{"id":26330,"date":"2021-01-04T11:56:19","date_gmt":"2021-01-04T10:56:19","guid":{"rendered":"https:\/\/www.uspsy.fr\/?p=26330"},"modified":"2021-06-01T22:11:16","modified_gmt":"2021-06-01T20:11:16","slug":"les-voeux-de-l-usp-pour-une-loi-cadre-redonnant-sa-place-a-la-psychiatrie-de","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.uspsy.fr\/?p=26330","title":{"rendered":"Les v\u0153ux de l\u2019USP : Pour une loi-cadre redonnant sa place \u00e0 la psychiatrie de secteur"},"content":{"rendered":"Il n\u2019y a plus aucun doute sur le fait que le minist\u00e8re veut se d\u00e9barrasser de la psychiatrie de secteur. \nConcept essentiel de Lucien Bonnaf\u00e9 d\u2019implantation pr\u00e9alable des soins en psychiatrie sur un territoire citoyen, il remet en cause les asiles psychiatriques et les l\u00e9gislations d\u2019enfermement. Son principe essentiel est un accueil et une continuit\u00e9 des soins dans la vie commune, l\u2019h\u00f4pital n\u2019\u00e9tant qu\u2019un temps du soin. D\u00e9j\u00e0 d\u00e9battu au congr\u00e8s de S\u00e8vres en 1958, puis objet d\u2019une circulaire en 1960 qui vise \u00e0 un am\u00e9nagement du territoire, il est v\u00e9ritablement mis en place avec les arr\u00eat\u00e9s de 1972 et son financement sp\u00e9cifique en 1985.\nSa pratique de continuit\u00e9 d\u2019\u00e9quipes entre soins hospitaliers et soins ambulatoires, entre ville (quartier, \u00e9cole, centres sociaux, milieu associatif) et structures de soins psychiatriques, permet de traiter la question de la continuit\u00e9 d\u2019exister sur laquelle bute le sujet psychotique particuli\u00e8rement.\nLa psychiatrie de secteur consiste en ce maillage de relations qui permet la libert\u00e9 de circulation et la proximit\u00e9 du soin dans son milieu de vie.\nM\u00eame si elle n\u2019a pas abouti dans de nombreux services dans les 40 derni\u00e8res ann\u00e9es, elle constituait jusqu\u2019\u00e0 pr\u00e9sent le socle de la psychiatrie publique. R\u00e9cemment, elle a \u00e9t\u00e9 jug\u00e9e \u00ab obsol\u00e8te \u00bb par la d\u00e9put\u00e9e Martine Wonner dans son rapport sur \u00ab sant\u00e9 mentale et psychiatrie \u00bb en septembre 2019, sous couvert d\u2019in\u00e9galit\u00e9s territoriales (bien r\u00e9elles) et du libre choix du psychiatre par le patient, au profit d\u2019une entr\u00e9e en jeu du secteur priv\u00e9. Ce dernier, depuis des ann\u00e9es, grignote petit \u00e0 petit des parts de march\u00e9 dans les soins en psychiatrie, d\u2019abord en hospitalisation \u00e0 temps complet en cliniques priv\u00e9es, puis en h\u00f4pital de jour, et bient\u00f4t aux urgences. Le march\u00e9 est immense.\nIl ne faudrait pas croire pour autant qu\u2019une nouvelle pratique de secteur pourrait s\u2019y installer (m\u00eame si certains praticiens s\u2019y emploient), car la logique marchande, soumise aux contraintes tarifaires impos\u00e9es par l\u2019\u00c9tat, impose des prises en charges de plus en plus courtes et permet l\u2019exclusion arbitraire des patients les plus d\u00e9munis, en particulier les sujets psychotiques, au m\u00e9pris de leur devenir.\nDepuis les ann\u00e9es 80, l\u2019arriv\u00e9e du concept de sant\u00e9 mentale en psychiatrie a consid\u00e9rablement \u00e9largi les missions donn\u00e9es aux professionnels de la psychiatrie, brouillant d\u00e9j\u00e0 les pistes de la psychiatrie de secteur. L\u2019\u00e9tat de bien-\u00eatre physique, mental et social tel que d\u00e9fini par l\u2019OMS, correspond \u00e0 un v\u00e9ritable choix politique de mettre de c\u00f4t\u00e9 les origines sociales du mal-\u00eatre individuel, mettant tout sur le compte de conflits intrapsychiques qui emp\u00eacheraient l\u2019individu d\u2019acc\u00e9der \u00e0 son autonomie, c\u2019est-\u00e0-dire \u00e0 \u00eatre un parfait entrepreneur de lui-m\u00eame. La promotion de la sant\u00e9 mentale a fait venir dans les consultations les personnes souffrant d\u2019addictions en tout genre, d\u2019anxi\u00e9t\u00e9, de choc post-traumatique, d\u2019exclusion sociale etc. Des unit\u00e9s sp\u00e9cialis\u00e9es ont vu le jour- CUMP, EMPP, CSAPA &#8211; en dehors de toute politique de secteur.