Article du Quotidien du Médecin du 3 mars 2017 : Réforme du 3e cycle : les internes songent à la grève, des mandarins intimident leur président

Les esprits s’échauffent autour de la réforme du 3e cycle. Depuis plusieurs semaines l’Intersyndicat national des internes (ISNI) demande aux pouvoirs publics d’être davantage associé aux discussions portant sur la révision des maquettes et sur le nouveau statut d’« assistant spécialiste du 3e cycle ». Plusieurs spécialités rencontrent des problématiques liées à la durée de leur diplôme d’études spécialisées (DES) ou à son contenu pédagogique, notamment des options, formations spécialisées transversales et stages. C’est le cas de l’hépato-gastro-entérologie, la psychiatrie, la cardiologie, la radiologie et la pédiatrie.

Las de ne pas être entendu, le syndicat a décidé de passer à la vitesse supérieure. « Nous organisons une assemblée générale extraordinaire ce samedi à Paris pour décider d’une éventuelle mobilisation », explique au « Quotidien » Sébastien Potier, 1er vice-président et porte-parole de l’ISNI.

Appel à se mobiliser contre le président de l’ISNI

Cette perspective est loin de plaire à certains mandarins qui redoutent un report de la réforme attendue à la prochaine rentrée. Le président de l’ISNI, Olivier Le Pennetier, a ainsi été « pris pour cible personnellement dans des courriers électroniques » provenant de professeurs hospitalo-universitaires.

Le Pr Bruno Riou, président de la collégiale nationale des universitaires de médecine d’urgence et doyen de Paris VI, a rédigé un courrier électronique précisant qu’une mobilisation pourrait porter préjudice au maintien de la réforme et à la mise en place du DES de médecine d’urgence.

« En raison d’une opposition de l’ISNI (surtout de son président Olivier Le Pennetier) la réforme du 3e cycle est menacée par le lancement d’une grève qui pourra avoir pour conséquence immédiate que le ministère de la Santé retire cette réforme pendant cette période politique particulière que nous vivons actuellement », note-il.
« Je vous demande donc de vous mobiliser et de mobiliser tous vos étudiants de DESC de médecine d’urgence en leur demandant par exemple d’envoyer un mail au président de l’ISNI pour lui demander de ne pas menacer la mise en place de la réforme », poursuit le Pr Riou, tout en indiquant les coordonnées professionnelles et personnelles du président de l’ISNI. « Merci également de mobiliser les internes de vos villes pour les convaincre de refuser la grève si elle est proposée dans les réunions prévues par l’ISNI samedi. Nous avons 24 à 48 heures pour agir. »

Contacté par « le Quotidien », Olivier Le Pennetier précise avoir reçu quatre mails évoquant « des formes d’intimidation et des attaques personnelles ». « Je défendrai toutes les spécialités en tant que président du syndicat. Ça ne changera rien à nos décisions », certifie-t-il.

Le bureau de l’ISNI tient aussi à mettre les points sur les i. « Il n’est pas concevable de prendre à partie personnellement le président pour faire taire les revendications des internes de France. Il est inadmissible que celui-ci, ou tout autre interne, fasse l’objet d’incitation à harcèlement », note le syndicat.

Les hospitaliers apportent leur soutien

Action praticiens hôpital (APH) a également apporté son soutien au président de l’ISNI. La centrale syndicale, qui regroupe Avenir Hospitalier et la Confédération des praticiens des hôpitaux (CPH), estime qu’Olivier Le Pennetier « représente l’ensemble de ses mandants et non pas une spécialité particulière ». L’APH ajoute qu’elle défendra jusqu’au bout le droit à l’expression des syndicalistes et leur protection.
Le Pr Jean Sibilia, vice-président de la conférence des doyens, craint un blocage de la réforme en cas de grève. « Cinq ans de discussions ont été nécessaires avec tous les acteurs concernés. C’est l’aboutissement d’un travail gigantesque qui va transformer l’internat », ajoute-t-il.

Contacté, le Pr Bruno Riou n’a pu être joint.

Source : Lequotidiendumedecin.fr
Sophie Martos
| 03.03.2017