et que ne les faisant pas, \u00ab on \u00bb allait les \u00ab brieffer \u00bb pour qu\u2019ils acceptent de \u00ab manager \u00bb les \u00e9quipes autrement. Tous ces termes sont inh\u00e9rents \u00e0 une logique de l\u2019a priori et doivent s\u2019appliquer dans un processus \u00ab top-down \u00bb. Circulez, ya rien \u00e0 voir ! pourrait-on dire plus trivialement\u2026Sauf que dans les m\u00e9tiers de la relation, il s\u2019agit d\u2019accueillir les difficult\u00e9s existentielles de nos contemporains : pourquoi va-t-on voir un m\u00e9decin, un psychoth\u00e9rapeute, un juge, un avocat, une assistante sociale, un \u00e9ducateur, un instituteur ? pour acheter quelque chose chez lui ? pour acheter un service ? pour l\u2019acheter lui ? Eh bien non ! Nous sommes amen\u00e9s \u00e0 rencontrer ces professionnels parce que nous avons besoin d\u2019eux, en tant qu\u2019humains secourables disposant en outre d\u2019une comp\u00e9tence dans tel ou tel domaine. Donc toute rencontre apporte aux professionnels en question, en plus du probl\u00e8me pr\u00e9cis qui l\u2019am\u00e8ne, une charge de besoin, de demande, de souffrance, de difficult\u00e9s de diff\u00e9rents ordres qui les contraint \u00e0 accueillir sur leurs propres \u00e9paules psychiques une partie des soucis qui pr\u00e9sident \u00e0 ces formes humaines de demandes. Je propose depuis longtemps d\u2019appeler ce portage partiel des soucis des autres la fonction phorique (du grec Phorein : porter). Qu\u2019on ne se trompe pas : je ne dis pas qu\u2019un patient qui va voir son m\u00e9decin parce qu\u2019il est atteint du coronavirus lui demande de porter ses angoisses et sa souffrance psychique en lieu et place de le soigner de sa maladie. Mais je pr\u00e9tends que m\u00eame dans ce cas, le m\u00e9decin recevra qu\u2019il le veuille ou non une partie de ces probl\u00e9matiques connexes, et que, \u00e0 la longue, cela d\u00e9clenchera chez lui une usure dont il faut absolument tenir compte si l\u2019on ne veut pas que ce m\u00e9decin devienne contre son gr\u00e9 un technicien de sant\u00e9 laissant de c\u00f4t\u00e9 le caract\u00e8re humain de sa prestation. Un parent qui va rencontrer l\u2019instituteur de son enfant parce qu\u2019il est en difficult\u00e9 d\u2019apprentissage va lui  transmettre une partie de ses angoisses, et apr\u00e8s plusieurs rendez vous, l\u2019enseignant portera, qu\u2019il le veuille ou non, une partie des inqui\u00e9tudes parentales qui pourra le conduire \u00e0 une usure subreptice. Un p\u00e8re convoqu\u00e9 par le juge des enfants parce qu\u2019une information pr\u00e9occupante lui a \u00e9t\u00e9 signal\u00e9e va se mettre en col\u00e8re dans son bureau et l\u2019agresser verbalement au point que le juge est oblig\u00e9 d\u2019appeler du secours. Le p\u00e8re, sans le savoir d\u00e9verse une partie de son angoisse dans la t\u00eate du juge qui, m\u00eame s\u2019il conserve la dignit\u00e9 requise en la circonstance, se trouvera \u00e9branl\u00e9 par ce passage \u00e0 l\u2019acte violent. Bref, je ne vais pas passer toutes les professions de la relation en revue, mais il m\u2019appara\u00eet crucial de prendre en consid\u00e9ration ces \u00e9l\u00e9ments pour pouvoir leur proposer une aide qui ne soit pas factice. Sinon, il devient \u00e9vident pour les praticiens qui r\u00e9fl\u00e9chissent \u00e0 ces probl\u00e9matiques que le nombre de burn out qui cro\u00eet exponentiellement est un effet direct du manque de prise en consid\u00e9ration de cette souffrance transmise aux m\u00e9tiers de la relation, et notamment de la relation d\u2019aide. L\u2019attitude actuelle des responsables et d\u00e9cideurs consiste \u00e0 d\u00e9clarer que ces m\u00e9tiers font l\u2019objet d\u2019un salaire et que c\u2019est le juste prix pour r\u00e9tribution de ces inconv\u00e9nients professionnels. Pour participer \u00e0 de nombreuses \u00e9quipes de soignants et d\u2019\u00e9ducateurs en position de superviseur, je peux t\u00e9moigner de la d\u00e9gradation constante des relations que les \u00ab usagers \u00bb entretiennent avec les professionnels. L\u2019agressivit\u00e9, la violence verbale, quelquefois physique, les calomnies, la d\u00e9sinvolture deviennent des modalit\u00e9s relationnelles de plus en plus fr\u00e9quentes avec les professionnels. Il me semble d\u00e9sormais \u00e9vident que ces attitudes sont le fruit du foss\u00e9 qui s\u2019est creus\u00e9 depuis quelques d\u00e9cennies entre les responsables politiques et les d\u00e9cideurs d\u2019une part,  et les professionnels de la relation d\u2019autre part.