\n\n<strong>Actuellement, nous pouvons le dire : la psychiatrie de secteur public est d\u00e9mantel\u00e9e. <\/strong> \nEvidement la loi HPST a pr\u00e9par\u00e9 le terrain. Fin des services, arriv\u00e9e des p\u00f4les. Les GHT ont continu\u00e9 le travail. La ferveur de nombre de psychiatres \u00e0 collaborer avec des directions dont l\u2019unique pr\u00e9occupation est l\u2019efficience, va venir \u00e0 bout du concept de secteur.\nNombre d\u2019h\u00f4pitaux psychiatriques se \u00ab r\u00e9organisent \u00bb, fermant certaines unit\u00e9s, en regroupant d\u2019autres, parfois sans complexe sur le dos de la Covid.\nQue signifient les r\u00e9organisations ? La cr\u00e9ation d\u2019unit\u00e9s en fili\u00e8res selon le type de pathologie (d\u00e9pressions et troubles anxieux, premier \u00e9pisode psychotique), selon l\u2019\u00e2ge du patient (unit\u00e9 pour personnes \u00e2g\u00e9es), selon le temps de la prise en charge (urgence, temps de la crise, longue vie), selon l\u2019axe th\u00e9orico-clinique choisi (unit\u00e9 de r\u00e9habilitation psychosociale), selon les manifestations comportementales (USIP, UMD)\u2026\nEn compl\u00e9ment des r\u00e9organisations intra hospitali\u00e8res, viennent se greffer des unit\u00e9s mobiles intersectorielles qui, en plus d\u2019\u00eatre sursp\u00e9cialis\u00e9es comme celles pr\u00e9c\u00e9demment d\u00e9crites, balaient des zones g\u00e9ographiques immenses, dans des temps d\u00e9finis, faisant fi de la r\u00e9f\u00e9rence aux \u00e9quipes de secteur et les disqualifiant au passage. Cette r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 une \u00e9quipe et plus particuli\u00e8rement \u00e0 des personnes, support de la relation transf\u00e9rentielle au patient, est pourtant \u00e0 la base du soin en psychiatrie.\nLe FIOP, fond d\u2019innovation et d\u2019organisation en psychiatrie, instance de la DGOS, a r\u00e9cemment valid\u00e9 pour 20 millions d\u2019euros quantit\u00e9 de projets d\u2019\u00e9quipes mobiles et unit\u00e9s par fili\u00e8re. C\u2019est la nouvelle orientation de la politique de psychiatrie en France.\nL\u2019existant est d\u00e9j\u00e0 fourni et les exemples l\u00e9gion. Il n\u2019y a qu\u2019\u00e0 citer l\u2019h\u00f4pital Georges Daumezon \u00e0 Fleury les Aubrais, lieu historique de l\u2019ouverture vers la cit\u00e9, qui depuis quelques ann\u00e9es, ne cesse de se r\u00e9organiser au profit d\u2019un p\u00f4le unique, de prises en charges discontinues entre hospitalisations par fili\u00e8re et soins ambulatoires sectoris\u00e9s g\u00e9ographiquement en CMP. L\u2019h\u00f4pital du Vinatier \u00e0 Lyon, comme bien d\u2019autres, qui propose un saucissonnage des prises en charge entre les urgences, les services de courte dur\u00e9e, les unit\u00e9s de longue vie, les unit\u00e9s pour personnes \u00e2g\u00e9es etc. L\u2019h\u00f4pital de Tours qui fait sa mue \u00e9galement, fermant de nombreuses unit\u00e9s et cr\u00e9ant des unit\u00e9s par sympt\u00f4mes, multipliant les unit\u00e9s de force, supprimant les lieux de lien social (caf\u00e9t\u00e9ria).\nL\u2019EPS de Ville-Evrard (93) illustre \u00e0 lui tout seul la fin de cette pr\u00e9occupation du secteur pour les directions et psychiatres des \u00e9tablissements, qui subissent plus qu\u2019ils ne d\u00e9cident. M\u00eame si le probl\u00e8me \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 pr\u00e9sent avant, cet h\u00f4pital ne parvient pas depuis le d\u00e9but de la crise sanitaire \u00e0 faire face \u00e0 l\u2019afflux de demandes d\u2019hospitalisation. Les patients sont admis l\u00e0 o\u00f9 il y a de la place, parfois dans d\u2019autres h\u00f4pitaux franciliens, parfois dans d\u2019autres unit\u00e9s que leur unit\u00e9 de r\u00e9f\u00e9rence sectorielle, rarement dans celle-ci. Les praticiens ont maintenant d\u00e9cid\u00e9 que ces patients resteraient sur l\u2019unit\u00e9 o\u00f9 ils sont accueillis pendant tout leur s\u00e9jour, sans chercher \u00e0 leur permettre de retrouver leur service ni leur \u00e9quipe de r\u00e9f\u00e9rence, occasionnant une rupture de continuit\u00e9 avec le passage en ambulatoire qui elle se fera dans le CMP habituel.\nParall\u00e8lement \u00e0 cette modification en profondeur du paradigme des soins en psychiatrie s\u2019est d\u00e9velopp\u00e9e, depuis plusieurs ann\u00e9es, une pr\u00e9occupation l\u00e9gitime sur la place de plus en plus importante que sont les prises en charge en isolement et en contention dans toutes les unit\u00e9s intra hospitali\u00e8res. Les explications \u00e0 cette expansion des soins sous contrainte sont nombreuses.\nUn exemple vient nous montrer que ces r\u00e9organisations en s\u00e9rie, cette segmentation des prises en charge, ces discontinuit\u00e9s de lien, cette \u00e9volution qui voit d\u00e9signer le patient hospitalis\u00e9 non plus comme un sujet en soins mais comme un \u00ab premier acc\u00e8s psychotique \u00bb, \u00ab un schizophr\u00e8ne r\u00e9sistant \u00bb ou encore un \u00ab malade difficile \u00bb, chosifiant le patient, participent pour une grande part \u00e0 la mont\u00e9e de l\u2019agressivit\u00e9 et ensuite des comportements violents, amenant \u00e0 l\u2019isolement et la contention. Celui du Centre psychoth\u00e9rapique de l\u2019Ain. Cet h\u00f4pital avait \u00e9t\u00e9 \u00e9pingl\u00e9 par la CGLPL en f\u00e9vrier 2016 par ses recommandations en urgence en raison d&rsquo;une \u00ab violation grave des droits fondamentaux des personnes priv\u00e9es de libert\u00e9 \u00bb. Dans cet h\u00f4pital, des patients \u00e9taient en isolement et parfois sous contention pendant des dur\u00e9es parfois tr\u00e8s longues, jusque plusieurs mois, sans visite m\u00e9dicale quotidienne, et \u00e9taient soumis \u00e0 des r\u00e8gles quasi carc\u00e9rales de limitation de leurs libert\u00e9s.\nOr, au Centre Psychoth\u00e9rapique de l\u2019Ain, le changement d&rsquo;organisation des soins avait \u00e9t\u00e9 marqu\u00e9 depuis 2010 par le choix de red\u00e9couper les secteurs de psychiatrie g\u00e9n\u00e9rale et de mettre en place, pour les adultes, des dispositifs transversaux non sectoris\u00e9s. La moiti\u00e9 des lits avait \u00e9t\u00e9 redistribu\u00e9e selon des \u00e9tiquetages inclusifs, n\u00e9gatifs et stigmatisants : \u00ab longue \u00e9volution \u00bb, \u00ab gravement d\u00e9ficitaires \u00bb, \u00ab personnes \u00e2g\u00e9es \u00bb (c&rsquo;est-\u00e0-dire vieux et fou \u00e0 la fois), et \u00ab malades agit\u00e9s et perturbateurs \u00bb.\nIl y a donc eu, comme dans de nombreux h\u00f4pitaux psychiatriques, une restructuration manag\u00e9riale et budg\u00e9taire, appuy\u00e9e sur une science du cerveau psychiatrique, qui a abouti \u00e0 diminuer le nombre de secteurs, c&rsquo;est-\u00e0-dire les lieux de la psychiatrie g\u00e9n\u00e9raliste. Tr\u00e8s vite, l&rsquo;identit\u00e9 de chacun est r\u00e9duite \u00e0 ce seul attribut probl\u00e9matique, et celle des soignants avec. Et cela aboutit \u00e0 des pratiques de restriction de libert\u00e9 maximales.