\n\nUne tr\u00e8s profonde r\u00e9volution des mentalit\u00e9s est n\u00e9cessaire pour arriver \u00e0 retrouver une s\u00e9r\u00e9nit\u00e9 qui s\u2019impose dans ces domaines complexes. Pour ce faire, l\u2019Etat doit retrouver sa place et toute sa place dans la d\u00e9fense de ce qui fait soci\u00e9t\u00e9, et notamment des services publics qui nourrissent les dimensions humaines. Mais sa place ne consiste surtout pas \u00e0 dire aux professionnels comment ils doivent travailler, elle consiste \u00e0 garantir leurs conditions de travail pour que les acteurs se sentent libres de leurs organisations techniques, et soutenus dans l\u2019exercice souvent difficile de ces professions. Cette libert\u00e9 dans un cadre prot\u00e9g\u00e9 favorisera le d\u00e9veloppement d\u2019une \u00e9thique professionnelle permanente qui ne peut se contenter de consignes lointaines d\u2019un comit\u00e9 d\u2019\u00e9thique, f\u00fbt-il compos\u00e9 de personnes remarquables. \nJe formule le v\u0153u que cette crise nous serve de le\u00e7on pratique de d\u00e9mocratie. Faisons confiance aux professionnels et \u00e0 leurs capacit\u00e9s d\u2019auto-organisation. Demandons \u00e0 l\u2019Etat de reprendre la place qu\u2019il n\u2019aurait jamais d\u00fb quitter, celle de garantir les bonnes conditions du fonctionnement des institutions humaines sans se m\u00ealer de leurs contenus, en les soustrayant aux lois du march\u00e9 et de consid\u00e9rer que cette attaque virale est un signe avant-coureur des impasses dans lesquelles nos soci\u00e9t\u00e9s de consommation sont engag\u00e9es au plus grand dommage de notre \u00e9cosyst\u00e8me. Et Vive Tosquelles !\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Documents joints<\/h2>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-file\"><a href=\"http:\/\/www.uspsy.fr\/wp-content\/uploads\/2020\/09\/pdf_pierre_delion_le_moment_tosquelles_mars_2020.pdf\">Pierre Delion_Le moment Tosquelles_mars 2020.pdf<\/a><\/div>\n\n\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Vincent Magos me sugg\u00e8re un petit texte en r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 Fran\u00e7ois Tosquelles en cette p\u00e9riode&hellip;<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[598],"tags":[],"class_list":["post-26296","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-textes-divers"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.uspsy.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/26296","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.uspsy.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.uspsy.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.uspsy.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.uspsy.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=26296"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/www.uspsy.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/26296\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":26298,"href":"https:\/\/www.uspsy.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/26296\/revisions\/26298"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.uspsy.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=26296"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.uspsy.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=26296"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.uspsy.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=26296"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}