\n\n<strong>Nous sommes inquiets pour la suite.<\/strong>\nComment la fin de la politique de secteur peut-elle \u00eatre un signe de progr\u00e8s ? Quelles seront les cons\u00e9quences sur les prises en charge des patients ? Le risque est grand avec cette individualisation du soin au d\u00e9triment de la possibilit\u00e9 d\u2019un soin commun, dans lequel le collectif peut prendre place. Elle laisse de c\u00f4t\u00e9 bon nombre de patients qui n\u2019arrivaient \u00e0 trouver leur place que dans des lieux d\u2019accueil sans condition et se reliaient aux autres, donc se soignaient, gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019appui d\u2019\u00e9quipes pluri-professionnelles ancr\u00e9es dans leur territoire, cr\u00e9ant un maillage relationnel et un \u00e9tayage.\nLa prochaine loi de financement de la psychiatrie, par compartiments, vient confirmer nos craintes en validant et en renfor\u00e7ant tous les choix faits par les \u00e9tablissements : dotation \u00e0 l\u2019activit\u00e9, dotation pour les activit\u00e9s sp\u00e9cifiques, dotations pour projets innovants\u2026\nNous demandons l\u2019arr\u00eat total de cette entreprise de destruction de la psychiatrie publique et l\u2019instauration d\u2019un groupe de travail au minist\u00e8re r\u00e9unissant les professionnels, les usagers et les associations de familles, les syndicats et les juristes afin que soit pens\u00e9e une loi cadre pour la psychiatrie de demain.\n\nPour L\u2019USP\nF\u00e9thi Bretel, Claire Geki\u00e8re, Delphine Glachant et Jean-Pierre-Martin\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Documents joints<\/h2>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-file\"><a href=\"http:\/\/www.uspsy.fr\/wp-content\/uploads\/2021\/01\/pdf_communique_de_l_usp_pour_une_loi-cadre_redonnant_sa_place_a_la_psychiatrie_de_secteur.pdf\">Communiqu\u00e9 de l&rsquo;USP_Pour une loi-cadre redonnant sa place \u00e0 la psychiatrie de secteur.pdf<\/a><\/div>\n\n\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Il n\u2019y a plus aucun doute sur le fait que le minist\u00e8re veut se d\u00e9barrasser&hellip;<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[591],"tags":[],"class_list":["post-26330","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-communiques-de-presse"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.uspsy.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/26330","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.uspsy.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.uspsy.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.uspsy.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.uspsy.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=26330"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/www.uspsy.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/26330\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":26332,"href":"https:\/\/www.uspsy.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/26330\/revisions\/26332"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.uspsy.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=26330"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.uspsy.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=26330"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.uspsy.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=26330"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}